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Le 19 juin 1982, paraissait dans Le Monde ce court article de M. Chodkiewicz démasquant avec élégance la malhonnêteté de certains intellectuels s’averrant incapables d’accéder à une perspective sans faille: idéologie oblige. Depuis ces 28 années écoulées, ce texte lapidaire n’a jamais perdu son actualité ni sa pertinence.


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"Vous que j'ai vus signer tant de pétitions, votre encre est-elle sèche? Vous que j'ai entendus dénoncer tant de crimes, votre bouche est-elle muette? Marcheurs infatigables, vous étiez de tous les défilés pour la justice. Vos pieds sont-ils fourbus? Et vous porteurs de bagages, ne savez-vous écrire "Solidarité" qu'en polonais? Les militants d'hier ne sont-ils plus aujourd'hui que des abonnés absents en vacances de l'histoire?


Depuis trente-quatre ans ce n'est pas, il est vrai, le premier rendez-vous que vous manquez. Depuis trente-quatre ans, vos regards traversent les Palestiniens sans les voir. Depuis trente-quatre ans, vous ignorez qu'un génocide peut en cacher un autre. Le vacarme de ces chars piétinant le Liban, de ces bombes écrasant Beyrouth allait-il enfin vous réveiller? Je le pensais. J'avais tort.


Je vous croyais somnambules. Vous étiez en état de coma dépassé. J'attendais de vous un cri. En tendant l'oreille, j'ai surpris quelques déplorations. Mais les morts n'ont pas besoin de vos fleurs ni les exilés de vos couronnes.


Vigilants gardiens des droits de l'homme sous toutes les latitudes, sauf une, vous avez laissé le parti le plus déshonoré de la France tenter de s'approprier le maigre cortège des protestataires. Si d'autres engagements ne l'avaient providentiellement retenu, c'est son secrétaire général que nous aurions trouvé au premier rang des manifestants. Car la place était libre: de ceux qui condamnent les goulags, de ceux qui ne se taisent pas quand on tue à Kaboul ou quand on emprisonne à Varsovie, bien peu n'étaient pas empêché ce soir-là.


Ces mots vous blessent? Aux vaincus, il ne reste, pour l'instant que la parole, c'est-à-dire un tonnerre sans foudre. Vous n'avez d'ailleurs rien à craindre: l'éclair ne frappe que les hauteurs.


Dormez en paix."

 


Par Michel Chodkiewicz

 

 


Source: cliquer ici

Tag(s) : #Palestine

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