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L'Universel

Jeudi 11 avril 2013 4 11 /04 /Avr /2013 14:28

" La femme est un rayon de La Lumière Divine " - Djalâl Al-Dîn Rûmî


" Ce n’est pas à cause de son caractère sexuel purement physique que la femme musulmane se voile, même si cela correspond à une certaine nécessité sociale ; c’est parce que son apparence physique livre en quelque sorte son âme. L’épouse qui dévoile sa beauté à l’époux est, pour la sensibilité du musulman, une image évoquant non seulement l’ivresse sensuelle mais toute ivresse dont la vague quitte les rivages pétrifiés du monde extérieur pour s’épancher vers l’illimitation intérieure… c’est l’image par excellence de la contemplation de Dieu " - Titus burckhardt

 

 

A l'heure où les incorrigibles féministes se mettent à nue (dans tous les sens du terme), où l'on pense à enseigner aux enfants la théorie du genre au nom d'on ne sait plus trop quel(le) idôle-idéal, nous pensons qu'il est une fois de plus nécessaire de revenir sur certaines vérités. Nous avions déjà évoqué que le féminisme en lui-même n'a rien à voir de près ou de loin avec l'Islam, et y ajouter l'adjectif "islamique" (comme si cela suffisait à rendre l'erreur véridique) n'y change strictement rien. Cela ne fait que révéler une mentalité colonisée par les valeurs "progressistes" de l'Occident moderne et donc une ignorance profonde des principes islamiques.


Mais nous tenons ici à mettre une chose particulièrement au claire. En France, et en Europe plus généralement, tout ce qui concerne l'Islam est forcément exposé comme étranger, et il est de bon ton de combattre toute expression islamique au nom de "la défense des valeurs occidentales", ce qui occulte la dimension verticale et l'origine divine de la Révélation. Or, la Source de toutes les révélations est Unique. Et comme le Cheykh Abd Ar-Razzâq Yahyâ l'a clairement affirmé : " Ce que les Occidentaux veulent à tout prix « intégrer », c’est-à-dire domestiquer, ce n’est pas l’islâm, c’est la religion. "

 


 

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« Le voile est, en ce monde, le symbole du métaphysique. Il est aussi le symbole de la féminité. Dans toutes les grandes circonstances de la vie d’une femme, on la montre voilée. (...) L’épouse, le jour de ses noces, la veuve, la religieuse sont revêtues du même vêtement symbolique. Le comportement extérieur est toujours essentiel. Et comme il sort de la personne, il en exprime aussi la substance »

 

« Le dévoilement de la femme brise toujours son mystère. La femme, qui s’est refusée au don de soi, même sur le plan des sens, mais qui se consacre au plus misérable de tous les cultes, celui de son propre corps, et cela au milieu d’une effroyable détresse de ses contemporains, cette femme atteint un degré de déchéance qui détruit le dernier lien qui peut la rattacher à sa vocation métaphysique. Ici, ce n’est plus le visage enfantin et insignifiant de la vanité féminine qui fait face, mais celui de cette face commune et hallucinante, visage qui représente le contraire de l’image divine, le masque sans visage de la sexualité féminine. Ce masque, ce n’est même pas celui du prolétaire bolchevique défiguré par la haine et la faim : il est la véritable emblème d’un monde moderne sans Dieu ». 

 

« Si on interroge les lois à l’origine de la vie, on acquiert la conviction à partir de recherches en biologie, que la femme a réellement dans l’histoire, de grands dons, mais qu’elle n’en fait pas étalage elle-même ni ne les exerce directement, mais qu’elle les porte silencieusement (...) L’homme dépense sa force pour son œuvre, la femme ne les engage pas [les talents], elle les transmet. L’homme se disperse et épuise son talent dans son œuvre où il se consume. La femme transmet les talents eux-mêmes, elle les livre à la génération suivante (...) L’homme représente le moment présent, la femme représente la génération à venir, l’homme donne sens à la valeur éternelle de l’instant, la femme au déroulement sans fin des lignées familiales. L’homme est le rocher sur lequel le temps se repose, la femme est le fleuve qui porte plus loin »

 

« Quand la femme est investie d’une mission vraiment exceptionnelle, il importe au plus haut point de préciser que la femme la reçoit seulement en tant qu’épouse, c’est-à-dire qu’elle est sous le voile. Le voile montre justement que la femme est choisie pour une mission importante. Ce qui explique que Sainte Catherine de Sienne n’était pas présente à l’entrée du pape à Rome. Quant à sainte Jeanne d’Arc, son voile, elle l’a reçu dans les flammes du bûcher (...) L’expression "la femme entre en scène" veut dire, sur un plan plus élevé, que "la femme est appelée", elle ne l’est que dans des cas exceptionnels et désespérés. La vocation la plus haute d’une femme est toujours d’être appelée en dernier recours. On ne comprend rien à l’étonnante aventure d’une sainte comme Catherine de Sienne ou Jeanne d’Arc, quand on ignore que dans des missions précédentes, elles avaient d’abord échoué »

 

« la femme est comme le pivot du sacré dans l’histoire de l’humanité. C’est par elle en premier que l’humanité s’ouvre à sa dimension transcendante et religieuse. La crise de la religion est liée à celle du mystère de la femme (...) La femme est l’axe vertical mais caché de l’humanité quand elle répond à Dieu. Il faut que le mystère de la femme soit sauvegardé pour que le mystère du salut puisse continuer à opérer en plénitude »

 

 

Gertrud von Le Fort,

extrait de La femme éternelle, 1934

Par Réveil des Consciences - Publié dans : L'Universel - Communauté : Islam
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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 00:35

Le destin des Indiens d'Amérique annonçait celui de l'ensemble des habitants de la planète qui assistent impuissants à la destruction de leur environnement, après la confiscation de leur espace et de leurs ressources.

 

Le message des Indiens est aussi une source de sagesse, fondée sur le respect de la nature et la compréhension de "l'Esprit qui est en toute chose"...


 

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"Nous avons toujours eu beaucoup; nos enfants n'ont jamais pleuré de faim, notre peuple n'a jamais manqué de rien... Les rapides de Rock River nous fournissaient un excellent poisson, et la terre très fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, ce citrouilles, de courges... Ici était notre village depuis plus de 100 ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée sans qu'elle nous fût jamais disputée. Si un prophète était venu à notre village en ce temps-là nous prédire ce qui allait advenir, et ce qui est advenu, personne dans le village ne l'aurait cru."

 

Black Hawk, chef indien

 

 

"Nous aimons la tranquillité; nous laissons la souris jouer en paix; quand les bois frémissent sous le vent, nous n'avons pas peur."

 

Chef indien au gouverneur de Pennsylvanie en 1796

 

 

"Nous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons: toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre.

 

L'homme n'a pas tissé la toile de la vie, il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même."

 

Seattle, chef indien Suquamish

 

 

"Le Lakota était empli de compassion et d'amour pour la nature, et son attachement grandissait avec l'âge. (...) C'est pourquoi les vieux Indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester séparés des forces de vie. S'asseoir ou s'allonger ainsi leur permettait de penser plus profondément, de sentir plus vivement. Ils contemplaient alors avec une plus grande clarté les mystères de la vie et se sentaient plus proches de toutes les forces vivantes qui les entouraient.

