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Politique française

Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 01:24

"L’intelligence, c’est de bien retenir les expériences" - L’Imâm Ali.

 


 

Dimanche 20 heures, le « peuple de gauche » peut enfin exulter à l’annonce des résultats de l’élection présidentielle. Partout en France, les mêmes éclats de joie, le même enthousiasme et le même espoir de changement. Après cinq années de présidence de Nicolas Sarkozy et après dix ans de pouvoir de droite, la gauche reprend en main les destinées de la France. Vingt-quatre ans après la victoire de François Mitterrand, un socialiste accède de nouveau à la magistrature suprême. Le changement c’est maintenant…

 

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La Marche des Beurs, 1983



Ce changement a pourtant un long passé et un lourd passif qui devrait refroidir plus d’un enthousiaste exalté. Dès 1903, Jean Jaurès, le grand leader socialiste, fondateur de L’Humanité et figure historique de la gauche française, justifiait les visées coloniales françaises sur le Maroc au nom des valeurs supérieures de la civilisation française (1). Quelques années plus tard, au moment du Congrès de Tours en 1920, Léon Blum défendit l’idée qu’il ne fallait pas « confondre le mouvement de révolte des peuples opprimés avec le travail de libération prolétarienne » car cette confusion avait tendance « à fausser la lutte des classes et à déclencher la guerre des races contraire à ses principes de fraternité et à sa volonté de paix. » (2)

Dans les années 1920, contre la résistance de l’Emir Abdelkrim dans le Rif marocain, la France menait une terrible guerre coloniale au cours de laquelle les populations civiles de la région furent victimes de bombardements chimiques. A ce moment là, celui qui reste une des grandes références des socialistes français, n’hésitait pas à défendre à la Chambre des députés le devoir des « races supérieures » « d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation. » (3) N’étant pas uniquement un défenseur de l’impérialisme français, Léon Blum fut également un fervent partisan du projet colonial sioniste. A la demande de Haïm Weizmann, Léon Blum s'est impliqué dans la colonisation sioniste de la Palestine durant le mandat britannique.

Arrivés au pouvoir en 1936 portés par les espoirs de changement du Front populaire, Blum et les socialistes purent mettre en œuvre leurs idées en matière coloniale. Le 26 janvier 1937, le gouvernement du Front populaire fit dissoudre l’Etoile Nord Africaine qui revendiquait la libération des trois pays du Maghreb. Dans les mois qui suivirent, Messali Hadj et nombre de cadres du mouvement nationaliste algérien furent arrêtés et emprisonnés. Certains militants nationalistes, comme Areski Kehal, ne sont jamais ressortis de ces prisons coloniales.

Au sortir de la guerre 1939-1945, les socialistes poursuivirent leur politique coloniale. Au moment des massacres du 8 mai 1945 dans le Nord-Constantinois, la SFIO comptait plusieurs ministres socialistes dans le gouvernement dirigé par le général de Gaulle. Justifiant la répression impitoyable, dans les colonnes de Fraternité du 17 mai 1945, les socialistes blâmèrent les Algériens qui « avaient sali la grande heure de la Victoire des démocraties. » (4) Durant la présidence du socialiste Vincent Auriol, la Quatrième République mena une terrible guerre coloniale en Indochine et un massacre de masse à Madagascar avec la bénédiction des socialistes qui participaient au gouvernement. En Algérie, le socialiste Edmond Naegelen mena la répression, notamment par le trucage systématique des élections.

En dehors de l’Empire français, les socialistes se manifestèrent par le soutien total qu’ils accordèrent au projet colonial sioniste. Le 29 novembre 1947, la France vota en faveur du partage de la Palestine et de la création de l'entité sioniste aux Nations Unies. Après la proclamation de la création de l’Etat d’« Israël », le 15 mai 1948, l'organe de la SFIO, Le Populaire, saluait le gouvernement sioniste dirigé par leurs camarades de l’Internationale Socialiste : « Ce nouvel Etat, nous lui souhaitons bonne chance. Car nous savons qu'il est essentiellement démocratique et que le socialisme y a implanté des racines solides. » (5)

Reprenant les rênes du pouvoir le 1ier févier 1956, le gouvernement dirigé par le socialiste Guy Mollet fit voter les « pouvoirs spéciaux », c'est-à-dire la torture généralisée, le 12 mars 1956, pour mater la Révolution algérienne. Le garde des Sceaux du gouvernement Mollet, François Mitterrand avait opté en faveur de la répression dès novembre 1954 alors qu’il était, à l’époque, ministre de l’Intérieur de Pierre Mendès France. A la tête du ministère de la justice, Mitterrand se montra favorable à la décapitation des militants du FLN condamnés à mort.

A la même période, le gouvernement dirigé par les socialistes fomenta, avec ses alliés sionistes et britanniques, l'agression tripartite lancée contre l’Egypte nassérienne en octobre-novembre 1956 pour prendre le contrôle du canal de Suez. C'était l'occasion pour les socialistes français de renverser un gouvernement arabe indépendant qui soutenait activement le FLN. Cette politique, qui concordait avec celle de l'entité sioniste, consistait à abattre le seul Etat arabe menaçant l’hégémonie occidentale dans le monde arabe.

Après un long intermède, les socialistes revinrent au pouvoir en 1981 suite à la victoire de François Mitterrand à l’élection présidentielle. Parmi ses « 110 propositions pour la France », Mitterrand affirmait vouloir supprimer « les discriminations frappant les travailleurs immigrés », assurer « l’égalité des droits des travailleurs immigrés avec les nationaux », donner le « droit de vote aux élections municipales après cinq ans de présence sur le territoire français. » (6) Plus de trente ans après, nous savons parfaitement ce qu’il en est de ces promesses n’engageant que ceux qui y croient.

