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« C’était la première guerre dont j’ai jamais été témoin dans ma vie. Tout ce que ma famille et moi pouvions faire pendant l’invasion israélienne du quartier de Tal al-Hawa, c’était rester dans le sous-sol et dire la shahada [déclaration de la foi], que tout musulman doit réciter lorsqu’il fait face à la mort. »
Ahmad Mansour se souvient de la façon dont il a - avec le reste des 1,5 million d’habitants de Gaza - enduré la plus grande attaque jamais lancée en 40 ans par Israël sur l’enclave côtière et qui a débuté il y a juste deux ans d’aujourd’hui.
Entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, Israël a utilisé son formidable arsenal militaire — tanks, hélicoptères, avions de chasse, avions sans pilote, bateaux de guerre et troupes terrestres — pour lancer une guerre totale contre un territoire dont la population misérable se compose en grande partie de réfugiés. Plus de 1400 personnes ont été tuées, dont quatre cents enfants, et des milliers d’autres personnes ont été blessées.
« Je me rappelle très bien que lorsque les tanks israéliens ont attaqué notre quartier, ils ont totalement détruit le parc de jeu Barcelone juste quelques mètres à côté de notre immeuble d’habitation, » raconte Mansour, un père de cinq enfants, dans une entrevue avec The Electronic Intifada dans son appartement. « Les habitants de l’immeuble sont restés pendant presque 12 heures dans le sous-sol, attendant à la mort à tout moment. Un de ces tanks a même enfoncé l’entrée principale du sous-sol, et tout le monde a alors récité la shahada. »
Interrogé pour savoir s’il s’attendait à une autre attaque d’Israël, vu les tensions et les menaces qui ne cessent d’augmenter, Mansour a répondu : « Je peux dire que nous autres Palestiniens n’avons aucun choix si ce n’est faire face à n’importe quelle attaque israélienne avec nos poitrines nues. Nous sommes simplement sans moyens et toutes leurs affirmations selon quoi Gaza est un endroit de stockage pour des armes ou des fusées sont fausses. »
Mansour se référait aux affirmations israéliennes que l’attaque sur Gaza était censée faire cesser les attaques par missiles vers Israël. En fait, les groupes de la résistance palestinienne avaient pratiquement cessé d’envoyer des fusées en direction d’Israël après qu’un cessez-le-feu en juin 2008 ait été convenu avec Israël. Mais le cessez-le-feu a volé en éclat après qu’Israël ait attaqué Gaza, assassinant six personnes quelques semaines avant de mener son plus large assaut.
Rawan, la fille âgée de 12 ans de Mansour, a le souvenir très vif d’avoir été assise dans la cuisine de la famille durant une accalmie dans l’attaque. « Nous avons allumé une bougie, et l’avons dissimulée derrière un des rayonnages de la cuisine pour que l’armée israélienne ne réalise pas qu’il y avait des gens dans l’appartement. » Et souvent, quand elle entend les fréquentes explosions qui secouent Gaza, Rawan « pense que les Israéliens reviennent à nouveau. »
Récemment, les chefs de l’armée israélienne et certains politiciens ont mis en avant des prétextes pour qu’Israël lance une autre attaque à grande échelle sur Gaza, prétendant que les groupes de la résistance se sont fournis en nouveaux missiles plus performants, ou que Gaza est devenue une base pour al-Qaida.
Dans une autre maison du quartier de Tal al-Hawa, le Dr. Asad Abu Sharekh, professeur de littérature anglaise à l’université al-Azhar de Gaza, son épouse Umm Abdelaziz, et leur fils Abdelaziz aujourd’hui âgé de 9 ans, se souviennent de comment ils ont décidé de rester dans leur appartement pendant l’attaque israélienne plutôt que de chercher refuge ailleurs.
« La situation était extrêmement difficile, » raconte Umm Abdelaziz. Les « bruits et les flashs lumineux des avions de guerre remplissaient l’appartement, ainsi que l’odeur écœurante de la fumée, apparemment du phosphore blanc. Nous sommes restés dans notre appartement prêt à faire face à la mort, plutôt que de brandir des drapeaux blancs ou de nous sauver comme d’autres le faisaient. Mon mari nous a dit que que son père avait abandonné al-Majdal [maintenant Ashkelon en Israël] en 1948, et ‘que maintenant je ne suis pas prêt à abandonner mon appartement excepté pour ma tombe ou pour une de leurs prisons. »
Dans al-Zaytoun, juste au sud de la ville de Gaza, les membres de la famille al-Samouni ont récemment procédé à une reconstruction partielle de leurs maisons dévastées par la guerre. Environ 20 des maisons de leur clan avaient été complètement détruites dans l’attaque israélienne il y a deux ans.
« Sans parler du déplacement que j’ai enduré, je suis passé par des moments très amers, » a rappelé Ziyad al-Samouni, âgé de 34 ans, alors qu’il se tient devant une maison nouvellement construite de 95 mètres carrés, où lui et sa famille de huit personnes vivaient avant la guerre. « J’ai un neveu qui a perdu son père pendant la guerre, qui m’appelle maintenant ‘papa’. Au cours des deux dernières années, je me suis déplacé de location en location. Une fois nous avons même vécu dans une petite pièce qui avait été employée pour de l’élevage de volaille. »
Rania al-Samouni - veuve et mère de cinq enfants dont le mari a été tué dans l’attaque israélienne - a vu récemment aussi la reconstruction de sa maison.