 

Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le coeur de l'homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l'oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l'homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce influence de la nature."

 

Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

 

 

"Nous voyons la main du Grand Esprit dans presque tout: le soleil, la lune, les arbres, le vent et les montagnes; parfois nous l'approchons par leur intermédiaire. (...) Nous croyons en l'Etre Suprême, d'une foi bien plus forte que celle de bien des Blancs qui nous ont traité de païens... Les Indiens vivant près de la nature et du Maître de la nature ne vivent pas dans l'obscurité.

 

Saviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit."

 

Tatanga Mani (ou Walking Buffalo), indien Stoney (Canada)

 

 

"Les Blancs se moquent de la terre, du daim ou de l'ours. Lorsque nous, Indiens, cherchons les racines, nous faisons de petits trous. Lorsque nous édifions nos tipis, nous faisons de petits trous. Nous n'utilisons que le bois mort.

 

L'homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout. L'arbre dit « Arrête, je suis blessé, ne me fais pas mal ». Mais il l'abat et le débite. L'esprit de la terre le hait. Il arrache les arbres et les ébranle jusqu'à leurs racines. Il scie les arbres. Cela leur fait mal. Les Indiens ne font jamais de mal, alors que l'homme blanc démolit tout. Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol. La roche dit « Arrête, tu me fais mal ». Mais l'homme blanc n'y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu... Comment l'esprit de la terre pourrait-il aimer l'homme blanc?... Partout où il la touche, il y laisse une plaie."

 

Vieille sage Wintu (Indiens de Californie)

 

 

"Je peux me rappeler l'époque où les bisons étaient si nombreux qu'on ne pouvait les compter, mais les Wasichus (hommes blancs) les ont tués tant et tant qu'il ne reste que des carcasses là où ils venaient paître auparavant. Les Wasichus ne les tuaient pas pour manger; ils les tuaient pour le métal qui les rend fous et ils ne gardaient que la peau pour la vendre. Parfois ils ne les dépeçaient même pas. Ils ne prenaient que les langues et j'ai entendu parler de bateaux-de-feu descendant le Missouri chargés de langues de bison séchées. Parfois ils ne prenaient même pas les langues; ils les tuaient simplement pour le plaisir de tuer. Ceux qui ont fait cela étaient des fous. Quand nous chassions le bison, nous ne le faisions que selon nos besoins."

 

Hehaka Sapa, grand chef Sioux

 

 

"Vous avez remarqué que toute chose faite par un indien est dans un cercle. Nos tipis étaient ronds comme des nids d'oiseaux et toujours disposés en cercle. Il en est ainsi parce que le pouvoir de l'Univers agit selon des cercles et que toute chose tend à être ronde. Dans l'ancien temps, lorsque nous étions un peuple fort et heureux, tout notre pouvoir venait du cercle sacré de la nation, et tant qu'il ne fut pas brisé.

 

Tout ce que fait le pouvoir de l'Univers se fait dans un cercle. Le ciel est rond et j'ai entendu dire que la terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Les oiseaux font leur nid en cercle parce qu'ils ont la même religion que nous. Le soleil s'élève et redescend dans un cercle, la lune fait de même, et tous deux sont rond.

 

Même les saisons forment un grand cercle dans leur changements et reviennent toujours là où elles étaient. La vie de l'homme est dans un cercle de l'enfance jusqu'à l'enfance, et ainsi en est-il pour chaque chose où l'énergie se meut."

 

Hehaka Sapa, ou Black Elk, indien Oglala, branche des Dakotas (Sioux)

 

 

"La vie dans un tipi est bien meilleure. Il est toujours propre, chaud en hiver, frais en été, et facile à déplacer. L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent, ressemble à une grande cage, ne laisse pas entrer le soleil, et ne peut être déplacée; elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l'homme blanc. Personne ne peut être en bonne santé sans avoir en permanence de l'air frais, du soleil, de la bonne eau. Si le Grand Esprit avait voulu que les hommes restassent à un endroit, il aurait fait le monde immobile; mais il a fait qu'il change toujours, afin que les oiseaux et les animaux puissent se déplacer et trouver toujours de l'herbe verte et des baies mures.

 

L'homme blanc n'obéit pas au Grand Esprit. C'est pourquoi nous ne pouvons être d'accord avec lui."

 

Flying Hawk, chef Sioux du clan des Oglalas

 

 

"Les vastes plaines ouvertes, les belles collines et les eaux qui serpentent en méandres compliqués n'étaient pas « sauvages » à nos yeux. Seul l'homme blanc trouvait la nature sauvage, et pour lui seul la terre était « infestée » d'animaux « sauvages » et de peuplades « sauvages ». A nous, la terre paraissait douce, et nous vivions comblés des bienfaits du Grand Mystère. Elle ne nous devint hostile qu'à l'arrivée de l'homme barbu de l'Est qui nous accable d'injustices insensées et brutales."

 

Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

 

 

"Notre terre vaut mieux que de l'argent. Elle sera toujours là. Elle ne périra pas, même dans les flammes d'un feu. Aussi longtemps que le soleil brillera et que l'eau coulera, cette terre sera ici pour donner vie aux hommes et aux animaux. Nous ne pouvons vendre la vie des hommes et des animaux. C'est pourquoi nous ne pouvons vendre cette terre. Elle fut placée ici par le Grand Esprit et nous ne pouvons la vendre parce qu'elle ne nous appartient pas."

 

Chef indien Blackfeet (Pieds-Noirs)

 

 

"Mes jeunes gens ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver. Et la sagesse nous vient des rêves."

 

Smohalla, chef indien Soku

 

 

"Le Grand Esprit nous a donné une vaste terre pour y vivre, et des bisons, des daims, des antilopes et autres gibier. Mais vous êtes venus et vous m'avez volé ma terre. Vous tuez mon gibier. Il devient dur alors pour nous de vivre.

 

Maintenant vous nous dites que pour vivre, il faut travailler. Or le Grand Esprit ne nous a pas fait pour travailler, mais pour vivre de la chasse.

 

Vous autres, hommes blancs, vous pouvez travailler si vous le voulez. Nous ne vous gênons nullement. Mais à nouveau vous nous dites « pourquoi ne devenez-vous pas civilisés? » Nous ne voulons pas de votre civilisation ! Nous voulons vivre comme le faisaient nos pères et leurs pères avant eux."

 

Crazy Horse, grand chef Sioux du clan Oglalas

 

 

"Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d'homme doivent être les Européens? Quelle espèce de créature choisissent-ils d'être, forcés de faire le bien et n'ayant pour éviter le mal d'autre inspiration que la peur de la punition? (...) L'homme n'est pas seulement celui qui marche debout sur ses jambes, qui sait la lecture et l'écriture et montrer mille exemples de son industrie...

 

En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon âme. Je vois clairement la profonde différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition. Je suis le maître de mon corps, j'ai l'entière disposition de moi-même, je fais ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit.

 

Il n'en est pas de même pour toi. Ton corps aussi bien que ton âme sont condamnés à dépendre de ton grand capitaine, ton vice-roi dispose de toi. Tu n'as pas la liberté de faire ce que tu as dans l'esprit. Tu as peur des voleurs, des assassins, des faux-témoins, etc. Et tu dépends d'une infinité de personne dont la place est située au-dessus de la tienne. N'est-ce pas vrai ?"