En opposition à toutes ces belles déclarations ornementales, contre les travailleurs immigrés luttant pour faire valoir leurs droits, le Premier ministre socialiste Pierre Mauroy agita des arguments racistes et islamophobes. Lors d'une grève chez Renault en 1983, il déclara : « Les principales difficultés qui demeurent sont posées par des travailleurs immigrés […] agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises. » Contre les héritiers de l’immigration postcoloniale qui revendiquèrent une égalité réelle au cours de la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983, les socialistes créèrent SOS Racisme. Avec le soutien des réseaux trotskistes (LCR) et sionistes (UEJF) de Julien Dray, l’association à la « petite main jaune » eut pour mission essentielle de noyer dans un antiracisme folklorique les velléités autonomistes des marcheurs.

Sur la scène internationale, les socialistes poursuivirent leur politique impérialiste et pro-sioniste. En 1991, la France gouvernée par les socialistes entra en guerre contre l'Irak pour démanteler ce pays arabe, mettre la main sur ses richesses et ainsi protéger l'entité sioniste.

Cette politique colonialiste des socialistes français, Amar Imache l’avait comprise dès les années 1930. Dans L’Algérie au carrefour, opuscule paru en 1937, le militant nationaliste algérien écrivait que la politique coloniale du Front populaire était « dans l’ordre et la logique, car c’est toujours la bourgeoisie impérialiste qui gouverne, elle s’appelle la gauche ou la droite. » (7) Contre tous les enthousiastes exaltés par l’arrivée du « changement maintenant », les propos d’Amar Imache nous ramènent à la réalité séculaire du socialisme colonial français.

 

 

Par Youssef Girard

 

 

Source: www.ism-france.org



(1) Jean Jaurès, Chambre des députés, 20 novembre 1903.
(2) Girardet Raoul, L’idée coloniale en France de 1871-1962, Paris, Ed. Hachette, 2005, page 214.
(3) Léon Blum, Chambre des députés, 9 juillet 1925.
(4) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951, Paris, Ed. Paris-méditerranée, 2003, page 667
(5) Dalloz Jacques, La création de l'Etat d'Israël, Paris, La Documentation française, 1993
(6) Voir les propositions 79 à 81 in. « 110 propositions pour la France », URL : http://www.lours.org/default.asp?pid=307
(7) Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1919-1939, op.cit., page 449

Par Youssef Girard - Publié dans : Politique française
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 09:10
Par Réveil des Consciences - Publié dans : Politique française - Communauté : La Cyber-résistance
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Mardi 2 novembre 2010 2 02 /11 /Nov /2010 12:34

L’ANC (Alliance noire citoyenne) s’attaque depuis plus de 5 ans au fond plutôt qu’à la forme du fléau raciste qui contamine notre société « REPUBLICAINE », en théorie.

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Il est donc clair pour nous que ce parfum de « NEGROPHOBIE » qui pollue notre oxygène n’a manifestement pas attendu Mr « Guerlain » pour l‘embaumer de cette pestilence nauséabonde. Bien avant lui, l’air du temps était déjà vicié par de récurrents relents « négrophobes » trop souvent impunis.


Nous avons donc pleinement conscience que Mr Guerlain est loin d’être le premier homme à fouler cette terre cabossée par les préjugés racistes. Nous n’ignorons pas non plus qu’avant sa retentissante apparition dans le journal télévisé de France 2, il y avait déjà eu une pléthore de « personnalités » qui s‘étaient illustrées dans des déclarations aussi tonitruantes que l’héritier. A commencer par le président de la République actuel et son prédécesseur qui, en dépit de l’exemplarité qu’ils se réclament et dont-ils auraient du faire preuve, ont officiellement prétendu que : « Le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire », estime l‘actuel chef de l‘état.


Alors que son prédécesseur a repoussé les limites de la décence en faisant impunément res-sentir qu’il y avait manifestement un problème avec : « le bruit et les odeurs » des noirs.


Toutefois, ce n’est pas l’irresponsabilité morale et intellectuelle de ces personnalités que nous condamnons. C’est le système en lui-même, éducatif et médiatique, qui leur a transmis ces convictions d’un autre âge, alors qu’elles ressuscitent les poussiéreuses pensées esclavagistes et coloniales immatérielles.


En effet, tous ces négrophobes qui s’ignorent nous obligent à assister à l’exhumation de sombres visions qui cherchent à donner corps et âme à « l’hypothétique » supériorité du « blanc ». Pour rendre ce fait plausible ces révisionnistes soulignent graduellement l’infériorité « supposée » du « noir », en particulier, et des « non-blanc » en général.


En clair ce n’est pas seulement monsieur Guerlain que nous visons ici. Ce sont ses prédécesseurs glorieux et tous ses successeurs que nous venons ici combattre. Nous voulons nous inscrire en faux, face aux allégations mensongères. Nous devons nous prémunir face au « SYNDROME TARZAN » qui conditionne l’idée de la supériorité « naturelle » du « blanc » sur le « noir ». Ce virus viscéralement ancré dans le subconscient des uns et des autres doit être définitivement éradiqué. Etant entendu que la négrophobie est (in)consciemment inoculée par un système éducatif et médiatique, qui a potentiellement contaminé l’esprit de chacun d’entre nous, que nous soyons noir ou blanc.


C’est donc ce débat que nous sommes venus assumer sur la place publique pour en finir avec une hypocrisie intellectuelle qui prétend que nous sommes tous « des français à part entière ». Alors que les faits nous prouvent chaque jour davantage que, nous ne sommes rien de plus que « des français entièrement à part ».