« Pendant la période passée, mes enfants et moi avons vécu dans une chambre de la maison de mes parents, » nous raconte Rania al-Samouni. « La vie sans mon mari est très difficile. C’est trop difficile d’aller d’une institution à l’autre, demandant de l’aide. Il est vrai qu’ils ont reconstruit notre maison, mais je ne ressens pourtant toujours aucune joie parce que mon mari n’est plus là. » Et elle répète, « il n’est plus là. »
Au milieu de l’attaque il y a deux ans, le Dr. Asad Abu Sharekh, qui est également un analyste politique, s’était exprimé devant The Electronic Intifada. Deux ans après, nous lui avons demandé s’il estimait qu’Israël avait réussi à imposer sa volonté aux Palestiniens après avoir lancé son attaque. Abu Sharekh a répondu après réflexion :
« Israël ne pourra jamais gagner sa guerre contre le peuple palestinien. C’est notre terre, notre histoire, notre géographie et notre identité, et nous sommes prêts à nous sacrifier pour notre patrie. Les récentes menaces israéliennes contre Gaza sont seulement un des éléments de la guerre psychologique israélienne contre le peuple de Palestine. Israël souffre de beaucoup de crises au niveau interne ou international, particulièrement après la publication du rapport Goldstone sur les crimes israéliens commis contre les Palestiniens pendant la dernière guerre contre Gaza. De plus, le refus israélien de geler la construction de colonies dans les territoires palestiniens occupés a soulevé des critiques du monde entier, au point que quelques pays ont récemment reconnu un état palestinien dans les frontières de 1967 [frontières de facto du cessez-le-feu de 1949 - N.d.T]. »
Abu Sharekh a également mentionné la campagne internationale de plus en plus forte pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS) contre Israël. Tout ceci, estime-t-il, a commencé à exercer une contrainte sur Israël : « Les menaces israéliennes [contre Gaza] pourraient se concrétiser d’une manière différente. Israël effectuera probablement des attaques ponctuelles ici et là, mais pas une guerre à grande échelle semblable à celle d’il y a deux ans. »
« Mon père m’a toujours recommandé de ne pas craindre les Israéliens, » nous dit Abdelaziz, le jeune fils d’Abu Sharekh, alors qu’il revient d’avoir joué au football à côté de la maison. « Je ne les crains plus. Et comme mon père me l’a toujours enseigné, je préfère mourir dans ma maison plutôt qu’être tué dans la rue. »
Par Rami Almeghari,
journaliste et conférencier universitaire vivant dans la bande de Gaza.
Source: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=9910
"Si l'Oriental peut subir patiemment la domination matérielle de l'Occident, c'est parce qu'il sait la relativité des choses transitoires, et c'est parce qu'il porte, au plus profond de son être, la conscience de l'éternité." - René Guénon.
Nous nous sentons obligé de citer cette vérité première et si profonde pour introduire ce témoignage.
“Raccogliendo la Pace” est un projet italien d’intervention civile pacifique en Palestine pour soutenir la récolte des olives et le travail du Popular Struggle Coordination Committee. Le projet est soutenu par Service Civil International-Italie, l’Association pour la paix et Un Ponte Per. Les bénévoles proposent un accompagnement international pendant quatre semaine dans le village de Jeb al-Theer, près de Bethléem, sous menace constante des colons vivant dans les colonies illégales voisines.
A première vue, Umm Khaled est une Palestinienne comme beaucoup d’autres : un vêtement noir couvre son corps et sa tête, son visage marqué par les ans la fait paraître plus âgée qu’elle ne l’est probablement. Pourtant cette femme, qui selon les stéréotypes occidentaux devrait être ignorante et soumise dans une société patriarcale opprimante, possède une force peu commune, une force que seuls ceux qui ont connu la souffrance, et qui pourtant font face aux difficultés la tête haute, possèdent.
Umm Khaled suivie par le colon
Nous l’avons rencontrée à Jeb Al-Theeb, petit village au sud de Bethléem, lors d’une réunion que nous avions organisée avec les résidents du village pour nous présenter et expliquer notre projet d’un mois d’accompagnement pendant la récolte des olives dans cette région menacée par les colonies israéliennes illégales de Tekoa et Nokdim, où vit le ministre israélien Lieberman. La fréquentation de la réunion a été plus faible que prévue, en dépit de tous nos efforts (dont une distribution d’un tract traduit en arabe par notre coordinateur local), à cause de la mort soudaine et des funérailles d’une femme du village. Il n’y avait qu’une dizaine d’adultes, entourés des enfants omniprésents.
Tandis que notre coordinateur commençait à parler avec les présents, même sans les traductions occasionnelles des questions et des
réponses, il fut clair pour chacun d’entre nous que ces gens, après des années de harcèlement et d’attaques infâmes, étaient tout naturellement effrayés. Toutefois, une femme, qui venait de
souligner les risques très réels auxquels elle et sa famille étaient confrontés, a décidé de tenter d’accéder à sa terre avec nous. Cette femme, c’est Umm Khaled, et à la lumière de la lampe au
kérosène (Israël interdit à Jeb Al-Theeb d’avoir l’électricité), son visage résume l’histoire moderne de la Palestine : la souffrance d’un traitement injuste, l’espoir de vivre un jour une vie
digne et la conscience de la nécessité de continuer à résister.
Rendez-vous fut pris pour le lendemain matin, à 7h30.
A 7h, nous avons commencé à grimper la colline qui nous séparait de Jeb al-Theeb, et, alors que nous commencions à apercevoir le
village, nous avons vu Umm Khaled, qui nous attendait pour nous accueillir. Elle nous a offert un petit déjeuner copieux, suivi de la visite du minuscule jardin d’enfants du village, puis nous
sommes partis vers l’oliveraie. Peinant derrière nous, un vieil homme qui avait été brutalement attaqué par des colons il y a deux ans. Il ne parlait pas, mais son sourire indiquait qu’il
approuvait notre présence. Le long du court trajet jusqu’à l’oliveraie de Umm Khaled, le paysage est dominé par l’usine israélienne d’engrais construite à côté du village, avec sa puanteur. Une
honte, et si ce n’était l’usine et les colonies, la vue en cette journée d’automne aurait été à couper le souffle.
Lorsque nous sommes arrivés dans l’oliveraie, nos pires craintes furent confirmées : les colons, après avoir interdit à Umm Khaled
l’accès à sa propre terre, avaient volé la plupart de ses olives. Sans nous décourager, nous nous sommes mis au travail et quelques heures après, nous avions presque terminé de récolter les
olives qui restaient, environ 15 kg. C’est alors qu’un colon, qui est maintenant devenu un visage odieux et familier, est arrivé en camionnette blanche, nous observant de loin, la mitraillette en
bandoulière. Quelques minutes après, alors que nous continuions à ramasser les olives, il a sorti son téléphone et a appelé un certain Ariel. A ce stade, des expériences précédentes en mémoire,
nous nous attendions à voir arriver les soldats de l’occupation, qui heureusement ne sont pas apparus.
Alors que nous avions pratiquement fini la récolte, nous avons commencé à prendre le chemin du retour vers le village. Le colon nous
suivait lentement, dans son pick-up, dans une claire tentative d’intimidation, pendant que son complice, qui était arrivé au moment où nous descendions la colline, allait et venait au milieu de
notre groupe avec arrogance, essayant de nous photographier. Ne voulant pas lui donner cette satisfaction, nous avons improvisé une sorte de ballet pour esquiver son appareil de photo, tandis
qu’Umm Khaled continuait droit devant elle, la tête haute, sans même le regarder.
Les deux colons sont finalement partis et nous sommes arrivés au village, où Umm Khaled nous a montré comment on fait le
taboun, un pain palestinien typique.