 

Kondiarionk, chef Huron, s'adressant au baron de Lahontan, lieutenant français en Terre-Neuve

 

 

"Les hommes blancs annonçaient bien haut que leurs lois étaient faites pour tout le monde, mais il devint tout de suite clair que, tout en espérant nous les faire adopter, ils ne se gênaient pas pour les briser eux-mêmes.

 

Leurs sages nous conseillaient d'adopter leur religion mais nous découvrîmes vite qu'il en existant un grand nombre. Nous ne pouvions les comprendre, et deux hommes blancs étaient rarement d'accord sur celle qu'il fallait prendre. Cela nous gêna beaucoup jusqu'au jour où nous comprîmes que l'homme blanc ne prenait pas plus sa religion au sérieux que ses lois. Ils les gardait à portée de la main, comme des instruments, pour les employer à sa guise dans ses rapports avec les étrangers."

 

Pachgantschilhilas, chef des Delawares

 

 

"Chaque année notre envahisseur blanc devient plus avide, exigeant, oppressif et autoritaire... La misère et l'oppression, tel est le lot qui nous échoit... Ne sommes-nous pas dépouillés jour après jour du peu de liberté qui nous reste ?

 

A moins que les tribus ne se liguent unanimement pour modérer les ambitions et l'avidité des Blancs, ils nous auront bientôt tous conquis et désunis, nous serons chassés de notre pays natal et éparpillés comme les feuilles d'automne par le vent."

 

Tecumseh, chef Shawnee, en 1812

 

 

"Nous ne voulons pas des chariots de feu qui font du bruit (trains à vapeur) sur les terrains de chasse au bisons. Si les Visages Pâles s'avancent encore sur nos terres, les scalps de vos frères seront dans les wigwams des Cheyennes. J'ai dit !"

 

Roman Nose, chef-guerrier des Cheyennes, s'adressant au général Palmer en 1866 dans le Kansas


 

"Regardez mes frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même, tout animal est en vie. C'est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi notre existence. C'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins animaux, autant de droit qu'à nous d'habiter cette terre.

 

Cependant écoutez-moi mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et faible quand nos pères l'ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd'hui, elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l'esprit la volonté de cultiver le sol, et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage."

 

Tatanka Yotanka, ou Sitting Bull, grand chef Sioux

 

 

"Frère, notre territoire était grand et le vôtre était petit. Vous êtes maintenant devenus un grand peuple, et il nous reste à peine l'espace pour étendre nos couvertures. Vous avez notre pays, mais cela ne vous suffit pas. Vous voulez nous forcer à épouser votre religion.

 

Frère, continue à écouter. Tu te dis envoyé ici pour nous apprendre à rendre le culte au Grand Esprit d'une manière qui lui soit agréable. Et tu prétends que si nous n'adoptons pas la religion que vous les Blancs vous prêchez, nous seront malheureux ici-bas. Tu dis être dans le vrai et que nous sommes perdus. Comment pourrions-nous vérifier la vérité de tes paroles? (...)

 

Frère, tu dis qu'il n'y a qu'une seule façon d'adorer et de servir le Grand Esprit. Si il n'y a qu'une religion, pourquoi le peuple blanc est-il si partagé à ce sujet? Nous savons que votre religion est écrite dans un livre. Pourquoi n'êtes-vous pas tous d'accord, si vous pouvez tous lire le livre?

 

Frère, nous ne comprenons pas ces choses. On nous dit que ta religion a été donnée à tes ancêtres, et s'est transmise de père en fils. Nous aussi nous avons une religion que nos ancêtres ont reçue et nous ont transmise, à nous, leurs enfants. Nous rendons le culte de cette manière. Il nous apprend à être reconnaissants pour toutes les faveurs que nous recevons, à nous aimer les uns les autres et à être unis. Nous ne nous querellons jamais à propos de religion parce que c'est un sujet qui concerne chaque homme devant le Grand Esprit."

 

Sa-go-ye-wat-ha, ou Red Jacket, chef Seneca (Iroquois) et grand orateur des Six Nations

 

 

"J'assiste avec tristesse au déclin de notre noble race. Nos pères étaient forts et leur pouvoir s'étendait sur tout le continent américain. Mais nous avons été réduits et brisés par la ruse et la rapacité de la race à peau blanche. Nous sommes maintenant obligés de solliciter, comme une aumône, le droit de vivre sur notre propre terre, de cultiver nos propres terres, de boire nos propres sources.

 

Il y a de nombreux hivers, nos sages ancêtres ont prédit qu'un grand monstre aux yeux blancs viendrait de l'Est, et qu'au fur et à mesure qu'il avancerait il dévorerait la terre. Ce monstre, c'est la race blanche, et la prédiction est proche de son accomplissement."

 

O-no'-sa, chef indien

 

 

"Le changement du costume tribal pour celui de l'homme blanc fut brutal. Les effets sur la santé et le confort des enfants furent considérables. Notre premier grief fut d'avoir les cheveux coupés. Les hommes Lakotas ont toujours porté les cheveux longs. Plusieurs jours après avoir été tondus, nous nous sommes sentis bizarres et mal à l'aise. Si l'argument avancé était vrai, à savoir l'élimination des poux, pourquoi les filles n'avaient-elles pas subi le même traitement que les garçons?

 

La vérité, c'est qu'ils voulaient nous transformer. Les cheveux courts étant la marque distinctive de l'homme blanc, on nous l'imposa, alors que lui-même conservait sa propre coutume de se laisser pousser les poils du visage."

 

Standing Bear, chef indien Lakota

 

 

"Les Wasichus nous ont mis dans ces boites carrées (maisons), notre pouvoir s'en est allé et nous allons mourir parce que le pouvoir n'est plus en nous.

 

Nous sommes des prisonniers de guerre tant que nous attendons ici. Mais il y a un autre monde."

 

Hehaka, ou Black Elk (Wapiti Noir), indien Sioux

 

 

"Enfant, je savais donner. J'ai perdu cette grâce en devenant civilisé. Je menais une existence naturelle, alors qu'aujourd'hui je vis de l'artificiel. Le moindre joli caillou avait de la valeur à mes yeux. Chaque arbre était un objet de respect. Aujourd'hui, j'admire avec l'homme blanc un paysage peint dont la valeur est exprimée en dollars !"

 

Chiyesa, écrivain indien contemporain

 

 

"Je suis allé à l'école des hommes blancs. J'y ai appris à lire leurs livres de classe, les journaux et la bible. Mais j'ai découvert à temps que cela n'était pas suffisant. Les peuples civilisés dépendent beaucoup trop de la page imprimée. Je me tournai vers le livre du Grand Esprit qui est l'ensemble de sa création. Vous pouvez lire une grande partie de ce livre en étudiant la nature.

 

Si vous preniez tous vos livres et les étendez sous le soleil, en laissant pendant quelque temps la pluie, la neige et les insectes accomplir leur oeuvre, il n'en restera plus rien. Mais le Grand Esprit nous a fourni la possibilité, à vous et à moi, d'étudier à l'université de la nature les forêts, les rivières, les montagnes, et les animaux dont nous faisons partie."