Conscient de cela, et bien que nous condamnions unanimement et catégoriquement les propos dénigrant de Mr Guerlain, nous refusons de faire endosser à un homme seul les dérives « négrophobes », qui défigurent le visage de la France. Car, il ne peut être à la base de l’idéologie qui nourrit la discrimination raciale, qui nous ferme trop souvent les portes du monde de l’emploi et du logement – pour ne citer que ces domaines.


Pour cause, c’est tout un système qui alimente ce processus ethniquement inégalitaire à travers le parti pris que véhicule l’école de Jules Ferry* et la télévision, entre autres, en donnant systématiquement au noir un rôle de subalterne, quand elles ne le font pas tout bonnement disparaître du champ de l’histoire (de l’humanité).


On ne peut donc prendre toute la mesure de la portée dévastatrice des propos proférés par Mr Guerlain, si on ne les replonge pas dans ce contexte éducatif aliénant. C’est d’ailleurs cette concordance qui alimente insidieusement un racisme institutionnel sans borne. Nous  sommes donc convaincus que c’est cette idéologie (in)consciente qui met à mal, par des fondements et des valeurs biaisées, une République qu’il nous semble nécessaire de revitaliser.


Parce que nous ne voulons plus d’un antiracisme de façade, nous devons faire savoir au monde que le problème de la « négrophobie » ne se concentre pas strictement dans le corps et l’esprit de Monsieur Guerlain. En revanche, il est l’apanage de tout un système qui a permis à cet homme d’avoir foi en ses idées foncièrement « NEGROPHOBES », comme d‘autres avant et fort probablement après lui.


De ce fait nous sommes profondément convaincus que, nous ne pourrons pas changer ce type de mentalité juste en invitant au boycott des produits Guerlain. Par contre, si nous souhaitons réellement éradiquer toutes les formes d’idéologies négrophobes, nous devons envisager la réforme du système éducatif et médiatique français, afin qu’il pose un regard épuré de tout préjugé sur l‘homme et la femme noir(e).


En effet, nous pensons qu’il est désormais de salubrité publique d’organiser un débat citoyen autour de « LA QUESTION NOIRE », qui demeure un véritable Tabou en France. Ceci, à condition que notre objectif commun se résume dans le fait de dissiper les tensions qui survivent toujours autour des non-dits.

 


ALLIANCE NOIRE CITOYENNE (A.N.C)


 

 

 

Source: http://allainjules.wordpress.com/2010/10/23/manifeste-de-lanc-alliance-noire-citoyenne/



*Les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures [...]. La politique coloniale est fille de la politique industrielle.

Jules Ferry à l’Assemblée Nationale, le 25 juillet 1885

Par A.N.C - Publié dans : Politique française - Communauté : Libre parole
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Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 00:13

La conférence organisée par le Parti des Indigènes de la République - Marseille - a fait salle comble dimanche soir dans les locaux de l’association La Mer Veilleuse et pour cause, il était question d’évoquer un sujet tabou, rarement mis sur le devant de la scène par les médias : « Les violences policières : une justice à deux vitesses ». Pour en parler, Walid Klai, porte-parole du comité de soutien d’Abdelhakim Ajimi, venu témoigner du combat mené pendant deux ans et demi par la famille pour tenter de mettre en examen les deux agents de la BAC ayant interpellé la jeune victime le 9 mai 2008 à Grasse. Youssef Boussoumah, historien et membre fondateur du Parti des Indigènes de la République, a quant à lui mis en évidence la responsabilité de l’Etat Français dans la multiplication des crimes policiers, qui s’inscrivent selon lui, dans un continuum colonial qui ne cesse de leur « coller à la peau ».


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« En matière de crimes policiers, la France est un pays de pointe. Il y a eu prés de 300 morts de crimes policiers depuis 1977 à nos jours. 13 à 14 meurtres policiers chaque année. Un des taux des plus élevés des dites démocraties » analyse l’historien Youssouf Boussoumah. Les principales victimes ? « Une certaine catégorie de la population : les noirs et les arabes ». Abou Bakari Tandia (2005), Abdelhakim Ajimi (2008), Rabah Bouadma (2009), Mohamed Boukrourou (2009), Ali Ziri (2009), sont tous décédés suite à des interpellations par des agents de police. Ces victimes, enfants ou pères de famille ont tous pour point commun, celui d’être issues de la colonisation fait-on remarquer dans la salle.

 


Walid Klai : « On a eu à mener tous les combats »


Après avoir perdu un être cher, les familles des victimes ont un combat difficile à mener : faire face à une justice française souvent « complaisante et protectrice » à l’égard des agents de police, qui ne sont autres que « les longs bras de l’Etat » souligne l’historien, Youssef Boussoumah. Après avoir vécu les choses de l’intérieur, la famille d’Abdelhakim Ajimi et son comité de soutien dévoilent leurs expériences avec un certain recul. « Confrontés au dédale des procédures, à la pression, aux mensonges, on a eu à mener tous les combats » résume Walid Klai, porte parole du comité de soutien d’Abdelhakim Ajimi, visiblement marqué par ces deux ans et demi de lutte judiciaire. Un des premiers combats à mener fût d’interpeller les médias. « Ne vous trompez pas sur la manière dont cette affaire sera exploitée, leur a t-on-dit ». Une mise en garde qui a porté ses fruits puisque les média nationaux ont correctement traité cette affaire se satisfait-il. L’autre combat a été plus difficile. Confrontés à la police des polices et aux intimidations, la famille Ajimi et la vingtaine de témoins, ont tenu le coup pour tenter de mettre en examen les agents présumés responsables de la mort du jeune homme. Le 23 septembre dernier s’était chose faite. Les deux agents devront répondre de leurs actes devant le tribunal correctionnel de Grasse pour homicide involontaire. Avant que la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence prenne cette décision, la famille a dû lutter corps et âmes pour renverser la situation. Les deux agents avaient en effet été placés en position de témoins assistés en 2008, puis mis en examen en 2009, le juge chargé d’instruire le dossier avait ensuite rendu une ordonnance de non-lieu concernant les deux hommes en mai 2010, pour enfin être mis en examen le 23 septembre dernier. Les 5 policiers nationaux qui ont transportés Abdelhakim dans la voiture, ont également été inculpés pour non assistance à personne en danger. La date du procès n’est pas encore déterminée.


