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Esther, l’érudite, Benbassa, la citoyenne du monde. Née à Istanbul, partie en Israël, diplômée en France, directrice d’études à la Sorbonne. Attention, indépendance d’esprit !



Beaucoup s’inquiètent de tensions intercommunautaires. Redoutez-vous une guerre des mémoires ?

 

 

On s’y dirige. On est dans la négation des Histoires qui font la France d’aujourd’hui. Pas grand-chose sur l’esclavage ni la colonisation à l’école. Heureusement, la société civile met la pression : il y a une différence entre ce qu’enseignent les profs et le contenu des manuels scolaires.


Selon vous, il faut élever la religion au rang de civilisation.


Il n’y a pas que le culte ! La religion fait partie intégrante de la civilisation. La considérer ainsi aiderait à valoriser les personnes issues de la diversité en les rapprochant des symboles de la majorité, en montrant que leur culture a aussi fait la nôtre. Il y a eu une civilisation de symbiose culturelle où juifs, chrétiens, musulmans ont créé ensemble. Les juifs ont écrit en arabe. Des œuvres supposées musulmanes sont, en fait, juives. Le christianisme ne se résume pas aux croisades. Les religions africaines sont syncrétiques (1). Voilà des ponts pour rapprocher les individus.


Quelles relations entre antisémitisme et islamophobie ?


L’islam, c’est l’obsession du XXIe siècle comme le judaïsme l’était au XIXe siècle et début XXe. Les préjugés à l’encontre de musulmans sont les mêmes que ceux rencontrés par les juifs au 18ème siècle. « Ils se multiplient trop vite », disait-on à l’époque ! L’antisémitisme et l’islamophobie sont les résultats de ces focalisations. J’irai même plus loin : l’islam des Arabes dérange. Les Noirs musulmans sont nombreux mais on n’en parle pas. Le rapport Obin de juin 2004 (2) ne parle que des Arabes. Tout ça reste très politisé. Quand Nicolas Sarkozy vante « les racines chrétiennes de la France », cela veut dire : « la Turquie musulmane ne peut pas entrer dans la communauté européenne chrétienne ». Sauf que l’Europe a connu des bouleversements démographiques…


Que dissimule ce discours ?


Quand l’économie va mal, la rhétorique cache les vrais problèmes. « Identités nationales », « racines chrétiennes » : le discours est brouillé et rappelle une époque sombre. On sait combien les gens sont sensibles à ce genre de mots, jusqu’où la propagande peut conduire. En même temps, la confusion règne puisqu’on propose d’intégrer la diversité dans le préambule de la Constitution. Résultat : une politique de zigzags qui n’apaise pas les esprits.


Vous dénoncez l’émergence en France des ultra-républicains. Un nouveau groupe d’intégristes ?


Tout radicalisme peut mener loin. Un individu n’appartient pas seulement à une nation, il peut revendiquer des identités multiples. Le républicanisme exacerbé est ridicule. J’ai entendu à la radio une personne se définir comme « très républicaine ». Selon elle, « trop parler diversité devient du racisme » ! C’est un mirage. On pense régler tous les problèmes avec le système Liberté, égalité, fraternité. Plus ces valeurs régressent, plus on entre en religion de la République. D’où l’obsession autour de la laïcité. Quand j’y repense… 1500 filles voilées auraient mis en danger la République ? Celle-ci serait bien fragile dans ce cas ! A l’heure actuelle, en France, les religions riment avec danger social, danger politique… Il faut arrêter ! Elles génèrent toutes de la violence mais aussi de la culture et surtout, ce que nous appelons la civilisation.

 


Par Jean-Marie Bagayoko

 

 

 

 

Source: http://www.respectmag.com/



 

(1) Elles fusionnent différents éléments culturels et religieux.

(2)  Signes et manifestations d’appartenance religieuse à l’école.

Tag(s) : #Politique française

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