 

Tatanga Mani (ou Walking Buffalo), indien Stoney (Canada)

 

 

"L'homme blanc, dans son indifférence pour la signification de la nature, a profané la face de notre Mère la Terre. L'avance technologique de l'homme blanc s'est révélée comme une conséquence de son manque d'intérêt pour la voie spirituelle, et pour la signification de tout ce qui vit. L'appétit de l'homme blanc pour la possession matérielle et le pouvoir l'a aveuglé sur le mal qu'il a causé à notre Mère la Terre, dans sa recherche de ce qu'il appelle les ressources naturelles. Et la voie du Grand Esprit est devenue difficile à voir pour presque tous les hommes, et même pour beaucoup d'Indiens qui ont choisi de suivre la voie de l'homme blanc.

 

Aujourd'hui, les terres sacrées où vivent les Hopis sont profanées par des hommes qui cherchent du charbon et de l'eau dans notre sol, afin de créer plus d'énergie pour les villes de l'homme blanc. On ne doit pas permettre que cela continue. Sans quoi notre Mère la Nature réagirait de telle manière que presque tous les hommes auraient à subir la fin qui a déjà commencé. Le Grand Esprit a dit qu'on ne devait pas laisser cela arriver, même si la prédiction en a été faite à nos ancêtres. Le Grand Esprit a dit de ne pas prendre à la terre, de ne pas détruire les choses vivantes.

 

Aujourd'hui, presque toutes les prophéties se sont réalisées. Des routes grandes comme des rivières traversent le paysage; l'homme parle à travers un réseau de téléphone et il voyage dans le ciel avec ses avions. Deux grandes guerres ont été faites par ceux qui arborent le swastika ou le soleil levant.

 

Le Grand Esprit a dit que si une gourde de cendres était renversée sur la terre, beaucoup d'hommes mourraient, et que la fin de cette manière de vivre était proche. Nous interprétons cela comme les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki. Nous ne voulons pas que cela se reproduise dans aucun autre pays pour aucun autre peuple; cette énergie devrait servir à des fins pacifiques, non pour la guerre.

 

Nous, les chefs religieux et porte-parole légitimes du peuple indépendant des Hopis, avons été chargés par le Grand Esprit d'envoyer au président des Etats-Unis et à tous les chefs spirituels une invitation à nous rencontrer pour discuter du salut de l'humanité, afin que la Paix, l'Unité et la Fraternité règnent partout où il y a des hommes."

 

Lettre des Indiens Hopis au président Nixon en 1970

 

 

Ces textes sont extraits du livre de T.C.Mac Luhan, "Pieds nus sur la terre sacrée", une anthologie de la philosophie, du mode de vie et de la destinée des Indiens d'Amérique du Nord

Par Réveil des Consciences - Publié dans : L'Universel - Communauté : La Cyber-résistance
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Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 16:53

Nous tenons à préciser que la Jérusalem céleste évoquée ci-dessous n'a aucun rapport avec l'idéologie sioniste, comme le texte le montre clairement.

 


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La société dans les civilisations traditionnelles est la Jérusalem de Saint Jean dans l'Apocalypse: "Cité sainte descendant du ciel d'auprès de Dieu, ayant la gloire de Dieu, dont les murs et les fondements sont de pierres précieuses." (Apocalypse, XXL, 10 18) Elle brille de tout son éclat, même lorsque nos yeux ne voient qu'un village de paillottes ou de boue séchée. Son plan reflète la conception que les hommes ont du monde, ses dimensions mettent à la mesure de l'homme l'harmonie du cosmos.

 

Un campement de nomades est aussi chargé de symbole que Bénarès, car des hommes, égaux en pensée aux sages de l'Inde, ont voulu y réaliser leur conception du monde en bande de laine et en piquets de bois.

 

Notre civilisation a gardé cette nostalgie d'une cité sainte, immuable, aux lois parfaites: la cité d'où nous venons, que nous avons quitté et où nous ne retournerons jamais plus parce que nous avons perdu le sens de l'absolu et la notion même de l'Invisible. Dans le sang et les boulversements des révolutions, nous cherchons désespérément à retrouver ce que les civilisations traditionnelles ont gardé si longtemps: l'immuable Jérusalem céleste faite de structures sociales harmonieuses, née d'une communion constante de l'homme et de l'Invisible.


"Nous regrettons nos abus, notre chaos, nous essayons de rêver d'une cité parfaite" (Cf. Mucchielli, p.232)

 

Puis, découragés, nous appelons ces rêves "utopies" parce que nous les considérons comme irréalisables. Nos utopistes, de Platon à Cyrano de Bergerac, comme nos révolutionnaires, ont oublié que la Jérusalem céleste tire sa perfection du ciel d'où elle est descendu et non de la seule volonté d'un despote. Elle est acceptation collective et non tyrannie. Pour cela, elle doit être conforme à une conception collective du monde et de la place de l'homme dans le monde, elle est harmonie nécessaire et non mieux-vivre. L'éclat des murs de cristal qui l'entourent nous montre que l'Invisible garde la ville et qu'il en est, à travers les hommes, l'architecte.

 

Les villages de pierres sèches et de chaume, les villes aux remparts de terre durcie, sont plus proches dans leur misère de l'harmonie des sphères célestes que nos métropoles de béton et d'acier.

 

Nous sommes donc amenés à reconsidérer le principe de l'évolutionnisme des structures sociales et de leur perfectionnement dans le temps. Les institutions ne sont pas comme les techniques de la matières sujettes au perfectionnement nécessaire apporté par une série d'essais et d'échecs. Elles sont , comme l'art, parfaite dès leur première manifestation. Rien ne nous permet de parler d'un art primitif inférieur à nos productions actuelles dans le même domaine, rien ne nous permet de parler de "sociétés primitives" dont les structures seraient inférieures à nos institutions. Le fait que nous les ayons transformées ou détruites ne signifie pas que nous les ayons amenées à un progès quelconque.

 

Le système des clans australiens est aussi complexe, aussi parfait que la monarchie constitutionnelle britannique par exemple. Rien ne nous permet de mettre l'un à l'origine et l'autre au terme d'une même série évolutive.

 

L'homme bâtit sa Jérusalem céleste à la limite de ses forces, la prolongeant de toute sa pensée au-delà des murs de ses cités, vers l'infini de perfection qu'il porte en lui. Cette Jérusalem céleste est la sienne et, en attendant qu'y descende la lumière de l'Agneau, l'homme fidèle à l'Invisible, immolé dans sa chair par l'initiation et les chaînes de l'Occident, se prépare à régner dans l'Invisible patrie humaine.

 

 

 

Jean Servier,

Extraits de l'ouvrage L'Homme et l'Invisible, chap. "L'ombre blanche"

Par Jean Servier - Publié dans : L'Universel - Communauté : La Cyber-résistance
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Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 23:34

Pour la journée de "la"* femme...



 

A l'écoute de Srimati Devi.

 

De la femme asiatique, et particulièrement indienne, on a dit et écrit une quantité de bêtises**. Pittoresques et vraisemblables, elles ont été crues parce qu’elles flattaient soit notre imagination, soit nos préjugés d’Occidentaux civilisés. Ecoutez à présent ce qu’en dit une Indienne. Je transcris des fragments de ce que j’ai entendu il y a assez longtemps, un soir de février, sur une terrasse de Bhoswanipore.


