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 A l’âge de 21 ans, Ethar El Katatney, jeune journaliste égyptienne, entreprend un voyage spirituel dans la cité des savants et des saints de l’Islam, à Tarim, dans la vallée de l’Hadramaout au Yémen. La jeune femme a voulu raconter son expérience d’abord sous la forme d’un blog, puis a décidé de consigner l’ensemble de ses notes dans un livre, publié en anglais sous le titre « 40 days and 40 nights in Yemen, a journey to Tarim, City of light ». Elle confie à son journal intime réflexions, anecdotes et commentaires sur son expérience au Yémen, sur la fraternité,  l’enseignement ou sur ses découvertes. Shaykh Habib Ali al Jifri, qui a préfacé le livre, le décrit par ces mots « Ce journal est sincère dans ses épanchements émotionnels, brillant dans ses idées et profond dans sa signification. Son langage est spontané, provenant d’un cœur pur, nourri par l’amour d’Allah Tout-Puissant swt avec la volonté de se rapprocher de Lui… »


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L’Hadramaout, qui peut se traduire par « la mort est venue », est le lieu où l’on vient mourir, non pas de mort physique, mais en effaçant tout ce qui, en nous, nous lie à ce bas-monde. A Tarim point d’internet, de télévision, de téléphone portable ni même de réfrigérateur ! Ce dépouillement matériel permet de prendre conscience des attachements et des dépendances artificielles du monde moderne et conduit à l’épurement du soi. « A Tarim la spiritualité est dans l’air ambiant. C’est un lieu où j’ai senti mon âme respirer, où j’ai pu me relier à Mon Créateur, apprendre à mieux me connaitre et retourner au monde régénérée »


Surnommée « la fille de Médine », la petite ville semble vivre comme au temps du prophète Muhammad sws et concentre en son sein bon nombre de ses descendants. La vie y est simple et dépourvu de tout superflu. Les maisons, construites en briques de terre, s’intègrent parfaitement à la nature et aux montagnes qui environnent la ville.

 

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Dans sa perception de ses habitants,  Ethar décrit ainsi ses voisins «Les voisins de ma famille sont un vieux couple et leur gentillesse me fait avoir honte…L’homme a amené mon frère dans toute la ville, lui a présenté tous les Shaykhs (alors qu’il est diabétique et a des problèmes de genou), il descend chaque jour au marché pour nous acheter des fruits frais et du poisson sans qu’on ne lui demande rien…La dame fait de la tension artérielle et ne peut marcher bien loin mais elle a insisté pour accompagner ma mère jusqu’à Dar-az-Zahra, lui a prêté son fer à repasser, lui fait parvenir à manger au troisième étage et nous invite tous les soirs au diner… Honnêtement, ils sont si gentils…je n’ai jamais rencontré de ma vie des personnes comme elles… Ils appliquent réellement les enseignements du prophète sws sans chercher à en tirer profit… » .


Venue pour étudier auprès des Shaykhs et enseignants Ba’Alawi, Ethar rencontre les « hababas » (surnom féminin des savantes descendantes du prophète sws). Elle écrit : « On réalise en rencontrant les « hababas » combien elles ont cette « haya », terme qui peut être traduit par « pudeur » sans toutefois englober l’entière signification du mot. Elles ont cette « haya » non seulement dans leur manière de se vêtir mais aussi dans leur façon de parler et de s’adresser aux autres. Les gens ici sont si sincères ! Ils ne jouent pas un rôle comme chez nous, où être aimable et authentique est une preuve de faiblesse ! Tout le monde est généreux, hospitalier et accueillant ! Les enseignant(e)s ne sont pas rémunérés, ils font cela parce qu’ils veulent véritablement que nous apprenions et tirions bénéfice des enseignements ! » Plus loin dans son journal, elle cite une anecdote à propos de Habib Omar : « Des étudiants Indonésiens sont venus étudier à Tarim pendant l’hiver alors que toutes les installations n’étaient pas encore complètement terminées. Ils se plaignirent auprès de Shaykh Habib Omar qu’ils n’avaient pas de couvertures. Alors Habib Omar rentra chez lui et revint avec des couvertures. Les étudiants lui dirent qu’elles étaient en nombre insuffisant. Il repartit donc chez lui et revient avec de nouvelles couvertures. Les étudiants lui dirent qu’il en manquait encore une. Il revint chez lui et cette fois-ci resta très longtemps. A son retour il apporta avec lui une couverture qui ne sentait pas très bon… Le lendemain, une personne qui travaillait chez Habib Omar raconta aux étudiants Indonésiens « Savez-vous ce qui c’est passé hier ? Vous souhaitiez des couvertures alors Habib Omar vous a donné celle de sa femme et la sienne. Vous en avez réclamé d’autres, alors il vous a donné celles de ses filles. Comme vous en réclamiez encore, il n’a trouvé que la couverture de son bébé. C’est pourquoi elle avait une drôle d’odeur ! »

