« Toute autorisation de se défendre est donnée à ceux qui ont été attaqués parce qu'ils ont été injustement opprimés. » Coran 22 : 39
Après une semaine de bombardements de la bande de Gaza et suite à l’appel de la GUPS pour organiser un rassemblement, le « Collectif
National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens » s’est enfin décidé à « crier » son « indignation » face aux « opérations militaires » menées
par « l’Etat d’Israël » (1).
"AlQassam et AlSaraya [Brigades AlQods] - La résistance nous réunit et le martyre nous sépare"
L’intitulé de ce Collectif qui met sur le même plan colonisateur et colonisé, oppresseur et opprimé, le vocabulaire
« pacifiste » qu’il emploie, les organisations qui le composent et les perspectives politiques dans lesquelles il s’inscrit, n’offrent aucune perspective réelle pour le mouvement de
solidarité avec la Palestine en France. Au lieu d’organiser une solidarité effective avec la Palestine, le Collectif National ne fait que rabaisser le niveau des
revendications politiques des manifestants qui se déplacent pour apporter un soutien déterminé à la Palestine et à sa résistance.
En lieu et place d’apporter un soutien à la résistance palestinienne, le Collectif National préfère déplorer « toutes les
victimes civiles », renvoyant, encore une fois, dos-à-dos la résistance palestinienne qui lutte les armes à la main pour la libération de son peuple et de sa terre, et l’armée coloniale
sioniste qui assassine et asservit le peuple palestinien depuis plus de soixante ans.
Au-delà de cet appel, nombre d’acteurs sociaux et politiques, mus par un esprit néocolonialiste ou par un fraternalisme suranné,
condamnent toute expression de l’identité arabo-musulmane dans le mouvement de solidarité avec la Palestine. Dans les mobilisations concrètes, ils cherchent à empêcher les
manifestants, majoritairement Arabes et musulmans, de prononcer des slogans en langue arabe, la langue des Palestiniens et des Arabes vivant en France, ou à limiter et à encadrer les prises de
parole des militants arabes présents. (2)
Par ces manœuvres néocoloniales, ces fraternalistes de gauche s’efforcent d’enrayer toute expression indépendante de la communauté
arabo-musulmane vivant dans l’hexagone, qui pourrait remettre en question la suprématie idéologique et culturelle du « centre » hégémonique au cœur même de l’Occident. Ils se situent
clairement dans la tradition occidentalocentriste qui refuse d’entendre et de laisser s’exprimer les sociétés et les cultures différentes, dissemblables et contestataires.
Cette attitude fraternaliste n’est malheureusement pas nouvelle dans l’histoire de la gauche occidentale puisqu’elle a toujours régi
les relations entre cette gauche et les mouvements de libération nationale des peuples colonisés. Déjà dans les années 1920-1930, l’Etoile Nord Africaine – mouvement nationaliste
révolutionnaire maghrébin ayant revendiqué l’indépendance du Maghreb dès les années 1920 – affirma son indépendance contre les pratiques paternalistes de la gauche coloniale
française, dont le PCF était la figure de proue.
En 1954, dans sa préface à l’ouvrage de Bouzar Nadir, Abus de confiance, le nationaliste marocain Allal el-Fassi
expliquait les désillusions d’Ali el-Hammami face aux pratiques coloniales du PCF : « Notre compatriote demeurait encore persuadé de ce que les communistes français s’étaient purgés
de toute trace de cet esprit bourgeois qui considère les fils d’Afrique comme des gens d’un niveau retardé et, par conséquence, indignes de jouir des droits de l’« homme blanc ». Mais,
l’expérience quotidienne […] auprès des combattants du prolétariat, au cœur même de Paris et non en Algérie ou à Rabat, amènera Hammami à cette constatation que, ainsi que l’exprime Schopenhauer,
la doctrine n’est qu’un vernis, impuissant à libérer les Français, quelles que sincères soient leurs intentions, de leur mentalité et du complexe de supériorité qui les travaille à l’égard des
Maghrébins ».
Tirant les conclusions de cette expérience, Allal el-Fassi affirmait que « les Français sont avant tout racistes. Ils se
sont toujours déclarés les ennemis du racisme […] mais ils entretiennent toujours dans le fond de leur âme un sentiment de supériorité et un désir de suprématie. Ils utilisent la religion
lorsqu’elle se trouve sur leur chemin, ils exploitent l’intérêt matériel lorsqu’il en est besoin, mais ils colonisent parce qu’ils ont un besoin morbide de la domination, de la grandeur, de
l’expansion. C’est ainsi que chaque Français est devenu un véritable seigneur pour qui tout colonisé n’est rien d’autre qu’un serviteur. Telle est la vérité amère qui creuse le fossé entre
les Français et nous. » (3)
Aujourd’hui, cette critique pourrait être étendue à la majorité des militants de la gauche et de l’extrême gauche européenne dont la
culture occidentalocentriste s’exprime ouvertement lorsqu’il est question de la Palestine, et plus généralement de la nation arabe et de la communauté arabo-musulmane vivant dans
l’hexagone.