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« Nos soeurs d’Europe et d’Amérique se sont habituées à nous prendre en pitié. Elles croient que les femmes indiennes sont asservies dans des harems, privées de toute distraction et de toute liberté, aspirant à l’affranchissement. Il est exact que de tels cas existent, mais ils n’appartiennent pas à la société hindoue. En fait, les Européennes voient dans votre vie une existence sans romance, sans aventure, sans imprévu. Et elles en concluent que nous sommes malheureuses. Or, en vérité, nous nous sentirions malheureuses, chagrinées, violentées, si nous devions subir la vie qu’elles mènent là-bas, dans la liberté des instincts et la confusion sociale. D’abord, la liberté ne nous intéresse pas. C’est une illusion, dont chacun se débarrassera tôt ou tard. Notre vie est déterminée par le destin, par le karma, et toute évasion ne fait qu’en resserrer les liens. Par ailleurs, la romance ne nous semble pas indispensable au bonheur. Pour nous, le bonheur n’est pas un caprice, il n’est donc pas une heure passagère et irresponsable, pas une quelconque fatuité passionnelle ou sentimentale. Ce genre de passions, nous l'appelons moha, mais cela n’est pas le bonheur. Je ne sais pas si vous pourrez me comprendre, mais, pour une Indienne, le bonheur ne réside jamais dans l’initiative, il réside dans l’institution – ce qui signifie se consacrer totalement à un idéal vieux de milliers d’années, l’idéal de la famille, de l’éducation des enfants. La béatitude et la libération finales existent seulement dans la mesure où nous renonçons aux éphémères caprices passionnels, simples troubles, pour chercher à atteindre la perfection de nos mères.


Nous ne sommes d’ailleurs pas seules : nous portons en nous l’expérience de milliers d’années de chasteté, de fierté maternelle, de dignité et d’héroïsme. Dans tout rituel religieux, nous communiquons avec l’image de nos aïeules. Nous ne nous séparons jamais de nos mères …


Nos soeurs d’Europe affirment que nous menons une vie monotone et que nous sommes des esclaves. Vous, maintenant, vous êtes ici depuis assez longtemps pour avoir pu constater qu’il ne saurait être question d’esclavage. L’épouse est la maîtresse de la maison, sauf si la mère de son mari vit encore. C’est l’épouse qui tient les comptes, qui décide des achats, qui dirige tout. Si l’on ne voit pas de femmes dans la rue, cela ne veut nullement dire qu’elles ne peuvent pas sortir, mais qu’elles ne veulent pas, parce que la rue ne les intéresse pas, parce qu’elles n’ont pas de temps à perdre. Vous avez également pu remarquer que la maison, en Inde, est bien différente de celles qu’on trouve ailleurs. D’abord, elle compte entre dix et trente membres. Ensuite, la responsabilité et la bonne marche en incombent à l’épouse. Le plus grand plaisir que vous puissiez faire à une Indienne, c’est de lui demander de vous servir – de vous donner à manger, de vous recoudre quelque chose, de vous faire bouillir du lait, de nettoyer votre chambre. Nous, nous ignorons l’aristocratie de la presse. Nous sommes heureuses quand nous pouvons laver et faire le ménage dans toute une maison. Seva, servir, tel est l’idéal de l’Indienne. Mais je le répète, c’est une chose que nous aimons, on ne nous en donne pas l’ordre. Nous avons tellement de domestiques que, si nous voulions paresser, la maison n’en serait pas moins propre.


C’est seulement au cinéma que la vie de nos soeurs européennes nous enthousiasme. Voilà pourquoi les salles de quartier sont tellement pleines d’Indiennes. Si elles trouvent si drôles les Européennes, c’est parce que celles-ci se livrent à des activités masculines. Nous, nous nous amusons à la maison à imiter les hommes, à singer leurs airs supérieurs. Mais, depuis qu’il y a le cinéma, nous nous amusons encore plus à regarder les actrices blanches.


Les films nous font souvent éclater de rire, mais c’est quelquefois à une tragédie, et alors nos maris nous grondent. C’est admirable d’être européenne, mais comment résistent-elles à un comique aussi prolongé ? Nous, on mourrait d’ennui. Elles, elles voient tellement de gens qu’elles n’ont pas le temps de s’y attarder, d’apprendre à les éviter ou non. Leur vie est très monotone. Un jour, je suis allée avec plusieurs familles indiennes à une garden-party et nous avons écouté du jazz. Eh bien, je n’avais jamais rien entendu d’aussi monotone et bruyant. Il paraît pourtant que le jazz exalte les femmes blanches. Etrange.


… Vous n’êtes pas sans savoir combien pittoresque est la vie d’une épouse indienne. Combien pleine, surtout. Nous voyons peu nos maris, mais, tout ce que nous faisons, nous le faisons en pensant à eux. Voilà pourquoi vous nous entendez tout le temps chanter. Nous ne fatiguons jamais notre mari de notre présence, nous le laissons nous deviner et nous chercher. Nous ne nous marions pas par amour, voyez-vous, nous aimons après nous être mariées. Nous l’aimons parce qu’il est l’époux qui nous était destiné. D’ailleurs, chacun sait qu’il y a dans sa vie trois actes capitaux dans lesquels il ne peut pas intervenir : sa naissance, son mariage et sa mort. Nous naissons, nous nous marions et nous mourons conformément au karma. Pour cette raison, notre époux est véritablement nôtre, depuis des milliers d’années, à travers tant et tant de transmigrations. Là, dans ce fait essentiel, il n’y a pas d’exception. Ce qui explique qu’il y ait si peu de mariage malheureux en Inde, et pratiquement pas de divorces.


… Toute Indienne rêve d’imiter l’une des héroïnes du Mahabharata ou du Ramayana. Chacune veut devenir une déesse. Avec de tels sommets devant nous, que ferions-nous de la capricieuse liberté de nos soeurs européennes ? Nous la gaspillerions comme des fleurs de lotus sur le fleuve, sans pour autant quitter l’autel dressé sur la rive. Car, voyez-vous, il n’est pas de bonheur passager, il n’est de béatitude que dans l’éternité. Le reste est cinéma et jazz … »

 

 

de Mircea Eliade,

Chapitre extrait de L’Inde.

 


 

Notes (n'appartenant pas au texte, ceux sont nos propres remarques):

 

* Il s'agit évidemment de la femme moderne occidentale, l'exception qu'on voudrait imposer comme règle, comme tout ce qui sort de l'Occident d'ailleurs.

 

** Les penseurs musulmans et arabes, lorsqu'ils critiquent, à juste titre, l'orientalisme, oublient systématiquement que toutes les spiritualités de l'extême-orient (nous pensons surtout à l'Hindouisme, au Bouddhisme et au Taoïsme, mais pas uniquement) sont également concernées. De ce fait, leurs analyses restent partielles et ne peuvent rendre compte de l'idéologie globale de l'orientalisme. Plus grave encore à nos yeux, les musulmans eux-mêmes ont intégrés les thèses et préjugés grossiers des orientalistes concernant les autres Traditions d'Extrême-Orient (et parfois leur propre Tradition). Pourtant, il fut un temps où les savants musulmans n'hésitaient pas à affirmer que Bouddha était un prophète, ou que les hindous faisaient partis des Gens du Livre... 