Nous avons déjeuné ensemble en profitant de la vue. Dans l’après-midi, une file de tabliers et de sacs à dos colorés est arrivée sur
le sentier de la colline, tandis que les enfants revenaient de l’école, dans le village voisin, et ils ont passé l’après-midi à jouer avec nous, après avoir surmonté la timidité du début de notre
rencontre.
Nous sommes partis au coucher du soleil, l’esprit plein des souvenirs de la journée et espérant que d’autres, dans ce village
dévasté, suivront l’exemple de Umm Khaled, une femme extraordinaire.
Par Stephanie Westbrook.
Source: http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=14628&type=temoignage&lesujet=Colons
« Cela fait des jours que nous sommes sans électricité ni eau. Nous ne pouvons rien faire, et la chaleur est maintenant insupportable. » Abu Fouad, 83 ans, parle des coupures de courant dont souffre toute la Bande de Gaza. Tandis que les Palestiniens de Gaza ont l'habitude des pénuries d’électricité, résultat combiné de la destruction de la centrale électrique, bombardée par Israël en 2006, et du siège imposé par Israël et la communauté internationale, les pannes ont augmenté en fréquence et en durée.
Les Palestiniens de Gaza sont confrontés depuis des années aux coupures de courant, allant de 6 à 14 heures par jour. Récemment, les
pannes ont duré des journées entières.
La principale raison est le manque de combustible pour la centrale, du fuel dont l’achat et le transfert à Gaza est sous la
responsabilité de l’Autorité Palestinienne depuis novembre 2009.
Rendant la situation encore pire, Gaza connaît une vague de chaleur insupportable et d’humidité. Les températures ont grimpé jusqu’à
35-40°, avec 65% d’humidité.
Umm Fouad a 64 ans, elle a eu 15 enfants, et son corps est fatigué. Avec sa santé fragile, elle est constamment fatiguée, les bons
jours.
« Il fait si chaud. Je ne peux pas respirer, et ça m’épuise. On n’arrive pas à trouver du soulagement. Même lorsqu’on a du
courant, le ventilateur du plafond ne fait que faire tourner l’air chaud. Mais maintenant, sans électricité pendant si longtemps, tout est plus chaud et plus difficile. »
Ramadan, le mois de jeûne, est aussi une période de joie pour les Musulmans. Pourtant, celui-ci est le plus dur qu’a connu la famille
d’Abu Fouad.
A côté de la canicule dangereuse et de l’humidité, il y a les problèmes pratiques. « Nous ne pouvons pas faire de pain, il n’y a
pas d’électricité pour la plaque chauffante, et nous n’avons pas le gaz, » dit Umm Fouad.
« Cela fait trois jours que nous n’avons pas d’eau, » dit Abu Jaber, 45 ans, l’un des nombreux fils d’Abu Fouad. Son
appartement est au troisième étage d’une maison de béton, et pendant les mois d’été, la chaleur à l’intérieur est insoutenable.
« 53 personnes vivent dans cette maison. Nos six appartements ont besoin d’environ 1.500l d’eau par jour pour la cuisine, la
lessive, le ménage, la toilette… sans parler de l’eau potable. »
Comme les autres maisons du voisinage, elle n’est pas reliée au réseau de la ville. A la place, lorsque l’eau de la ville arrive à
une canalisation à 150m de chez lui, Abu Fouad raccorde un tuyau et grâce à une série de pompes, envoie l’eau dans des citernes, sur le toit (photo ci-dessus, par Emad Badwan). « Il nous faut cinq
pompes pour emmener l’eau depuis la connexion à l’eau de la ville jusqu’au toit de notre maison, » explique Abu Jaber.
Dans toute la Bande, les conduites d’eau sont affectées par le manque d’électricité, ce qui veut dire que des quartiers entiers sont
privés d’eau courante tout le temps que dure la panne électrique.
Un manque d’eau dans tout Gaza aggrave le problème. Les Nations Unies notent que 43% de l’eau est perdue à cause de fuites des
canalisations qui résultent du manque de maintenance du réseau. Mais sous le siège, il est impossible de faire entrer les tuyaux et les matériaux nécessaires à l’entretien.
« Maintenant que les pannes de courant durent plusieurs jours d’affilée, mon père n’arrive pas à emmener l’eau dont notre famille
a besoins, » dit Abu Jaber.
« Quand notre secteur a de l’électricité, les tuyaux d’eau ne coulent pas. Et quand il y a de l’eau, nous n’avons pas
d’électricité. Alors il finit par rester éveillé toute la nuit à attendre que l’électricité revienne. »
Abu Fouad explique comment fonctionne la citerne dont il s’occupe. « Quand tout va bien, quand nous avons de l’électricité, il
faut au moins une heure et demie pour pomper l’eau pour chaque citerne de 1.500 litres. Comme il y a 6 citernes, il faut pratiquement une demi-journée. »
Mais ça, c’est l’électricité fonctionne normalement. Maintenant, avec les coupures de courant, il ne lui reste qu’à attendre que
l’électricité et l’eau de ville coïncident.
« Je m’inquiète pour chacun dans notre maison. Ils ont tous besoin d’eau. Comment vont-ils faire leurs abutions ? Comment
vont-ils se rafraîchir par cette chaleur ? »
Chef de famille, il pense à ces enfants et à leurs familles. « Ils reviennent tous du travail ou de l’école avec l’envie de se
laver et de se rafraîchir. Mais c’est très dur de le faire aujourd’hui. »
Musulman pieux, il s’inquiète de la propreté pour la prière. « Maintenant que c’est Ramadan, c’est encore plus important de se
laver. Je ne demande pas grand-chose, mais je dois me laver les mains, le visage et le corps avant de prier, et je prie cinq fois par jour. »
Guettant la possibilité de remplir ses citernes à eau, Abu Fouad se repose peu.
« Je ne dors pas beaucoup. C’est plus facile de manquer de sommeil quand on est jeune, mais quand vous êtes vieux, comme moi, et
avec cette chaleur, vous souffrez. Je suis très fatigué. J’ai mal aux articulations. J’ai besoin de repos. J’ai besoin d’eau pour laver. »
Abu Jaber convient que le problème touche toute la maison. « Ma fille est à l’université, et elle a absolument besoin d’un
ordinateur et d’un accès internet pour ses études. »
Son fils de 8 ans, Ahmed, ressent aussi les coupures de courant. « Cette année, il jeûne. Il a jeûné l’an dernier, sans problème.