Deux ans et demi après la mort du jeune homme, l’émotion est toujours aussi vive. Surtout lorsque sont évoquées les conditions dans lesquelles Abdelhakim a été interpellé. « Il a subi quelque choses de très très violent. Les gens criaient : « il est mort », alors que les policiers le trainaient les pieds et les bras ballants vers la voiture. Pour ensuite être jeté comme un animal ». Des conditions d’interpellation dénoncées par la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS) qui, dans un rapport de onze pages, n’avait pas hésité à les qualifier de « traitements inhumains et de barbarie » et pointant notamment du doigt « la clé d’étranglement », une technique d’immobilisation enseignée dans les écoles de police et qu’un grand nombre de pays européens ont interdit. Cette technique sert de « parade argumentaire » pour ces agents de la BAC qui tentent de se dédouaner de la mort d’Abdelhakim insiste Walid Klai. C’est pourtant cette clé d’étranglement qui est la cause du décès du jeune homme. Les rapports d’expertise des médecins légistes ont conclu à une mort lente par asphyxie et par compression du thorax et du cou. « Aujourd’hui, les agents ne sont même pas démis de leur fonction. Un citoyen prendrait la peine maximale. On subit une justice à deux vitesses » peste le porte-parole du comité de soutien.


« On devrait plutôt leur apprendre à préserver les vies. Faut-il peut-être leur apprendre à tirer dans les jambes ? » suggère l’historien, persuadé que ces crimes sont des crimes racistes. « Ce sont des homicides qui ne portent pas leurs noms » ajoute Djillali S. militant du PIR et animateur de cette conférence, faisant référence aux dernières affaires en cours et qui peinent à avancer. A l’image de l’affaire Ali Ziri, retraité de 69 ans « arrêté, menotté puis tabassé » pour avoir daigné s’opposer verbalement aux conditions d’interpellations dans lesquelles son ami Arezki Kerfali a été arrêté le 11 juin 2009 par la police d’Argenteuil. Un dossier que Youssef Boussoumah connait parfaitement bien pour être un des membres actifs du comité de soutien Ali Ziri. « Le premier rapport concluait à une mort provoquée par hypertrophie cardiaque. Après la pression faite par le comité de soutien pour que le corps ne soit pas immédiatement expédié en Algérie, une nouvelle expertise a infirmé le rapport. En réalité, le corps était couvert de 27 hématomes ». L’enquête avance tant bien que mal mais combien de familles n’ont pas les moyens financiers de poursuivre la lutte ? « Il n’est pas normal, dans une démocratie, de dépenser autant d’argent pour que la loi soit appliquée ». Puis, « toutes les familles n’ont pas la même patience. Beaucoup se sont résignées, les pressions étant trop fortes » insiste ce membre fondateur du Parti des Indigènes de la République.


Youssef Boussoumah : « Nous aurons encore à déplorer de nombreux morts de ce genre »


Comment expliquer la montée vertigineuse du nombre de personnes décédées à la suite d’interpellations policières ? Pour Youssef Boussoumah, le racisme structurel qui traverse la société, y est pour quelque chose. Un racisme qui serait selon lui, exacerbé par l’attitude de l’Etat Français, principal responsable de la multiplication de ces crimes. Les policiers, instrumentalisés, ne sont qu’un aboutissement du long bras de l’Etat » précise-t-il, persuadé que « ces meurtres démocratiques » n’auront aucune suite éducative » tant que l’Etat Français « néocolonial » n’aura pas fait son autocritique. Les massacres du 17 octobre 1961 sont à ce titre, révélateurs. « Il y a une omerta sur un meurtre public. L’Etat français a massacré des centaines d’algériens sans qu’aujourd’hui il éprouve la moindre repentance. Comment voulez vous que cet Etat soit critique face aux meurtres policiers ? » s’indigne-il. Et de poursuivre : « Il y a une longue pratique de la rafle dans ce pays. Nous sommes dans la continuité de cette approche coloniale », à l’image des propos tenus par Maurice Papon, alors Préfet de Police qui avait dit le 17 octobre 1961 : « je vous couvre quoique que vous fassiez » rappelle Youssef Boussoumah. « C’est ce que les policiers ont dans la tête. Le problème est là. Nous aurons encore à déplorer de nombreux morts de ce genre ».


« Pour une question de paix sociale, la justice n’osera jamais condamner des agents de police [...]


Pour une jeune femme du public, le véritable frein à l’établissement de la vérité, est la justice française. Pour une question de paix sociale, la justice n’osera jamais condamner des agents de police ; à moins que la mobilisation ne soit massive, analyse-t-elle. Pour mettre les chances de leur côté, elle appelle au rassemblement massif devant le tribunal correctionnel de Grasse lors du procès des deux agents de la BAC. Des départs en bus s’organiseront depuis Marseille, une fois la date du procès révélée.