Par Réveil des Consciences - Publié dans : L'Universel - Communauté : La Cyber-résistance
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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 01:45

"Comment pouvez-vous imposer une limitation à l'infini en déclarant : « Ceci est la seule vraie voie » ?" 

 Mâ Ananda Moyî.

 

"Là où se trouvent tes pieds commence le voyage."   

Lao Tseu.


 

Extrait de l'introduction de l'ouvrage "L'Autre en Nous... Une Philosophie du Pluralisme", du Pr. Tariq Ramadan:

 

voyage dans le désert

 

"Ce livre est un voyage, et une initiation. Il s’agit, effectivement, de se mettre en route et de cheminer sur les sentiers du cœur, de l’esprit et de l’imaginaire.

 

 A l’ère de la mondialisation et du postmodernisme, on n’a jamais autant  parlé de diversité et de pluralité et on semble ne s’être jamais autant enfermés dans nos particularismes et nos différences. Le monde global est un village, dit-on… un village de villageois qui s’ignorent. Aux deux sens du terme : ils ignorent qui ils sont et ignorent avec qui ils vivent. Au lieu d’une célébration assumée de nos richesses, cette situation ne peut produire que des conflits frileux, craintifs et larvés : conflits ou « clash » des ignorances avait suggéré Edward Saïd, conflits de perceptions, avions-nous proposé. Les perceptions disent davantage que l’ignorance : les premières peuvent certes être  la conséquence de cette dernière, mais elles expriment un rapport à soi et à autrui qui ne relève pas seulement du savoir. Il est question de sentiments, d’émotions, de convictions et de psychologie. Nous manquons de confiance. De confiance en soi, de confiance en autrui, de confiance en Dieu et/ou en l’Homme et/ou en l’avenir. Nous manquons de confiance, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, et la crainte, le doute et la méfiance nous colonisent insensiblement le cœur et l’esprit : l’autre est alors notre miroir négatif dont la différence nous permet de nous définir, de nous « identifier » et, somme toute, de nous rassurer un peu. Il devient notre divertissement, au sens pascalien… il nous divertit de nous, de notre ignorance, de nos peurs, de nos doutes, de nos craintes et par sa présence il justifie et explique nos méfiances. Nous entretenons des projections tout en constatant que nous manquons de projets.

 

Il faut donc revenir à quelques vérités élémentaires. Simples et profondes. Se mettre en route, se poser les questions essentielles et chercher le sens. Il faut cheminer vers soi et retrouver le goût de l’interrogation, de la critique constructive et de la complexité. Cela commence par établir une première thèse de vérité qui devrait naturellement enfanter une attitude de pudeur et d’humilité intellectuelles : chacun d’entre nous observe le monde à travers sa fenêtre… Il s’agit d’un point de vue sur l’horizon, d’un cadre, d’une vitre plus ou moins teintée, avec son orientation et ses limites : c’est tout cela, ensemble, qui donne sa couleur aux paysages alentours. Il faut commencer, humblement, par accepter que nous n’avons que des points de vue, au sens littéral, et que nous forgeons à partir de là nos idées, nos perceptions et notre imaginaire. Se réconcilier avec l’essence même de la relativité de son regard n’implique pas de douter de tout ou de n’être sûr de rien. Ce pourrait être le contraire et il pourrait en résulter une confiance sans arrogance de même qu’une saine, énergique et créatrice curiosité vis-à-vis de ces infinies fenêtres d’où s’observe le même univers. La pluralité est telle qu’on en est venu à douter qu’il s’agisse du même univers, des mêmes questions et de la même humanité. Dans « le village global », ce faisant, l’individualisme de plus en plus prononcé nous a même amené à douter du fait qu’il existe des restes de philosophie derrière le calcul de nos volontés de pouvoir et de nos intérêts respectifs. Que peut donc produire l’ego de nos égoïsmes ?


C’est qu’il ne faut pas rester debout à sa fenêtre. En route, disions-nous, sur les chemins du cœur, de l’esprit et de l’imaginaire ! L’horizon devant nous nous offre une alternative, deux itinéraires : soit se promener de fenêtre en fenêtre, de philosophie en philosophie, de religion en religion, et chercher à comprendre une à une les traditions et les écoles avec leurs enseignements et leurs principes. De l’une à l’autre, de soi aux autres, on trouvera bien des similarités, des points communs, des valeurs partagées. Soit on peut suivre l’autre sentier qui nous entraîne au cœur même du paysage et de là nous invite à tourner notre regard vers les fenêtres alentours : ici, il n’est pas question de considérer la multiplicité des observateurs, mais de se plonger dans l’objet commun observé et, de là, d’appréhender la diversité des points de vue et l’essence de leur similarité. Une fois admise l’existence de notre fenêtre, il faut donc voyager, se libérer, se plonger dans l’océan, naviguer, aller, s’arrêter, chavirer, résister, reprendre la route, naviguer encore, et se souvenir que l’océan n’a d’existence et notre survie de chance que par la présence de ses multiples rives qui font l’océan unique. Et vice versa.


Nous avons choisi le second itinéraire et nous désirons accompagner notre lecteur au cœur de l’observé afin d’appréhender avec confiance et humilité la myriade des observateurs. Notre philosophie du pluralisme est une immersion dans l’objet pour aller à la rencontre des êtres humains, des sujets, avec leurs traditions, leurs religions, leurs philosophies, leurs esthétiques ou/et leur psychologies. Ainsi, chaque chapitre aborde un thème, un élément du paysage de la philosophie…la quête de sens, l’universel, la liberté, la fraternité, la mémoire, l’amour, le pardon, etc. et nous essayons, à partir de ce centre, d’interpeller et de comprendre la diversité et la créativité qui sourdent des fenêtres. Ainsi les notions d’égalité, de liberté, d’humanité, d’émotion, de mémoires appartiennent à toutes les traditions et à toutes les philosophies mais leur vérité absolue n’est la possession de personne. L’universel, nous le montrerons, ne peut être qu’un universel partagé.


Au cours de cette initiation qui remonte, linéairement et/ou circulairement, des questions existentielles et des notions philosophiques communes vers le pluralisme des réponses et des points de vue, le lecteur verra se dessiner les contours d’une philosophie du pluralisme. En reconnaissant l’existence même de sa fenêtre, puis en prenant le risque de s’en détacher, de se décentrer, pour se plonger dans la notion philosophique elle-même (et ainsi découvrir la diversité des points de vue, des opinions, des dogmes et des postulats), il accède, à partir de l’essence des débats sur une notion, à la communauté de destin et d’espérance des sujets, des femmes et des hommes de tous les horizons, à travers l’Histoire entière. Comme un initié, le lecteur se demandera parfois : « Où donc m’emmène-t-on ? » et la réponse ne sera ni unique ni définitive. Nous sommes en route vers cet espace de la conscience et de l’intelligence où toutes les sagesses nous rappellent que comme ce sont les rivages qui font l’unicité de l’océan, c’est la pluralité des cheminements humains qui façonne la commune humanité des hommes.