Mais parce qu’on n’arrive pas à récupérer, avec cette canicule, il trouve que c’est très dur, physiquement, cette année. »
Au Jaber parle de son jeune frère, 31 ans, sans travail depuis plusieurs années. « Mon frère a ouvert un magasin de glaces il y a
quelques mois, pour travailler pendant les mois d’été. Et à peine il commençait à avoir des clients et à récupérer son investissement, les coupures de courant ont empiré. » « L’argent
que j’ai gagné au magasin ne compense pas ce que j’ai dépensé pour l’ouvrir. Mon générateur n’est pas fait pour fonctionner plusieurs heures d’affilée, » dit Abu Oday. « Et pour le faire
marcher pendant six heures, ça me coûte 30 shekels (6€) en fuel. »
Sans emploi avant d’ouvrir son magasin, il lui fallait un revenu pour subvenir aux besoins de sa femme et de leurs trois enfants. «
Je finis par dépenser plus pour le diesel et la maintenance du générateur que ce je gagne. Je ferme donc le magasin. »
Les problèmes d’une famille, qui se retrouvent dans de nombreuses familles dans la Bande, avec une population d’1,5 million de
personnes sur un morceau de terre très petit, très chaud.
« A cause des coupures d’électricité et d’eau, c’est le Ramadan le plus dur de toute ma vie, » dit Umm Fouad. « Mais
nous continuerons à jeûner. »
Par Eva Bartlett.
Source : In Gaza
Traduction : MR pour ISM
Conscience, réveille-toi !
Ta vision des Hommes, te l'es-tu faite avec réflexion
ou es-tu tombé dans le panneau de ceux qui veulent d'endoctriner ?
De la manipulation des médias à l'attentat truqué,
de la ruse au mensonge,
de la liberté individuelle de pensée à une pensée unique,
tous les moyens sont bons pour arriver à leurs buts.
A quand la fin des crimes racistes ?
Lui qui ne souhaite qu'à se fondre dans la masse il est sans cesse rejeté.
Conscience, réveille-toi !
Quel crime a-t-il commis ?
Une couleur qu'il n'a pas choisie, un Seigneur qu'il a reconnu.
L'esclave a disparu mais il est toujours considéré comme inférieur. Pourquoi ?
Conscience, réveille-toi !
Où est la raison quand le plus grand criminel après avoir purgé sa peine retrouve la liberté,
et elle, pour s'être dévouée à Dieu quitte son domicile en couvrant son corps
ils veulent l'emprisonner à vie?
Elu premier passe-partout quand tout va mal l'argument anti-islam : alibi commode.
La base du vivre ensemble c'est la tolérance y'a pas d'autres solutions
et y'a pas besoin d'avoir Bac+5 pour le savoir.
Réfléchis avant de répéter ; agis avant de regretter.
C'est chez nous, tout ça, c'est la France de Sarko à mi-mandat
d'ici la fin bonjour les dégâts.
A bas les marginalisations et tous ensemble regroupons-nous ...
Par Tesnim.
Laissera-t-on Israël transformer Gaza en un immense cimetière ?
Omar (*), 38 ans, habite dans un quartier très pauvre et insalubre de Gaza. Il est sans travail, sans revenu. 80 % des habitants de Gaza sont dans la même situation. L’histoire qu’il raconte ici reflète la situation tragique et le désespoir dans lesquels Israël maintient la population de Gaza. Le désespoir aussi de savoir que la « communauté internationale » ne fait rien pour mettre un terme à l’intolérable.
Gaza : manifestation contre le siège (IMEMC)
Silvia Cattori : Que ressentez-vous depuis votre mouroir de Gaza en voyant des jeunes Palestiniens dans la vieille ville de Jérusalem protester contre les restrictions d’accès à la Mosquée Al Aqsa, risquer leur vie face aux assauts des troupes israéliennes ? [1]
Omar : Ce qui se passe à Jérusalem, les provocations d’Israël, sa judaïsation de la Terre Sainte, concerne tous les Palestiniens. C’est très grave. Israël cherche à pousser les Palestiniens à une grande révolte, pour ensuite faire croire qu’il y a là une menace pour sa sécurité et en profiter pour intensifier la répression.
Je ne pense pas que les Palestiniens sont prêts à courir le risque de rentrer dans cette stratégie perfide, d’aller se faire humilier et écraser une nouvelle fois. Vous savez, les Palestiniens n’ont pas encore guéri les plaies de la dernière Intifada (soulèvement qui s’est révélé être un écrasement). Tant de sacrifices consentis pour n’avoir rien obtenu. Comme père, je ne serai pas assez fou pour laisser mes enfants aller au-devant des soldats qui tirent sur ces très jeunes gens, très frustrés, qui répondent à leurs agressions en lançant des cailloux.
Je pense que dans ce contexte, les adultes, même si cela devrait être leur devoir de protester contre les dangers qui pèsent sur la Mosquée Al Aqsa et deux autres édifices religieux islamiques, hésitent à aller manifester leur colère contre les soldats de l’occupation. Ils savent que c’est là une situation explosive ; qu’ils vont se sacrifier pour rien, qu’Israël va encore pouvoir en tirer prétexte pour les arrêter, les massacrer, et intensifier les mesures répressives. Ils pensent à tous les sacrifices qu’ils ont déjà faits sans jamais rien obtenir.
Depuis 2000, leur résistance ne leur a apporté que des pertes et des énormes souffrances. Sans compter que tous leurs sacrifices sont si mal payés en retour par leurs ignobles politiciens à Ramallah. Ils sont si désespérés en entendant Abou Mazen, Fayyad, Erekat, etc, parler d’un État palestinien à l’intérieur de la ligne de 1967 et non pas comme il se doit, de la ligne de 1948. Les territoires de 67 ne représentent que 26 % de la Palestine historique. Et ces 26 %, après le mur et les annexions, se sont réduits à 10 ou 15 %. Cela veut dire, pour ces jeunes Palestiniens en colère, que leurs parents n’ont rien gagné par leur résistance ; qu’ils ont fait tous ces sacrifices pour rien.
Silvia Cattori : L’État d’Israël ne pourra pas toujours se comporter en dehors de la loi. Son image se dégrade en Occident ; bien des gens qui soutenaient Israël ne peuvent plus afficher leur soutien comme avant. Il leur est devenu difficile de soutenir l’insoutenable sans se compromettre. Nos autorités démocratiques savent qu’elles devront répondre un jour d’avoir soutenu un gouvernement criminel. Et d’avoir choisi de soutenir une autorité palestinienne qui est désavouée par son peuple. S’il y a des votations pensez-vous que le peuple palestinien va voter en faveur de Salam Fayyad ?