Contre le fraternalisme suranné de la gauche européenne, il est grand temps d’imposer une véritable décolonisation au mouvement de
soutien à la Palestine en France. Cette décolonisation doit nous permettre de récupérer notre droit d’initiative historique en interdisant à la gauche occidentale de penser et
d’agir à notre place. Elle doit lui interdire de nous utiliser comme des pions qu’elle déplace à sa guise. Cette décolonisation doit enfin affirmer l’indépendance organisationnelle et
intellectuelle des Arabes et des musulmans qui affichent clairement leur identité et celle du peuple palestinien dans leur soutien à la lutte de libération nationale palestinienne. Dans ce cadre,
clamer des slogans en langue arabe n’est pas seulement légitime, mais c’est également nécessaire. Ces slogans sont l’affirmation concrète de notre prise d’initiative historique et un acte de
souveraineté communautaire.
Les slogans en langue arabe sont également nécessaires car ils permettent d’élever le niveau d’exigence politique du mouvement de
solidarité avec la Palestine. Contrairement aux slogans en français exprimant les positions politiques d’organisations sagement installées dans le confort de la vie politique
d’une métropole impérialiste, les slogans arabes sont l’expression de la lutte de libération nationale de la nation arabe. Ils expriment les revendications réelles de ceux qui affrontent
directement, et parfois au péril de leur vie, l’entité sioniste, l’Occident impérialiste et ses relais arabes et musulmans.
Au niveau des revendications politiques, les slogans en langue arabe expriment ainsi l’exigence fondamentale du droit à la résistance
des peuples colonisés et opprimés. La majorité du mouvement de solidarité avec la Palestine en France est incapable d’élever son niveau d’exigence politique en défendant ce droit
politique fondamental pour de basses raisons de calcul politique. La résistance, et singulièrement la lutte armée, est pourtant un droit fondamental pour tous les peuples victimes du
colonialisme. Comme l’écrivait Mounir Chafiq, « la résistance à l’occupation étrangère ou à l’agression militaire extérieure est un droit reconnu par le droit international, les
traditions des peuples et les traités internationaux. De même, les religions célestes et les gens honnêtes, dans la compréhension de la religion et de la foi, reconnaissent ce droit. Celui-ci se
joint, ou est partie intégrante, du droit des hommes à la liberté et à la dignité et du droit des peuples à la souveraineté, à l’indépendance et à l’égalité. » (4)
Toutefois, ajoutait M. Chafiq, « il ne suffit plus de traiter la résistance seulement sous l’angle du droit acquis. Il faut
soutenir la résistance en la considérant comme une méthode efficace qui permet d’atteindre l’objectif d’éloigner l’occupation, de s’opposer à l’agression et de la faire échouer ».
Mounir Chafiq concluait son propos en affirmant que « la résistance est un droit sacré et une stratégie nécessaire pour la libération des peuples. » (5)
Un réel mouvement de solidarité avec le peuple palestinien doit nécessairement apporter un soutien à la résistance palestinienne en
tant qu’incarnation vivante du droit fondamental à la résistance à l’oppression. Il doit également apporter un soutien à la résistance en tant que stratégie de libération. Eluder le droit à la
résistance, notamment armée, refuser de soutenir la lutte de libération nationale palestinienne et arabe et mettre sur le même plan l’oppresseur et l’opprimé participent davantage de la promotion
d’une politique volontairement confuse que de l’expression d’une réelle solidarité avec le peuple palestinien en lutte pour sa libération du joug sioniste.
Par Youssef Girard
Source: www.ism-france.org/
(1) « Appel unitaire du Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens » : http://www.npa2009.org/content/rassemblement-de-soutien-au-peuple-palestinien-0
(2) Sur cette question, cf. « Retour sur les manifestations de soutien à Gaza et aux “révolutions arabes” », URL : http://www.etatdexception.net/?p=2561
(3) El-Fassi Allal, « L’échec de l’assimilationnisme », URL : http://www.ism-france.org/analyses/L-echec-de-l-assimilationnisme-article-14479
(4) Chafiq Mounir, « La résistance comme choix stratégique », URL : http://www.ism-france.org/analyses/La-resistance-comme-choix-strategique-article-13399
(5) Ibid.
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L’agence Reuter nous fait savoir que l’administration américaine ne veut pas apparaître isolée, avec quelques sectaires, dans son opposition au vœu palestinien de présenter une candidature
d’Etat comprenant la bande de Gaza –anciennement administrée par l’Egypte jusqu’en 1967- la Cisjordanie et la partie orientale de Beytolmoghadas. 
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