Amoureuse des grands voyages, Ella Maillard avait dit un jour : « Le plus difficile est de se rendre à la gare ». Le plus difficile, ce sont bien les premiers pas, quitter les siens, ses habitudes, son confort, ses certitudes et se mettre en route vers de nouveaux horizons. Cela demande un effort, de la volonté… l’appel du voyage et la découverte des rivages ne se marient pas avec la paresse, la suffisance ou l’arrogance. Il faut une prise de conscience, de la détermination, de l’humilité, de la pudeur, de la curiosité et un certain goût du risque pour décider de s’aventurer ainsi dans des univers étrangers, des références nouvelles, des vocabulaires inconnus. Accepter l’insécurité, apprécier l’empathie.


Nous avons tenté de présenter ces notions complexes de la façon la plus simple et la plus abordable pour que les lecteurs ne perdent pas pied. Aucune connaissance philosophique ou religieuse n’est requise pour se mettre en route. On comprendra d’ailleurs très vite que cette initiation se conjugue sur plusieurs temps et à différents niveaux : chacun y trouvera son compte et y retrouvera le bagage et les provisions avec lesquels elle/il s’était engagé. Il nous importait de ne pas complexifier inutilement la complexité elle-même et de ne pas confondre la simplicité avec l’absence de profondeur. La pauvreté du paysage est le miroir de celle de notre regard, murmurait le poète allemand Rainer Maria Rilke… cela est vrai aussi de sa richesse. Un homme perdu est vulnérable et rarement suffisant : il est donc bon que le lecteur se perde parfois, se retrouve, croie avoir compris puis comprenne enfin qu’il ne comprend pas, ou plus, ou pas suffisamment. Une belle école de sagesse sur les bancs de laquelle la curiosité nous apprend la réserve et la suspension du jugement. Les chapitres aux mille fenêtres n’offrent pas de vérité assurée ni de réponse définitive mais des horizons, des rives, des perspectives et des sentiers qui rappellent combien, dans le fond, les hommes se ressemblent dans leurs joies, leurs souffrances et leurs amours. Dans leur quête de vérité et de paix.


La finalité du voyage est le voyage lui-même… le voyage qui mène au loin, à soi. Pour y trouver son être, ou un ego libéré, ou Dieu, ou la raison, ou le cœur, ou le vide. Mais toujours, toujours, de la tendresse et de l’amour. De l’espérance aussi : dernier des maux selon le mythe de Pandore, premier acte de la foi en Dieu ou en l’homme. En partant de ces idéaux, de ces valeurs et de ces principes communs, le voyageur en quête d’initiation accoste aux rivages de la riche diversité et du pluralisme et voit des chemins se dessiner, s’ouvrir des portes et des fenêtres. Il vit ce paradoxe de voyager à la périphérie des traditions et de s’installer dans l’essence de leurs enseignements. Alors il peut murmurer, confiant et ouvert : ma philosophie est le voyage, le pluralisme ma destination. L’humilité est mon couvert, le respect mon vêtement, l’empathie ma nourriture et la curiosité ma boisson. Quant à l’amour, il a mille noms et à chaque fenêtre il est mon compagnon."

Par Tariq Ramadan - Publié dans : L'Universel
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Dimanche 27 juin 2010 7 27 /06 /Juin /2010 04:34

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La science occidentale me fait penser à un acrobate qui, marchant sur les mains, la tête en bas, affirmerait en agitant ses jambes : "Regardez ! Je suis bicéphale." Son approche de l'homme est tout aussi marquée du même matérialisme paradoxalement irréel... Je dois aux paysans du Zakkar, une rude montagne dans l'Ouest algérien, ma première leçon d'ethnologie pratique. Parce que j'ai accepté de me taire et d'écouter, ils m'ont expliqué leur univers, pauvre techniquement, où le symbole était plus important que l'efficacité de l'objet ou du geste, et la pensée plus importante encore : un monde sans productivité, incompréhensible pour l'Occident...

 

Pendant des années, nous, Blancs occidentaux, nous avons ignoré l'homme. Un préhistorien fouillant la terre est persuadé qu'il va trouver des objets informes, témoignages des balbutiements de l'humanité : cette attitude lui impose déjà des conclusions. Comme me le faisait remarquer Jacques Bergmann : "Si l'on présente à un préhistorien des quartz taillés par Thomson Houston pour l'équipement de certaines machines électroniques, il affirmera être en présence de grattoirs d'un type spécial." Sans aller si loin, la majeure partie de nos préhistoriens ignorent l'existence des pierres à fusil encore taillées il y a moins d'un siècle : elles figurent en grand nombre dans les musées de préhistoire. De nos jours encore, il arrive aux Bédouins du Néguev de détacher d'un bloc de silex une lame coupante pour un usage domestique quelconque puis de la jeter sans se soucier des problèmes posés aux préhistoriens à venir...

 

En ethnologie, l'attitude de l'homme blanc a été la même : une volonté têtue de considérer les hommes des civilisations différentes de la nôtre comme des "primitifs", des survivants de l'aurore de l'humanité telle qu'il l'imaginait. A l'époque où Durkheim et Lévy-Bruhl écrivaient des inepties partisanes sur la "mentalité primitive", le grand savant danois Knud Rasmunssen recueillait chez les Eskimo Iglulik cette déclaration : "Nous considérons l'âme comme la chose la plus importante et la plus mystérieuse de toutes." En ce début du XXe siècle, une découverte de ce genre venait trop tôt. Si le monde savant y avait attaché une quelconque importance, cette affirmation aurait dû modifier le postulat de base des sciences humaines, empêcher les rationalisants de se donner libre cours. Rasmunssen fut écarté, ses travaux oubliés, et l'on partit à la découverte de "sauvages" plus dociles aux théories de l'homme blanc.


Nul n'a songé un instant que le savant danois devait à ses ancêtres maternels eskimo de pouvoir ainsi brûler les étapes que connaissent tous les chercheurs lorsqu'ils vont à la découverte de l'âme d'un peuple, ce ressort secret qui permet de rendre compte de toute une civilisation, sinon de l'expliquer. Les Iglulik ne sont pas des mystiques-nés, ils habitent l'intérieur du Groenland dans un climat qui est celui du Grand Nord, menant, naguère encore, une lutte de chaque instant contre le froid et contre la faim. Imaginons que dans dix mille ans un préhistorien en mission au Groenland trouve des traces rectangulaires régulières à demi creusées dans le sol : il les identifiera - ce sont des fonds de cabanes. D'autres signes viendront lui confirmer la présence de l'homme. Il rédigera son rapport de fouilles, y consignant ses découvertes, concluant au passage d'êtres humains dotés d'un pauvre équipement technique malgré une capacité céphalique satisfaisante : des fossiles témoins de l'aurore de l'humanité. Nulle voix ne sera venue lui dire comme à Rasmunssen : "L'âme est pour nous la chose la plus importante et la plus mystérieuse."


Une question se pose alors, à nous ethnologues : toute l'histoire de l'humanité se ramène-t-elle à la transformation du harpon en fusil ? L'homme n'est-il qu'un ouvrier spécialisé, employant les millénaires d'une histoire prodigieuse à développer son habileté manuelle et, à partir de là, sa pensée ? Peut-on juger d'une civilisation par les objets qu'elle a produits ? Le Bazar de l'Hôtel de Ville est-il supérieur à Lhassa ?...