Omar : Fayyad n’est pas populaire. C’est l’homme de l’Occident ; il est très éloigné de notre réalité. Il a fait carrière dans des institutions internationales. Il a été habitué au luxe et au prestige qui accompagne ce genre de postes. Fayyad n’est pas le choix des Palestiniens ; il nous a été imposé par les États-Unis. C’est un homme corrompu, qui avec Abou Mazen (Mahmoud Abbas), a mis en place la politique répressive, financée par les États-Unis et l’Europe, qui vise à liquider toute résistance. Fayyad est un homme très compromis avec les visées de l’occupant. Ce ne sera jamais un résistant. Il est déjà du côté des occupants.
C’est lui qui a la confiance de l’Europe ; c’est lui qui reçoit l’argent que l’Union européenne donne à Ramallah pour payer les salaires de quelques 200’000 employés de l’administration. Ce n’est pas par un geste de générosité que cet argent est versé à l’Autorité Palestinienne ; c’est une obligation, l’Europe doit payer pour ses erreurs. Nous considérons que c’est l’Europe qui a permis aux juifs de venir occuper nos terres et qui continue de soutenir leur expansion. C’est donc à elle de payer pour notre immense souffrance.
Silvia Cattori : Les militants internationaux qui sont venus vivre à Gaza durant ces années cruelles où la communauté internationale vous a abandonnés, sont-ils vus avec reconnaissance ?
Omar : Ici à Gaza, les gens sont habitués depuis longtemps à voir des jeunes activistes étrangers, venir, partir, certains rester car ils ont trouvé ici une vie plus exaltante que chez eux. Les gens ne leur ont pas demandé de venir mais ils sont bien accueillis ; l’hospitalité fait partie de notre culture. Ils peuvent habiter chez les habitants, et vivre avec très peu d’argent. Il y en a aussi qui profitent de notre générosité. Qui se comportent mal et heurtent nos coutumes.
Il y a maintenant quelques rares activistes du « Free Gaza Movement », de l’« International Solidarity Movement », etc. Ils voient ce qui se passe et ils peuvent faire connaître notre réalité au-dehors. Ce qui pose problème, c’est qu’il n’y a pas d’entente entre les diverses associations qui viennent. Cela n’est pas bon car il y a déjà assez de problèmes ici.
Silvia Cattori : Quel milieu fréquentent-ils ?
Omar : Ils sont souvent entourés de Palestiniens qui savent tirer profit et les coupent du reste de la société. Les activistes ne savent pas ou ne veulent pas savoir que les gens qu’ils fréquentent ne sont pas forcément représentatifs. C’est pourquoi la présence de ces jeunes qui viennent ici, peut générer parfois plus de ressentiments que d’apaisement dans le cœur de bien des gens. Ils fréquentent surtout le cercle du FPLP (une faction laïque minoritaire). Ici leurs leaders sont mal vus car ils ne travaillent pas dans l’intérêt du peuple ; ce qu’ils reçoivent de l’extérieur comme dons est détourné pour des projets qui leur apportent davantage de profits. Il faut dire aux gens qui collectent de l’argent au nom des Palestiniens de ne plus leur donner un seul shekel. Car agir de cette façon ce n’est pas nous aider ; mais c’est une autre manière de violer les droits des Palestiniens et d’envenimer la situation.
Donner l’argent sans savoir où il va, cela pousse les gens à la corruption. Les gens qui vivent dans mon quartier n’ont jamais rien vu de ces collectes dont on nous parle. Ils vivent plus mal que des chiens. Écrasés par la pauvreté. Les ONG vont et viennent, mais nous on n’a rien touché.
Silvia Cattori : Les derniers convois arrivés en janvier - au prix de grands obstacles - ne vous ont pas donné satisfaction non plus ?
Omar : « Viva Palestina » [2] de Galloway et « the European Campaign to End the Siege on Gaza » (ECESG) [3] ont été appréciés. Ce qu’ils ont apporté a été remis au Ministère de la santé. Celui-ci est seul capable de couvrir toute la bande de Gaza et de distribuer ce qu’il reçoit dans tous les centres de santé. Ce qu’ils apportent est visible, sert toute la population.
Quand on parle de tonnes de médicaments livrés au Ministère de la santé par divers donateurs il faut comprendre que cela ne suffit pas à couvrir les besoins. En quelques heures les dons distribués dans les hôpitaux et les pharmacies sont épuisés. Ici on ne trouve rien, même pas du paracétamol ; les quantités que les donateurs envoient ou apportent sont dérisoires par rapport aux besoins immenses.
Silvia Cattori : Georges Galloway a pourtant été critiqué pour avoir livré les ambulances aux autorités du Hamas. Quel est votre point de vue ?
Omar : Si vous donnez les médicaments au Ministère de la santé (sous l’autorité du Hamas depuis 2006), ils sont distribués dans les hôpitaux et centres publics et après nous pouvons les acheter pour le prix d’un shekel, même s’ils valent trente shekels. Par contre, si vous donnez ces médicaments aux responsables du FPLP, eux ils les distribuent à leurs cliniques privées qui les vendent au prix coûtant. Cela enrichi leurs cliniques, leurs poches. Et ne diminue pas les souffrances de la population qui a déjà de la peine pour payer un shekel. Quand les associations donnent des milliers de dollars au FPLP, les gens ici ne voient pas où cela va vraiment. Ils n’ont aucune idée de la manière dont l’argent est utilisé. C’est la différence entre ce que l’on donne aux autorités du Hamas et ce que l’on donne au FPLP ou au Fatah.
Silvia Cattori : En ce qui concerne les besoins essentiels comme l’eau potable et la nourriture, où en est votre situation ?
Omar : Nous achetons, en faisant des dettes, des gallons d’eau filtrée à une station privée qui s’enrichit sur notre dos. Mais on est obligés. L’eau est polluée [4] et avec les coupures d’électricité on reste souvent sans eau et sans électricité.
Ici les gens se débrouillent. Surtout grâce à ces employés qui reçoivent un salaire de Ramallah, ou de l’UNRWA : car un employé aide de nombreuses familles avec son salaire. Si il n’y avait pas cette solidarité là, Gaza se transformerait en un immense cimetière en quelques mois. [5]
Heureusement que les tunnels ne sont pas encore fermés. Le mur n’est pas fini.
Silvia Cattori : Ne pensez-vous pas qu’Obama finira bien par contraindre Israël à ouvrir les portes de cet enfer ?