Aujourd’hui, comment renverser la tendance ? Le contexte actuel n’est pas pour rassurer puisque la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité créée en 2000 et chargée de veiller au respect de la déontologie des personnes exerçant des activités de sécurité, va être supprimée. Un membre du public propose de créer des groupes de vigilance à l’image de ceux qui existent déjà aux Etats-Unis. Un autre suggère de répondre à la violence par une violence canalisée. « Les familles devraient arrêter de contenir les jeunes. A trop pacifier, on appelle à ce que cela se répète » lance un auditeur. Une analyse qui n’est pas partagée par la majorité des personnes présentes dans la salle et pour lesquelles la violence ne saurait que stigmatiser la même catégorie de la population. Pour Walid Klai, les solutions se trouvent essentiellement dans les mobilisations massives, dans les rencontres initiées lors de débats ou de conférences mais aussi dans l’interpellation des partis politiques « à qui l’on demanderait d’interdire cette fameuse clé d’étranglement » et de briser le mur de silence qui couvre toutes ces injustices. Faire du bruit passe aussi par la conscientisation politique des enfants issus l’immigration. « Investir les partis politiques et s’introduire dans les organismes de décision est essentiel » soumet une jeune femme.


Pour changer la donne, il faudrait également envisager un autre type de police propose Youssef Boussoumah. Cela passe notamment par la formation des policiers, dont les syndicats sont de plus en plus nombreux à vouloir dénoncer les pressions qu’ils subissent au quotidien pour remplir les quotas imposés par l’Etat et dont la politique du chiffre favorise les dérives policières. Pour un membre du public, la politique d’immigration est la cause de toutes ces tensions. C’est une politique qui façonne l’image de l’étranger. « Il ne faut donc pas parler de bavures policières mais d’un système contre lequel les citoyens doivent lutter ».


Les affaires se succèdent ... et se ressemblent. La dernière en date ? L’affaire Mohamed Boukrourou, ce père de famille, décédé le 12 novembre 2009 dans un fourgon de police après un accrochage avec son pharmacien à Valentigney. Selon l’autopsie, il serait décédé des suites d’un stress extrême lié à une détresse respiratoire et d’un arrêt cardiaque. Or, la famille ne croit pas à la mort naturelle. En réalisant la toilette funéraire, la famille Boukrourou a découvert « un corps recouvert de contusions, un visage tuméfié, les lèvres fendues et la joue droite arrachée ». Djillali S. affirme que la famille est aujourd’hui confrontée à un mur de silence. « Il n’y a aucune nouvelle instruction. S’il n’y a pas de réponse de la justice, c’est bien qu’on vous a mis dans une catégorie » conclu-t-il. La famille organisera une marche silencieuse à Montbéliard, le dimanche 14 novembre à 14 h.

 


Par Henda Bouhalli

 

 


Source: Med’in Marseille
Par Henda Bouhalli - Publié dans : Politique française - Communauté : La Cyber-résistance
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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 23:52

niqab.jpg Vous n’auriez jamais dû entendre parler de moi ni de Liès Hebbadj. Dieu en a voulu autrement. Nous avons toujours mené une vie tranquille dans la banlieue nantaise, à l’abri des rumeurs, appréciés par les instituteurs de nos enfants, essayant de mener au mieux notre existence telle que nous l’entendions. C’est-à-dire, entre autres, selon un certain nombre de préceptes musulmans.

 

Je n’aurais pas imaginé qu’une contravention bouleverserait ma vie, ni que contester une amende puisse prendre de telles proportions, attirer les journalistes en meute incontrôlable, m’ôter le sommeil durant des nuits entières, le ventre noué et la gorge serrée.

L’histoire, vous la connaissez. Ou plutôt, vous connaissez celle qu’on vous raconte dans les médias, de manière plus ou moins concise, plus ou moins arrangée. De moi, de Liès, vous n’avez que l’image que l’on veut bien donner de nous et qui m’effraierait autant que vous si j’étais à votre place... Laissez-moi donc tenter de changer votre regard, vous raconter comment nous sommes passés d’une contravention à un tribunal, d’un tribunal à une affaire d’État.

 

"Les boucs émissaires de la République" de Sandrine Moulères

 

 

 

 

Source: http://www.uam93.com/news/7419sandrine-hebbadj-parle-de-son-niquab.html

Par Réveil des Consciences - Publié dans : Politique française - Communauté : La Cyber-résistance
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Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 17:48

Quand j’étais enfant, je me souviens, ma mère avait les cheveux courts et portait des pantalons. Dans l’album de famille, de vieilles photos d’identité : mon père, jeune immigré portait costume et cravate.


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Mon père n’est plus. Mais dans l’une de ses dernières photos, il porte sa tenue de Hadj. Ma mère, elle, porte le foulard depuis près de 20 ans.

 

Comment diable, au lendemain de l’Indépendance, mes parents, Algériens, d’origine rurale (du douar), si traditionnels dans leurs pratiques, pouvaient-ils, dans leur apparence vestimentaire, ressembler tant aux Français ?

 

En vérité, ils ressemblaient à nombre de Maghrébins et d’Africains qui ont troqué leurs vêtements traditionnels, djellabas, pagnes, boubous et autres hayeks contre pantalons, costards, jupes et chemises.


Et donc ?


Une loi sur un vêtement va probablement être votée. Une loi républicaine pour bannir un vêtement de l’espace public (comme en Arabie Saoudite !). Certes, l’enjeu de cette loi ne porte pas sur la manière de se vêtir. Elle s’inscrit plus particulièrement dans le cadre de la mise au ban de l’islam et de ses diverses expressions. Pour l’heure, c’est une autre dimension du débat qui m’interpelle : celle de l’européocentrisme vestimentaire et de son arrogance.


Personne n’a jamais interdit la cravate et le pantalon dans l’Empire. Quels indigènes pouvaient s’opposer à la pénétration des vêtements coloniaux ? Comment pouvaient-ils résister à l’abandon des vêtements traditionnels ? Comment empêcher la terrible concurrence du vêtement civilisé ? En un mot du vêtement ?

 

Le burnous, le pagne ? Qui les aura défendus ?