La croyance au monde invisible, c'est-à-dire à l'existence de l'âme, à l'immortalité de l'âme, à un Dieu créateur, maître de la vie, recouvre dans sa totalité le phénomène humain comme le feu et le langage articulé...  le monde invisible semble s'imposer à l'homme comme une réalité dont les qualités propres limitent et définissent les techniques de travail... Tout se passe comme si une réalité transcendante s'imposait à l'homme, aussi tangible que le fer ou le bois. La conception même de ce monde invisible est limitée à quelques idées qui ne semblent pas avoir subi de changements tant elles se maintiennent d'un bout à l'autre de l'humanité, au fil des millénaires. Des idées qu'aucune logique occidentale ne peut justifier, tant il paraît paradoxal de les trouver attestées par ces hommes de la banquise, du désert, de la jungle ou d'îles perdues.


Tout d'abord, c'est la croyance à l'existence de l'âme, un hôte invisible qui habite le corps de chair, qui en est l'essence, c'est-à-dire plus réel que les muscles du chasseur, son épieu ou son vêtement de peau... L'homme croit à la durée de l'âme par-delà la mort. Cette croyance explique et conditionne tous les rites relatifs à la mort, tous les symboles étrangement semblables d'un bout à l'autre de l'espace et du temps. J'ai eu la curiosité de recueillir ces traditions de la mort et je me suis aperçu qu'elles se ressemblaient entre elles un peu comme un même paysage décrit par des guides différents... Ce lot de certitudes communes à l'humanité a entraîné les mêmes conséquences dans toutes les civilisations. L'homme considère la mort comme un moment inéluctable de son cycle terrestre, il l'attend sans angoisse, faisant de sa vie une préparation à la vie spirituelle future considérée comme seule importante. Il en répète les étapes, en dénombre les obstacles – les mêmes dans toutes les traditions - comme un coureur étudie le terrain sur lequel il lui faudra se lancer. Le premier souci de l'homme semble être de s'entraîner pour mieux franchir cette porte mystérieuse, d'être prêt en cette vie, déjà mis sur la Voie : initié...


Cet enseignement ne s'arrête pas à des rites et à des croyances invérifiables, il a permis à l'homme d'appréhender l'espace et le temps, de s'y mouvoir à l'aise. Nous pouvons étudier soit directement, soit à l'aide de témoignages la façon dont l'homme "utilise" le monde. Nous sommes frappés de ne pas trouver trace de tâtonnements : les seuls faits observables montrent au contraire la certitude d'une gnose dont l'homme cherche à appliquer les enseignements. Ainsi, la plupart des quarante variétés d'ignames que connaissent les Australiens nomades de la région d'Arnhem sont sans goût, vénéneuses, fibreuses, peu appétissantes. Leur préparation, pour les rendre comestibles, comprend toute une série d'opérations différentes...  Cette nourriture à la préparation compliquée n'est pas considérée comme l'aboutissement d'une longue recherche, mais comme un don fait par l'Invisible, avec le mode d'emploi. Il nous faut donc rejeter l'hypothèse simpliste de l'homme "primitif" adoptant les meilleurs fruits pour son alimentation quotidienne après une dégustation comparative...


Il est difficile de maintenir davantage un système philosophique qui fait de la race blanche l'aboutissement d'une quelconque évolution chronologique vers le Bien. Il est impensable de faire de la guerre totale, telle que la conçoit l'Occident, un élément providentiel de progrès. Aucun peuple si dépourvu techniquement, aucun "sauvage" nu et tatoué n'ont conçu que l'on puisse mépriser la dignité humaine au point d'en arriver à l'abomination des chambres à gaz, aux corps humains transformés en engrais ou en savon, aux camps de concentration. Il ne semble pas que l'homme blanc puisse trouver dans ses télescopes géants, ses broyeurs d'atomes ou ses bombes une solution à la mortelle contradiction interne qu'il porte en lui.


L'Occident s'est écarté de la voie suivie si longtemps par l'humanité. En ce XXe siècle finissant, il est en proie à une grande peur de l'An Mille - Deux Mille en l'occurrence -, faisant crier à la fin des temps, aux signes et aux prophètes, à chaque secousse sismique, à chaque baleineau échoué sur une plage, à chaque exhibition d'un barbu échevelé. Cette angoisse millénariste n'est que le reflet de notre peur de la mort, car, malgré notre progrès matériel, l'aventure humaine et son cycle nous sont désormais étrangers.


Nous, Occidentaux, nous avons choisi dans le labyrinthe une direction différente, sans trouver de fil pour nous guider : nous sommes des enfants perdus dans le noir et non des adultes assurés de leur voie. Peut-être en courbant nos nuques raides pourrons-nous retrouver dans la cendre les humbles traces laissées par les pieds nus de nos frères, peut-être saurons-nous y déchiffrer le maître mot de toutes les initiations. L'humanité est semblable à cette écharpe dont me parlait Jacques Bergmann, une belle écharpe de soie portant un message de bienvenue que seule pouvait déchiffrer une machine électronique d'un type particulier. Il y a un message inscrit en lettres d'hommes au travers des mers et des continents, la tête lectrice est en nous et c'est nous qui pouvons retrouver cette parole perdue.


Par Jean Servier.

Octobre 1964, extrait de l'article "Je ne crois pas au progrès!"

 


Pour l'article intégral: cliquez ici

Par Jean Servier - Publié dans : L'Universel - Communauté : Libre parole
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 20:06

user99453 pic11529 1215968191 « L’homme croit à la durée de l’âme par-delà la mort. Cette croyance explique et conditionne tous les rites relatifs à la mort : complexes ou simples, tous découlent logiquement d’un même postulat et de mêmes notions sur la substance de l’âme. Ils nous paraissent inexplicables à nous Occidentaux, mais déjà la mort nous paraît inexplicable et semble nous surprendre toujours autant, comme si elle frappait pour la première fois.


Partout ailleurs, l’homme a eu la sagesse d’organiser sa conception de l’univers en tenant compte de la mort et non en l’ignorant ; il a su garder cette sagesse, aussi longtemps qu’il n’a pas croisé sur sa route la folie de l’Occident…


En abordant un groupe d’hommes inconnus dans un continent éloigné, nous pouvons ne pas savoir s’ils possèdent l’araire ou la houe, s’ils cultivent la terre, poussent des troupeaux devant eux, tendent des filets ou placent des pièges ; peut-être même n’ont-ils qu’un bâton à la pointe durcie dont ils fouillent le sol pour en tirer des racines comestibles ou de succulents vers de terre. Pourtant, nous sommes certains de trouver, chez eux, quelque soit la misère de leur outillage, une notion précise de l’âme humaine, une certitude de la survie de l’âme qui entraîne des rites funéraires aussi précis que chez nous, en Occident, les gestes techniques…


La lampe de terre des paysans kabyles est le symbole de l’aventure humaine : le corps d’argile se brise mais la mèche imprégnée d’huile continue de brûler, la flamme s’éteint ensuite à nos yeux, mais savons-nous si sa clarté cesse ou, qui peut nier l’impuissance de nos cerveaux de chair à concevoir des appareils assez sensibles pour mesurer ce rayonnement et en suivre la propagation ? »

 

 

Jean Servier, extrait de l'ouvrage "L'Homme et l'invisible".

Par Jean Servier - Publié dans : L'Universel
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