Omar : Je n’ai jamais cru qu’un Président des États-Unis allait nous soutenir contre Israël. Cela n’arrivera jamais. S’il devait nous soutenir, même par un simple mot, il devrait payer très cher ce soutien.
Silvia Cattori : Qui peut alors vous sauver de cette situation ?
Omar : Il n’y a que Dieu. Les États arabes nous ont abandonnés. Nous avons perdu notre crédibilité et notre honneur par notre division. J’espère que nos leaders arriveront un jour à s’unir ; sans l’union, jamais nous n’obtiendrons le respect des autres nations. Nous avons perdu le respect.
Silvia Cattori : Votre peuple a gagné l’admiration et le respect du monde entier par sa résistance. Mais si vous deviez faire la liste des leaders palestiniens qui vous ont desservis, quels noms donneriez-vous ?
Omar : Mazen (Mahmoud Abbas à Ramallah) à la tête du Fatah. Et Mechaal [6]. Je considère que l’on est trahis par les deux. S’ils savaient quelle est notre souffrance, ils auraient déjà fait l’union. Par leurs divisions ils ont fait de nous un peuple de mendiants. Or nous, les Palestiniens, n’avons jamais été des mendiants.
Silvia Cattori : Vous faites une symétrie entre Kahled Mechaal et Mahmoud Abbas ! Mais Khaled Mechaal, lui au moins, ne s’est jamais mis entre les mains de l’occupant et de ses cyniques alliés ?
Omar : Abou Mazen nous a trahis depuis toujours. C’est un homme mis en place par les États-Unis et Israël. Mazen, on savait déjà qui il était avant et que dans sa position il allait nous mener au désastre. Mechaal, nous savons qu’il est honnête. Mais le fait est qu’il ne nous a rien apporté.
Israël s’attaque à la mosquée, à notre patrimoine religieux. Que fait le Hamas contre les attaques visant la mosquée Al-Aqsa ? Pour nous Palestiniens, c’est très blessant de voir Israël usurper les lieux Saints. Cela nous touche dans nos cœurs. Abou Mazen, on le méprise, nous savons que lui et sa bande ce sont des vendus. Mais je suis choqué d’entendre Mahmoud Zahar (haut dirigeant du Hamas) dire aujourd’hui que ceux qui lancent des roquettes contre Israël aident les provocateurs. Hier, Yasser Arafat et Abou Mazen disaient la même chose.
Silvia Cattori : Mechaal n’a-t-il pas condamné Israël récemment ?
Omar : Ce qu’il a dit dans son discours, c’est pour la façade ; mais sur le terrain, hormis une manifestation populaire à Gaza, rien ne s’est passé. On est sans espoir.
Silvia Cattori : Malgré sa brutale répression, Israël a échoué à vous mater. Ni le siège qui perdure depuis cinq ans, ni les innombrables carnages, n’ont atteint les buts qu’Israël escomptait : vous mettre à genoux et vous tourner contre le Hamas.
Omar : Oui c’est vrai.
Par Silvia Cattori
Entretien réalisé en anglais le 22 mars 2010.
(*) Nom fictif.
Traduit de l’anglais par JPH
[1] En quelques jours l’armée et la police ont arrêté et blessé des centaines de très jeunes Palestiniens sur les lieux Saints de Jérusalem. Les enfants ne sont pas épargnés par l’armée israélienne. En dix ans, celle-ci a arrêté environ 6’500 enfants palestiniens (de 12 à 17 ans). Selon The Palestinian Center for Defending the Detainees, il y a actuellement 340 enfants emprisonnés en Israël parmi 8’000 autres prisonniers politiques Palestiniens.
[2] Voir : « “Viva Palestina”, et maintenant ? », par Stuart Littlewood, info-palestine.net, 14 janvier 2010.
[4] Voir : http://www.uruknet.de/ ?s1=1&p=64828&s2=06
[5] Voir : http://www.uruknet.de/ ?s1=1&p=64829&s2=06
Sur la situation à Gaza, voir également les deux videos de l’interview de Karen Koning Abu Zayd, ancienne Commissaire générale de l’UNRWA :
http://www.youtube.com/watch ?v=Vyui4D6NK-s&feature=channel
http://www.youtube.com/watch ?v=ViZNEVi9OMI&feature=related
[6] Khaled Mechaal, chef du mouvement de la résistance du Hamas, vit en exil en Syrie depuis 1999, après avoir été la cible d’une tentative d’assassinat de la part des services secrets israéliens en Jordanie en 1997.
Source: http://www.silviacattori.net/
Trois ans après qu’elle ait été fermée aux médias israéliens et un an après l’opération Plomb durci, Gaza n’est plus qu’une collection de souvenirs.
Enfants de Gaza, les barbares viennent
de passer...
Vendredi dernier, le téléphone a sonné chez moi. C’était Munir. Nous ne nous étions pas parlé depuis plusieurs mois et chaque conversation avec lui suscite en moi des sentiments forts. Cela faisait trois ans le mois dernier que nous ne nous étions pas rencontrés.
Je m’en souviens très bien : nous roulions ensemble vers l’école maternelle d’Indira Gandhi (le propriétaire de cette école de Beit Lahia - Bande de Gaza - portait le nom de la défunte dirigeante indienne). Deux jours auparavant, les Forces de défense israéliennes avaient tiré un missile près d’un minibus qui transportait des enfants, en tuant deux, plus des passants, ainsi que leur jeune enseignante, Najwa Halif - tout cela sous les yeux d’une vingtaine d’enfants qui se rendaient au jardin d’enfants.
Quand nous sommes arrivés dans cette école maternelle bien entretenue, financée par des donateurs d’Allemagne, Ghandi nous a montré les dessins des enfants : des gosses étendus sur le sol et saignant, une enseignante dans une mare de sang, un avion et un char d’assaut tirant des murs de missiles. C’est avec cela que les gamins du jardin d’enfants d’Indira grandissent. Ce fut aussi mon dernier souvenir de la bande de Gaza. Depuis, je n’ai pas été autorisé à y retourner.
En effet, depuis trois ans, Israël interdit aux journalistes locaux d’aller à Gaza, mais aucun ne s’insurge contre ce black-out scandaleux de l’information. Les journalistes de la télévision vont même jusqu’à collaborer, en utilisant une tactique affreusement trompeuse : des micros avec le logo de leurs réseaux sont brandis par d’autres journalistes à Gaza pour faire croire que des Israéliens se trouvent à ce moment à Gaza. Mais tout comme moi, ils n’y sont pas allés depuis trois ans. Protestation de la presse ? N’en parlons pas. D’ailleurs, qui veut aller à Gaza ?
