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"César et ce qui appartient à César appartiennent à Dieu."



 

HBOmK1j7_Pxgen_r_267x400.jpgSur une même page d'un quotidien relatant la prise d'otages dont l'île de Jolo aux Philippines est le théâtre, nous pouvons lire les expressions suivantes: "ravisseurs islamistes", "rebelles musulmans", et "extrémistes d'Abu Sayyaf".

 

Or, ce qui choque, c'est ce terme "islamisme" qui comprend le mot "Islam", et auquel on ajoute savamment un -iste (comme dans "terroristes") censé expliquer bien des choses. Les musulmans qui vivent en Occident ne peuvent s'empêcher de se sentir agressés chaque fois que des groupes armés, agissant de façon inhumaine ou tout simplement pour de l'argent, sont identifiés en fonction de leur appartenance religieuse. Imaginez que lors de son procès, après avoir fait l'étalage de tous ces crimes, on relève et souligne les déficiences de la personnalité du "chrétien Dutroux". Chacun considérerait cette désignation du pédophile comme étant parfaitement déplacée.

 

Non seulement en effet, on ne trouve dans l'Islam aucun enseignement susceptible de légitimer la prise d'otages innocents et le chantage abject de leur vie contre un quelconque rançonnement, mais surtout, la loi islamique prévoit des peines d'une très grande fermeté contre les bandes et les kidnappeurs, les fauteurs de troubles et tous ceux qui menacent l'ordre social...

 

Le mot "islamiste", répété par tous comme une formule incantatoire destinée sinon à conjurer le mal, du moins à désigner "l'ennemi", et qui sert en principe à définir un islam engagé, mû par une idéologie politique dont l'objectif est le pouvoir, ce mot doit être définitivement banni de notre vocabulaire.

 

D'abord parce qu'il n'existe pas d'orientalistes ou d'"islamologues" sérieux qui ne considèrent que l'Islam comprend de façon intrinsèque une dimension politique. Le Coran contient dans ses énoncés des injonctions touchant à tous les domaines de la vie, allant des prescriptions de guerre aux exhortations morales en passant par les règles qui régissent la vie politique et économique de la communauté musulmane. En ce sens, l'Islam est une religion totale et globale, mais non pas totalitaire.

 

Ensuite, parce qu'historiquement, il est impossible de dissocier la vie religieuse et la vie politique en Islam. Le Prophète meurt à Médine en laissant un Livre révélé éloquent, et un culte grandiose. Mais aussi un Etat islamique armé.

 

Le mot "islamiste" n'a donc pas de raison d'être, car tout musulman, pour autant qu'il connaisse et pratique sa religion, sait qu'elle associe le spirituel et le temporel, la foi et la loi, et que César et ce qui appartient à César appartiennent à Dieu.

 

Ainsi, le mot "islamiste", que certains utilisent pour condamner un Islam dur et fermé, dogmatique et radical, violent et intégriste, par opposition à un Islam tolérant et ouvert, "laïcisé", respectueux des droits de l'homme, ne fait qu'entretenir une confusion qui conforte le seul point de vue "ethnocentriste" des Occidentaux. Même si on ne le dit pas ouvertement, l'Islam est perçu par beaucoup comme une religion qui engendre haine et violence. De sorte qu'insensiblement et petit à petit, les esprits s'accoutument à ce glissement qui ne nécessite aucun effort intellectuel et qui finit par paraître si naturel.

 

 

Par Hani Ramadan,

Tribune de Genève, l'invité, 24 mai 2000

Tag(s) : #Islam

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