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Critique de René Guénon concernant "la Défense de l’Occident", dont l’auteur est Henri Massis. Une critique publiée en 1929, et tellement d'actualité.

 

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« Chose extraordinaire, ce moment où l’Occident envahit tout est celui que certains choisissent pour dénoncer, comme un péril qui les remplit d’épouvante, une prétendue pénétration d’idées orientales dans ce même Occident ; qu’est-ce encore que cette nouvelle aberration ?

 

… Nous disons que l’esprit de M. Massis est troublé par la peur ; la meilleure preuve en est peut-être l’attitude extraordinaire, et même tout à fait inconcevable, qu’il prête à ses soi-disant « propagandistes orientaux » : ceux-ci seraient animés d’une haine farouche à l’égard de l’Occident, et c’est pour nuire à celui-ci qu’ils s’efforceraient de lui communiquer leurs propres doctrines, c’est-à-dire de lui faire don de ce qu’ils ont eux-mêmes de plus précieux, de ce qui constitue en quelque sorte la substance même de leur esprit !

 

… La vérité, pourtant, est assez différente : les représentants authentiques des doctrines traditionnelles n’éprouvent de haine pour personne, et leur réserve n’a qu’une seule cause : c’est qu’ils jugent parfaitement inutile d’exposer certaines vérités à ceux qui sont incapables de les comprendre ; mais ils n’ont jamais refusé d’en faire part à ceux, quelque soit leur origine, qui possèdent les « qualifications » requises ; est-ce leur faute si, parmi ces derniers, il y a fort peu d’Occidentaux ? Et, d’un autre côté, si la masse orientale finit par être vraiment hostile aux Occidentaux, après les avoir longtemps regardés avec indifférence, qui en est responsable ?


... et en admettant que les Orientaux, qui ont fait preuve jusqu’ici d’une incroyable patience, veuillent enfin être les maîtres chez eux, qui donc pourrait songer sincèrement à les en blâmer ? Il est vrai que, quand certaines passions s'en mêlent, les mêmes choses peuvent, suivant les circonstances, se trouver appréciées de façons fort diverses, voire même toutes contraires : ainsi, quand la résistance à une invasion étrangère est le fait d'un peuple occidental, elle s'appelle «patriotisme» et est digne de tous les éloges, quand elle est le fait d'un peuple oriental, elle s'appelle «fanatisme» ou «xénophobie» et ne mérite plus que la haine ou le mépris. D'ailleurs, n'est-ce pas au nom du «Droit», de la «Liberté», de la «Justice» et de la «Civilisation» que les Européens (occidentaux) prétendent imposer partout leur domination et interdire à tout les hommes de vivre et de penser autrement qu'eux mêmes ne vivent et ne pensent ? On conviendra que le «moralisme» est vraiment une chose admirable, à moins qu'on ne préfère conclure tout simplement, comme nous-même, que, sauf exception d'autant plus honorables qu'elles sont plus rares, il n'y a plus guère en Occident que deux sortes de gens assez peu intéressantes l'une et l'autre : les naïfs qui se laissent prendre à ces grands mots et qui croient à leur «mission civilisatrice», inconscients qu'ils sont de la barbarie matérialiste dans laquelle ils sont plongés, et les habiles qui exploitent cet état d'esprit pour la satisfaction de leurs instincts de violence et de cupidité. En tout cas, ce qu’il y a de certain, c’est que les Orientaux ne menacent personne et ne songent guère à envahir l’Occident d’une façon ou d’une autre ; ils ont, pour le moment, bien assez à faire de se défendre contre l’oppression européenne, qui risque de les atteindre jusque dans leur esprit ; et il est au moins curieux de voir les agresseurs se poser en victimes. »

 


René Guénon

Extraits de « La Crise du monde moderne (1929), chapitre 8 : l’Envahissement Occidental »

Tag(s) : #Réflexions

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