Quand Munir a appelé, ma voix s’est mise à trembler. Oui, il me manque et je m’ennuie aussi de Gaza. Il est presque ridicule d’exprimer à des Israéliens la nostalgie qu’on ressent de cet endroit que les gens après un lavage de cerveau pensent n’être rien de plus qu’un « nid d’assassins ». Seul, quelqu’un qui s’est rendu dans la bande de Gaza pendant des années et qui a vu sa beauté et sa laideur, sa misère et sa dignité, l’impuissance et la merveilleuse résistance de ses habitants, sa pauvreté et sa noblesse, son sens de l’acceptation et de la détermination, celui-là seul peut comprendre la nostalgie pour Gaza, de tous ses sites.
Il y avait Munir, et puis Sa’ad...
Gaza, à une heure et quart de route de chez moi, est l’un des endroits qui me sont inaccessibles. Elle me manque, son peuple, ses paysages, son littoral et même ses odeurs. Et Munir me manque, et Sa’ad, ces deux chauffeurs de taxi qui m’on conduit dans les ruelles sombres et les rues les plus dangereuses, dans les camps de réfugiés les plus reculés et vers les victimes les plus misérables, les maisons en deuil et les destructions, les pertes d’êtres chers et les douleurs. Au fil des années, ensemble, nous avons bougé dans Gaza pour informer sur les actions d’Israël.
Deux années plus tard, nous nous sommes quittés avec les étreintes habituelles, peut-être pour toujours et, il y aura exactement un an ce week-end, l’opération Plomb durci commençait. Le 27 décembre, le premier de ces jours épouvantables, la première frappe aérienne, meurtrière, tuait 225 Palestiniens. Le lendemain, j’écrivais (dans mon article Le tyran voisin frappe à nouveau, du 28 décembre 2008) :
« Israël s’est lancé hier dans une nouvelle, inutile et malheureuse guerre... Une fois encore, les réponses violentes d’Israël, même si elles étaient justifiées, sont hors proportion et franchissent toute les lignes rouges de l’humanité, de la moralité, du droit international et de la sagesse... Les images qui ont inondé les écrans de télévisions du monde entier hier ont montré un défilé de cadavres et de blessés, chargés et déchargés des coffres des voitures particulières qui les transportaient vers le seul hôpital de Gaza, le seul digne d’être appelé un hôpital. Peut-être faut-il nous rappeler que nous sommes face à une bande de terre, dérisoire, meurtrie, dont la population est composée surtout d’enfants de réfugiés qui ont enduré des tourments inhumains... Le Hamas ne sera pas affaibli avec une guerre contre Gaza, bien au contraire.
« En peu de temps, après ce défilé de cadavres et de blessés, nous allons arriver à un cessez-le-feu de plus, comme cela s’est produit après le Liban, le même que celui qu’on aurait pu conclure sans cette guerre inutile. En attendant, laissons les FDI gagner, comme ils disent. Un héros contre le faible, un héros qui a bombardé depuis les airs des dizaines de cibles, hier, et des images de feu et de sang furent prises pour bien montrer aux Israéliens, aux Arabes et au monde entier, que la force du tyran voisin n’avait pas encore décliné. Quand le tyran se déchaîne, rien ne peut l’arrêter. »
Dans les semaines qui suivirent, j’ai souvent discuté au téléphone avec Munir et Sa’ad. Nos conversations étaient atroces, souvent coupées en raison des bombardements ou des coupures d’électricité. La Skoda de Sa’ad, dans laquelle nous avions parcouru des milliers de kilomètres, avait été touchée par un missile israélien. Munir était chez lui, tremblant d’inquiétude sur le sort de son épouse enceinte et de leurs enfants, récitant la prière du kapparot de Yom Kippour, qu’il connaissait de l’époque où il travaillait comme boucher sur le marché Hatikva à Tel-Aviv : « Celui-ci est mon échange, celui-ci est mon remplacement celui-ci est ma réparation », la récitant au téléphone depuis Gaza, sous les bombardements. Mais pour Munir et Sa’ad, et les un million d’autres habitants de la bande de Gaza, il n’y a pas d’indulgence.
Vendredi dernier, Munir m’a semblé comme d’habitude. Il essaie toujours de présenter un tableau optimiste. Sa’ad pleure et Munir réconforte, ça a toujours été leur division du travail : un chauffeur qui voit le bon et un chauffeur qui voit le mauvais. Sa’ad le pessimiste, dans sa Skoda relativement récente. Et Munir l’éternel souriant, dans sa vieille Mercedes fidèle, avec son million de kilomètres au compteur, un million de kilomètres bouclé entre Gaza et Rafah, dans les pires moments, et entre Jaffa et Gaza, dans les meilleurs. Maintenant, ils ne vont presque nulle part et n’emmènent presque personne. Ils sont assis, inutiles, au check-point d’Erez, attendant des jours meilleurs, s’il y en a à venir. Les journalistes étrangers ne vont presque plus à Gaza.
Munir m’a parlé des fréquentes pannes de courant chez lui, pendant une demi-journée voire des jours entiers, par des temps froids et pluvieux. Imaginez donc. Les pièces détachées pour voitures qui passent en contrebande par les tunnels sont de mauvaise qualité, mais on trouve quasiment de tout, ajoutait Munir, lequel trouve toujours le moyen de faire avec. Mais les prix des pièces égyptiennes défectueuses sont exorbitants. Mais même quand il a dû alimenter sa Mercedes sept places avec de l’huile recyclée utilisée pour faire frire les falafels, il ne s’est pas plaint. Pas même de l’odeur exécrable de son moteur. Les meilleurs jours de Munir, dit-il toujours, furent ceux sous l’occupation totale israélienne de Gaza - sans check-points, sans Fatah ni Hamas, avec un boulot au marché Hatikva et beaucoup d’espoirs, avec la possibilité de subvenir aux besoins de sa famille et de profiter d’une relative liberté.
Où ne sommes-nous allés ensemble, dans la Skoda ou dans la Mercedes ? Une fois, celle-ci s’est enlisée dans les sables de Gaza alors que nous allions nous informer des bombardements israéliens qui avaient propulsés des milliers de clous dans les corps et les murs. Avec le professeur états-unien/juif radical, Norman Finkelstein, nous avons dû pousser la Mercedes orange pour la remonter sur la route. Puis, nous avons été horrifiés quand nous avons vu tous les clous noirs dans les murs des maisons - preuve pour une accusation d’utilisation d’obus à fléchettes, une arme interdite contre les centres de populations. Mais qui s’en est soucié ?