Combien se sont étonnés de l’adoption et de la généralisation des canons vestimentaires occidentaux dans l’ensemble des continents africains, asiatiques et du monde arabo-musulmans ? Combien pour saisir l’ampleur du dommage culturel que cela représente. Combien d’âmes pour s’émouvoir du traumatisme identitaire signifié par l’abandon des traditions vestimentaires, souvent centenaires, parfois millénaires ? Qui en connaît la valeur ?


Nous ?

 

Pas vraiment. Mais ça viendra peut-être.


Qui alors ?


Toi.


Tu en connais très bien la valeur.


Puisque tu connais la valeur de tes vêtements.


Tu connais l’importance de ton identité nationale.


Tu connais l’importance de ton intégrité culturelle.

 

Tu la défends et la protèges même au prix de débats ridicules.


Tu as d’abord voté la loi qui a exclu le voile de l’école.


Puis, tu as ardemment soutenu le projet de loi d’interdiction du voile intégral.


Parfois, tu l’as approuvé en silence.


Haro sur le niqab ! Et rien ne te fera reculer, même pas ta Sainte Constitution.


Et pendant que tu construis ta forteresse, tu ne te gênes pas pour piétiner l’altérité des autres.


Tu t’exportes.


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Tu exportes ta langue.


Tu exportes ta laïcité.


Tu exportes ton universalisme.


Tu exportes Descartes et Voltaire.


Tu exportes tes couturiers, ton style, ta mode.


Et lorsqu’un indigène se présente à toi avec une cravate, tu trouves ça normal. Sa ressemblance avec toi ne t’étonne pas. Curieusement, elle ne te flatte pas non plus.


Et tu sais pourquoi ? Parce que pour toi, c’est normal. NOR-MAL.


Mais s’il se présente à toi avec sa tenue, tu la toléreras si tu la juges folklorique ou inoffensive. Si elle défie ta norme, tu la marginaliseras, si elle résiste, tu l’écraseras.


Soit.


Mais fais gaffe. Ce jeu, c’est une partie qui se joue à deux. Parfois, tu crois marquer des points mais ce que tu prends pour une victoire n’est que triomphe illusoire.


Souviens-toi...


La multiplication des foulards et l’augmentation des écoles islamiques, lorsque tu as voté la loi contre les signes religieux à l’école.


Le déferlement des drapeaux algériens sur le vieux port à Marseille et place de l’étoile à Paris alors que tu débattais sur l’identité nationale.


L’émergence des mouvements revendiquant la reconnaissance des crimes coloniaux et de la traite négrière lorsque tu as voté la loi sur l’œuvre positive de la France dans ses colonies.

Certes, c’est toi qui frappe le plus fort. Mais reconnais que nos coups à fleurets mouchetés font aussi leur petit effet.


Tu sais quoi ? Rien ne t’oblige à continuer ce jeu.


 

Par Houria Bouteldja, Porte-parole du Parti des Indigènes de la République

 


 

Source: http://www.indigenes-republique.fr/

 

Lire aussi: http://reveil-des-consciences.over-blog.com/article-le-vetement-38845086.html

Par Houria Bouteldja - Publié dans : Politique française - Communauté : La Cyber-résistance
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Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 17:51

Au lieu de s’interroger sur les mécanismes qui empêchent les enfants de l’immigration de jouir pleinement de l’égalité des droits et des chances, les élites les somment de s’« intégrer ». Comme si les jeunes ghetthoïsés des cités portaient la responsabilité des discriminations qu’ils subissent. la réussite intellectuelle, économique, sportive ou artistique de Franco-Maghrébins, exploitée médiatiquement, est ainsi opposée aux figures menaçantes des « voyous » et des « terroristes »…


 

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Il est de petits mots qui renferment des mondes. Ce « mais » que l’on ne cesse de croiser depuis le début des années 1990 dans les articles toujours plus nombreux des grands journaux français mérite qu’on s’y attarde (1). Son histoire est celle d’une articulation entre les représentations médiatiques de l’« immigré » et les discours dominants sur cette thématique indissociable, l’« intégration ».


Fin janvier 2004, Le Parisien fait paraître une série de six articles intitulée « Ces musulmans qui ont réussi leur intégration », photos des intéressés à l’appui. « Costume anthracite, chemise à rayures bleues assortie d’une cravate jaune, cheveux plaqués en arrière, Karim, né à Mantes-la-Jolie il y a vingt-quatre ans, vient de quitter un poste de technico-commercial bien payé pour créer son entreprise (2). » « La maîtresse des lieux, Najia el-Mouna Cifi, 46 ans, semble sortie d’une pub pour Afflelou. Cheveux courts, lunettes rectangulaires noires, pull sombre et maquillage parfait, l’agent social pour personnes âgées tranche étonnamment avec ce décor des Mille et Une Nuits (3). »« Bouc soigneusement taillé, yeux amande d’une intensité pénétrante, silhouette sèche et port altier... Même vêtu d’un jean et d’un simple pull, Allam Farourou a l’air d’un prince berbère. Dans une profession comme la sienne, son charisme est un sacré atout. Ce Franco-Algérien enseigne l’électronique au lycée professionnel Marcel-Cachin de Saint-Ouen (4). »


Ces articles sont particulièrement représentatifs d’un type de discours que l’on voit se généraliser dans tous les grands périodiques depuis la première affaire du voile de 1989. Ils associent comme d’habitude la réussite de l’« intégration » au statut économique et social atteint, lequel s’observerait par une certaine forme de mimétisme, résultant d’une motivation essentiellement personnelle. L’« intégré », celui qui a réussi, semble suivre une trajectoire qui doit l’amener à ressembler au mythe du « Français de souche », « sorti d’une pub pour Afflelou ». On fait porter à la figure de l’« intégré » un masque blanc. En reposant sur l’idée que l’exception confirme la règle, cette technique discursive définit par contraste celui qui n’a pas réussi à s’« intégrer » : pauvre ou désaffilié, celui qui n’a pu s’« émanciper » des multiples critères culturels, religieux, phénotypiques, que l’on a progressivement opposés à l’« identité française » en les rattachant à la figure de l’« immigré ». Le personnage y est nécessairement renvoyé à une situation originelle, censée évoquer la non-intégration de départ : dans le premier exemple, le style « cadre » et la volonté d’entreprendre sont opposés à Mantes-la-Jolie, faisant reposer la notion d’« intégration » sur la base de l’ascension économique. Le second distingue la réussite des Mille et Une Nuits, c’est-à-dire se place sur un plan culturel, religieux et géographique ; le dernier la conçoit au travers d’une opposition, entre le statut d’enseignant et le lycée professionnel de Saint-Ouen.