 


Parfois, la réflexion de l’auteure se porte sur les Habaibs et toute la sincérité de son amour pour eux transparait en quelques mots «J’ai vu Habib Omar se rendant à la mosquée. Subhan Allah ! Son visage est si paisible et détendu… une expression qu’il partage avec tous les « Habayeb » : leur regard est parfaitement serein et leurs visages semblent divinement illuminés». « Son sourire est la première chose que l’on remarque chez Habib Ali.. » « Habib Khatim regardait constamment autour de lui et on avait l’impression qu’il regardait directement chacune d’entre nous… il conserva son demi-sourire pendant toute la séance… »

 

 

Le rythme des journées d’étude à Dar az Zahra est dense. Ethar prend note et partage dans son journal des citations des Shaykhs et enseignants : « Tout comme tu meurs si tu ne bois pas d’eau pendant trois jours, de même ton cœur meurt s’il n’est pas nourri du rappel d’Allah pendant plus de trois jours ! » (Habib Omar)


Certains jours des visites sont organisées à Tarim et aux alentours. Elle visite les mosquées qui portent le nom des savants et saints Ba’alawi, le cimetière de Zambal où, toujours avec une grande sincérité, elle témoigne « Nous y sommes allées la nuit et tout était parfaitement silencieux. Si on voulait visualiser la scène on penserait tout de suite à un film d’horreur. Pourtant, même la vue d’un chat noir au poil hérissé ne sembla pas si sinistre que ça ! Au contraire, l’endroit était extrêmement, extrêmement paisible. Serein même ! J’avais envie d’y passer la nuit et je n’étais pas le moins du monde paniquée ! … Ce fut vraiment une expérience…Mais je ne suis pas sûre de ce que je ressens. Je regardais autour de moi les autres pleurer et je me sentais comme le cancre de la classe, frustrée parce que je n’étais pas capable d’atteindre ce niveau spirituel ! Une partie de moi se disait « c’est juste un cimetière ». Mais une autre partie fut vraiment remuée et impressionnée, reconnaissant que je me tenais devant la tombe de personnes exceptionnelles. »

 

 

Après 40 jours d’étude, alors que le temps semble s’être arrêté à Tarim, il faut penser au retour « au monde » mais ce « monde » prend désormais un autre gout. Après avoir vécu une vie ascétique, s’être contentée du strict nécessaire, avoir (très peu) dormi sur un matelas posé à même le sol  dans une chambre sans rideau, s’être invariablement nourrie de riz baryani au poulet, notre jeune journaliste apprécie le moindre petit confort superflu qui a toujours réglé sa vie quotidienne et qui est devenu à ses yeux un véritable bienfait d’Allah swt. Pourtant son regard a changé, lorsque, sur le chemin du retour, elle fait escale à Dubaï, elle ne retrouve plus d’attrait à ce monde superficiel «Tarim et Dubaï ne sont pas seulement les côtés opposés du spectre, elles sont sur deux planètes différentes ! Et passer d’un extrême à l’autre et être à nouveau projetée dans un monde dont j’ai été éloignée pendant des semaines est bien plus difficile que je n’aurais pu l’imaginer. La vue autour de  moi est esthétique mais affligeante (imagine après les maisons en terre de Tarim, voir Burj Dubaï, le plus haut building au monde !). A part la lune, rien n’est pareil ! … J’ai le syndrome de l’ « état de manque » de Tarim ! …Les gens à Dubaï ont accès à tout ce dont ils peuvent rêver matériellement et pourtant ils ne sont jamais heureux ! Ils sont insatisfaits et s’efforcent de combler le vide de leur âme, mais ils ne le comprennent pas ! Par contraste, les gens de Tarim ont des visages rayonnants de contentement spirituel … je me sens déprimée !... Grâce à la manière dont j’ai vécu ces dernières semaines, j’ai l’impression d’avoir un regard clair comme du crystal.  Je me moque maintenant des marques de lunettes de soleil ou de sacs à main, je les perçois comme de simples étalages ostentatoires… je peux voir le matérialisme gouverner le monde comme dans une parodie. Mais ma vision sera-t-elle aussi claire dans un an, dans un mois ? A quelle vitesse vais-je reprendre mon mode de vie et de pensée « normal » ? »


« Aujourd’hui il y aura une éclipse de lune. On  dit que les du’as sont acceptés ces jours-là. Alors ma prière sera la même que celle que j’ai faite le dernier jour du stage lorsqu’il a plu : revenir à Tarim un jour. J’ai dit que je souhaitais que Tarim rentre avec moi. Aujourd’hui j’ajoute : je souhaite que Tarim rentre avec moi et reste avec moi. »

 

 

 

 

Notes : Toutes les citations ont été traduites du texte anglais.


Lire le livre dans sa version "blog"

 

 

Source: assalamalaykoum.over-blog.com/ 

Tag(s) : #Islam

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