Il y eut Sharon...
Une fois seulement, je me suis déplacé dans Gaza sans Sa’ad ou Munir. C’était en novembre 1989, quand le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ariel Sharon, m’avait pris avec lui dans sa Volvo du gouvernement, pour un voyage touristique partant de son ranch Sycamore [proche de Sderot] pour aller à Gaza, et retour. Sharon, guide connaisseur de Gaza, s’efforçait de m’éclairer sur les raisons pour lesquelles Israël ne devra jamais, vraiment jamais se retirer de Gaza. Nous étions là, juste Sharon et moi, assis sur la banquette arrière, en voyage d’études, non accompagnés. Oui, c’était comme ça.
Le fait que Sharon ait parlé à l’époque du retour de dizaines de milliers de réfugiés de Gaza « vers Nazareth, Acre et Lod », le présentant comme un élément de la solution au problème des réfugiés, n’a rencontré aucun écho. Maintenant qu’il est dans le coma, à l’hôpital, Israël tient la frontière de Gaza et nul (en Israël) ne parle plus de retour de réfugiés.
Puis les enfants de Kamal et Maryam...
Bien avant l’opération Plomb durci, il y a eu des scènes insupportables à Gaza. En janvier 2005, à l’hôpital Shifa, nous avons vu quatre enfants qui, tous, avaient perdu leurs deux jambes lors d’un affreux bombardement de champs de fraises à Beit Lahia. Ils étaient dans leurs fauteuils roulants, face à la fenêtre, observant en silence le monde extérieur, avec une expression morose navrante. Un an plus tard je les ai revus, sur leurs béquilles, paraissant toujours aussi perdus. Dans ce même bombardement, un agriculteur, Kamal, et son épouse Maryam, ont perdu trois fils, deux neveux et un petit-fils. Un autre de leur fils était allongé à Shifa, avec un respirateur, il a perdu ses deux jambes, une main et un œil. Où est-il aujourd’hui ? A-t-il survécu ? Y a-t-il encore des fraisiers sur cette parcelle inondée de sang ? Quand nous sommes arrivés ce jour-là, Kamal pensait encore à son fils rescapé qui avait perdu juste une jambe.
Une douzaine de gamins qui étaient sortis à leur premier jour de vacances scolaires pour aider les agriculteurs à cueillir les fraises étaient morts, longtemps avant le rapport Goldstone. La réponse automatique, à vous glacer le sang dans les veines, du porte-parole des FDI n’exprimait même pas le moindre regret : « Il faut indiquer qu’une cellule terroriste opérait de l’intérieur d’une zone palestinienne peuplée. Les FDI mènent une enquête sur l’incident. » Bla, bla, bla. L’insensibilité est toujours effrayante.
Et Maria et Hamdi...
Bien avant Goldstone, je me suis attaché à la petite Maria, qui a perdu son frère Mohammed, sa mère Na’ima, sa grand-mère Hanan et sa tante Nahad, conséquence d’un missile tirée d’un avion israélien sur une Peugeot que son père Hamdi avait achetée le jour même. C’était le premier voyage de la famille en voiture. Maria était assise sur les genoux de sa mère, sur le siège arrière, elle chantait, puis, tout a été fini.
Pendant trois ans et demi, Maria et Hamdi ont vécu à l’hôpital Alyn à Jérusalem, où Maria respirait par un tube, elle était paralysée, définitivement, du cou jusqu’aux pieds. Une fille douce qui nourrissait un perroquet à l’aide d’une cuillère qu’elle tenait dans sa bouche, actionnant son fauteuil roulant très élaboré avec son menton pendant que son père veillait sur elle avec une dévotion profonde que je n’ai jamais vue. Une fois tous les six mois à peu près, le ministère de la Défense menace de les renvoyer à Gaza ; une fois tous les six mois, un petit groupe d’Israéliens convaincus agit pour contrecarrer le décret malfaisant.
Ces dernières semaines, Hamdi semblait plus abattu que jamais. La première fois que nous l’avions rencontré, sur le sol sablonneux de sa maison à Gaza, il boitait, des suites de sa propre blessure, en état de choc total. C’était deux jours après la tragédie, et il pouvait à peine articuler un son.
Et aussi Dam Hamad...
Une autre personne à être secouée par le drame fut la maman de Dam Hamad, une fillette de 14 ans, tuée par une poutre en béton qui avait été envoyée valdinguer par un tir de missile israélien, alors qu’elle dormait dans les bras de sa mère paralysée. Quand nous sommes arrivés dans leur maison démunie de tout, dans le quartier Brazil de Rafah, la maman était allongée, muette, dans son lit. Dam était sa seule fille. Nous avons poursuivi notre route.
Tout aussi frappée par la tragédie, Islam, la fille en noir que nous avions vue lors de notre dernier voyage à Gaza, en novembre 2006. Elle se tenait assise sur un mur de pierres en dehors des ruines de sa maison, à Beit Hanoun, après avoir perdu huit membres de sa famille, dont sa mère et sa grand-mère. Au total, 22 personnes avaient été tuées en un seul instant, par des obus tirés en plein milieu du quartier, à cause d’un dysfonctionnement dans une puce électronique de l’armement d’après le porte-parole des FDI. Et on avait repris la route.
Et la belle Fatma Barghout...
Nous avions rencontré la belle Fatma Barghout, dans sa vingtième année, dont le cancer du sein s’était propagé et qui était confrontée à des difficultés inhumaines, difficultés mises sur sa route par les autorités israéliennes qui l’empêchaient de suivre un traitement d’importance vitale pour elle en Israël. Une fois, elle a même été chassée du check-point d’Erez parce que son sein artificiel déclenchait le détecteur de métal : explications et suppliques n’ont servi à rien. Quand finalement elle obtint un permis pour entrer en Israël, il était trop tard. Quelques jours avant qu’elle ne meurt, à Gaza, je l’avais emmenée pour une journée de détente : à un safari à Ramat Gan, Hayarkon Park à Tel-Aviv et dans les ruelles du vieux Jaffa. Elle a pu voir des animaux sauvages, des pelouses vertes et des Israéliens sans arme, pour la première fois de sa courte vie.
Et la famille Ghazal, qui nous avait invités...
Et il y a la famille Ghazal, du quartier Al-Daraj, qui une fois nous a invité à partager leur fête de l’Aïd al-Fitr : deux petits poissons salés achetés 10 NIS (nouveau shekel israélien, 1€ 80 centimes), pour nourrir 13 personnes.
Tous ces héros, et toujours pas de journalistes...
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