Outre ce flou sémantique entretenu sur les notions d’« islam », de « Maghreb » et d’« immigration », ces articles proposent une image de l’« échec immigré », « musulman », « maghrébin » à « s’intégrer », qui sous-entend plusieurs messages : celui qui veut vraiment s’intégrer le peut, les autres ont donc choisi ou se sont satisfaits d’une situation d’échec – « non, le moteur à intégrer n’est pas en panne ».


Zidane, Khaled, Debbouze... et Kelkal

Ce qui est nouveau dans ces figures médiatiques que sont l’« immigré bureaucrate », « technicien », « chef d’entreprise », « enseignant » ou « préfet », c’est la fonction qu’elles décrivent, celle de l’encadrement, et le discours avec lequel elles s’articulent, l’intégration par la discrimination positive. La médiatisation de M. Aïssa Dermouche par exemple, successivement nommé « préfet musulman », « préfet issu de l’immigration », ou « modèle d’intégration », a été construite sur un renvoi systématique à des figures de « musulmans furieux, opposés à la loi sur le voile et donc islamistes ». Ces figures de l’intégré rejoignent une autre fonction plus ancienne, celle qui vise à envisager la performance de l’autre. La victoire de l’équipe de France « black-blancs-beurs » dans la Coupe du monde de football de 1998 avait servi de support à l’apologie de ces figures particulières de la réussite des « immigrés ». Celles-ci s’exprimaient sous les traits de l’excellence sportive dévouée au drapeau tricolore. Le discours journalistique s’en est emparé en opposant ces figures du « vainqueur » à celles des « délinquants » ou des « terroristes ».


Les discours sur l’« intégration » et les images de l’« intégré » sont manipulés par les grands médias comme autant de cautions antiracistes et de mesures compensatoires face à une rhétorique de la menace. Ils assurent pourtant une fonction centrale dans l’entretien des stigmates de la différence et leur transmission quasi héréditaire sur une partie des Français, que l’on désigne comme « issus de l’immigration » et que l’on somme perpétuellement de s’« intégrer ». Proliférant depuis 1995, et décliné sous les traits du « chanteur », du « comique », de la « star » ou du « sportif », ce type de figure est circonscrit à l’univers du spectacle. Elle consacre l’image d’un « immigré » valorisé parce que spectaculaire, c’est-à-dire le plus souvent dévoué, valeureux, servile et surtout performant. La combinaison de ces images « positives » et « négatives » restitue une binarité qui dit : « L’immigré constitue en règle générale une menace, maisil peut exceptionnellement s’intégrer, si c’est dans l’ordre du spectacle. » C’est, en somme, reconnaître qu’une certaine représentation positive de l’« intégré » s’est imposée comme la manière dominante de montrer l’« immigration » sous un jour favorable, tout en procédant à la relégation générale du groupe.


Quels en sont les enjeux ? Que suggère-t-on en représentant essentiellement la « réussite » et l’« intégration » sous les traits du « chanteur populaire », du « sportif émérite », de l’« humoriste sympathique », voire du ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, après la nomination de M. Azzouz Begag à ce poste, le 2 juin dernier ? Exactement les mêmes discours que ceux qui visent à représenter la masse des « immigrés » comme des « éclopés ». « L’immigré, mais qui a réussi... » Ce n’est pas tant le fait qu’on oppose « immigration » et « réussite », ce qui relève d’un débat purement idéologique et notoirement nauséabond ; il ne s’agit pas non plus de polémiquer sur ce que devrait recouvrir la notion de « réussite ». Il faut comprendre l’irruption d’un certain discours dominant sur la « réussite immigrée » en certains lieux et à un certain moment. Comment se fait-il que ces images, légitimées par une forme de dédouanement « bien-pensant », dont une « nouvelle, nouvelle gauche » s’est emparée, émergent et se radicalisent depuis la reconversion de cette dernière aux discours sécuritaires sur l’« immigration », les « pauvres » et l’« islam (5) » ?


Ces images acquièrent leurs titres de noblesse dans les grands journaux, dans cette période précise où ceux-ci s’emparent de l’« immigration » pour en faire l’un des objets principaux de leurs articles consacrés à tout ce qui pourrait être suspecté de menacer l’identité, l’intégrité, la sécurité de la population et la souveraineté du territoire français. Ce « mais » devient le pivot d’une pensée politique de l’immigration restreinte à son approche sécuritaire. Le déclin de la figure du « travailleur immigré » s’amorce à partir des coups de frein puis d’arrêt à l’immigration de travail de 1973 et 1974. Jusque-là, l’immigration de travail post-coloniale avait fourni au patronat une main-d’œuvre maniable et corvéable pour les travaux les moins prisés d’une économie de plein-emploi. Les grands journaux proposaient ainsi une figure paternaliste du « travailleur immigré » docile et pitoyable, mais qui pouvait basculer dans le crime. On peut parler d’une altérité de « providence ». Elle succédait aux représentations de la guerre coloniale, où l’« immigré type » oscillait entre l’« indigène » et le « fellagha », c’est-à-dire une altérité de guerre ; elle précédait celle qui nous occupe aujourd’hui. L’économie de chômage de masse et le déclin de l’Etat social ont déstabilisé les références symboliques, le regard sur l’autre, la perception de la menace, et forcé les discours dominants à se reformuler pour ne pas être totalement discrédités.


Les figures dominantes de l’« immigré qui a réussi » comme celles de l’ennemi immigré, celles de Zidane, de Khaled ou de Djamel Debbouze – et, dans un autre registre, celles de Khaled Kelkal (6) ou de Zacarias Moussaoui (7) – participent à l’investissement, dans le corps immigré, d’une menace économique, sociale, politique, religieuse, culturelle.


La représentation de l’autre en général et de l’« immigration » en particulier fonctionne comme une soupape pour des crises symboliques. La résurgence classique des corrélations légendaires – du type immigration = chômage, immigration = insécurité, immigration = islam = déculturation – n’y est pas étrangère. Constituant habituellement le fonds de commerce de l’extrême droite, elles traversent désormais, sous des formes plus ou moins nuancées, la masse des discours médiatiques, sur tout l’éventail politique. Les articles sur la réussite des « immigrés » semblent dire que, hors du spectacle, c’est-à-dire dans sa forme la plus large, dans la société civile, l’immigration est porteuse d’une menace économique sur l’emploi (l’« immigré-chômeur »), politique et sociale sur l’Etat et la population (l’« immigré terroriste » ou « sauvageon »), démographique sur l’espace (l’« immigré-envahisseur »), religieuse et culturelle (l’« immigré musulman »...). Lorsque la culture coloniale a été confrontée à des crises de légitimité, elle a utilisé les images de l’autre et a mobilisé des personnages susceptibles de représenter les bienfaits de la colonisation sur l’indigénat, par exemple. Les figures de l’« émir Abd El-Kader, captif et éclairé » ou de « Joséphine Baker, diva indigène », qui déplaçaient les foules, ont permis de soutenir ces discours de la réussite des indigènes dans et par la République impériale. Le spectateur y pouvait lire une image valorisée de lui-même, celle du « maître », du « civilisateur », du « conquérant », ou bien de l’« enseignant », de l’« éducateur », du « père ». C’est la même dynamique qui fait d’un « Zidane, champion du monde » le support des mythes d’une France post-coloniale, où l’immigré ex-colonisé serait susceptible de « réussir... s’il s’en donnait les moyens ».


Prenons cette figure de l’ennemi post-colonial par excellence qu’est Khaled Kelkal, jeune, d’origine maghrébine, de banlieue, délinquant devenu terroriste, musulman versé en islamiste. Sa figure a été utilisée à profusion par la presse autour des attentats de 1995. La plupart des médias l’ont érigé en symbole de la peur contemporaine, symbiose des visages de l’ennemi intérieur et du « traître » : en lui convergent la menace de l’« invasion immigrée » et de son soulèvement, celle de conversion intégriste des musulmans, celle de l’insurrection de la jeunesse pauvre ou issue de l’immigration... Kelkal est la figure de crise d’un discours qui fait passer l’immigration de l’échec à la menace. La presse nationale s’empare de lui comme s’il était la preuve incarnée de toutes les suspicions qu’elle dessinait elle-même sur le corps de l’« immigré ».


La figure de Kelkal appartient au registre d’une altérité de guerre. Elle compose pourtant des récits sensiblement identiques à ceux qui traversent les discours de l’« intégration ». Les figures de la menace s’appuient sur la production d’un désir de sécurité, celles de la réussite sur un désir mimétique, qui fonctionne comme une injonction à la ressemblance. Les images de l’« immigré qui a réussi » ne sont pas le signe d’un progrès dans la représentation des minorités visibles : elles sont le support de justification et de diffusion d’un message sécuritaire. Elles ne sont ni plus ni moins que l’un des pôles d’un discours susceptible de légitimer la guerre menée contre l’« immigration », la « délinquance », la « jeunesse défavorisée », l’« islam ».



Par Mathieu Rigouste 

 

http://www.monde-diplomatique.fr/20... - juillet 2005




(1) A partir d’une enquête socio-historique basée sur un corpus de 1 600 articles de L’Express, Le Parisien, Le Monde et Minute, de 1995 à 2002. Cf. Mathieu Rigouste, « Les cadres médiatiques, sociaux et mythologiques de l’imaginaire colonial. La représentation de “l’immigration maghrébine” dans la presse française de 1995 à 2002 », Paris-X, 2002.

(2) Philippe Baverel, « Ces musulmans qui ont réussi leur intégration : “Grâce aux injustices, je me suis forgé un caractère” », Le Parisien, 28 janvier 2004, p. 13.

(3) Claire Chantry, « Ces musulmans qui ont réussi leur intégration : “Je n’ai jamais été montré du doigt...” », Le Parisien, 29 janvier 2004, p. 11.

(4) Charles de Saint-Sauveur, « Ces musulmans qui ont réussi leur intégration : “En s’acharnant on peut réussir” », Le Parisien, 30 janvier 2004, p. 10.

(5) On peut situer ce renversement autour de 1997 et plus précisément du colloque de Villepinte « Des villes sûres pour des citoyens libres » des 24 et 25 octobre 1997, au cours duquel le Parti socialiste et, dans son sillon, la gauche plurielle décident d’aller sur le terrain privilégié de la droite, axant leur campagne présidentielle sur l’insécurité.

(6) Responsable présumé des attentats de 1995, abattu par la police le 29 septembre 1995.

(7) Inculpé aux Etats-Unis dans les attentats du 11 septembre 2001.

 

Par Mathieu Rigouste - Publié dans : Politique française - Communauté : Libre parole
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