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2254773821_1.jpgLe «Djihad», cet aspect combatif se retrouve dans toutes les Traditions, sans exception. C’est le double aspect de la Parole au pouvoir tranchant, créateur et destructeur, et c’est là une signification attribuée à l’épée, glaive de la vérité, arme de lumière qui frappe en plein cœur et qui vainc les ténèbres.


Jésus qui symbolise le combat intérieur a bien dit : «  N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. » (matt, 10, 34-36) et « le royaume de Dieu appartient aux violents » alors que par ailleurs il a dit : « Bienheureux les doux, car ils verront Dieu », ce qui est en total accord avec les enseignements de Muhammad (saws). Deux énoncés qui ne sont contradictoires que pour les sourds. La douceur n’empêche pas l’implacabilité de même que la vérité Miséricordieuse, par essence, rejette l’erreur.


Dans l’Hindouisme, cette fonction combative incombe aux Kshatriya (Bhagavad Gitâ) ; dans le bouddhisme, c’est Avalokiteshvara (Dhammapâda) ; dans le Taoïsme qu’on perçoit comme non-violent par excellence, le combat est loué : « le bon chef de guerre n’est pas belliqueux ; le bon combattant n’est pas impétueux. Celui qui l’emporte le mieux sur l’ennemi est celui qui ne prend jamais l’offensive. Celui qui obtient le meilleur rendement des hommes est celui qui les traite avec humilité. C’est ce que j’appelle la vertu de non-violence, c’est la force de celui qui sait utiliser les hommes. C’est ce que j’appelle s’égaler au Ciel. S’égaler au Ciel était le plus haut idéal des anciens » (1) Dans la tradition mazdéenne, le combat a la justice pour vertu : « le juste vaincra-t-il le méchant ? Qui sont ceux qui donneront la sécurité à l’égard des méchants sanguinaires ? »


La non violence est un combat qui exige toutes les vertus du guerrier. Ghandi, grand résistant, qui incarnait la non-violence a bien déclaré : « Si la capacité pour la défense non violente fait défaut, on ne doit pas hésiter à employer des moyens violents, d’autant que personne n’a jamais pu décrire Dieu en sa plénitude… La non-violence parfaite, tant que nous existons n’est qu’une théorie comme le point d’Euclide ou la ligne droite. »


Le combat fait partie de la vie et la religion n’est rien d’autre que la vie bien vécue en vue de notre retour à Dieu.


De même que Muhammad (saws) a dû affronter un état organisé en armes contre lui (ce qui s’était déjà produit pour Moïse quand il conduisit Israël à affronter les état organisés des rives du Jourdain), dans le même esprit et relativement proche de nous dans le temps, l’un des exemples le plus éclatant de la réalisation humaine de ce combat louable et désintéressé, dénué de toute haine - cette haute figure chevaleresque - est, en Algérie, celui de l’Emir Abd el Kader.


« ..tu n’as point visé quand tu as visé, c’est Dieu qui a visé… » (Coran VIII, 17)

L’Emir Abdel Kader, grand maître spirituel (ayant donc mené le grand combat contre sa nafs -ego-) a été par la même habilité à diriger et à mener le petit combat contre l’occupation qui représentait une brèche préjudiciable dans le mode traditionnel de l’Islam algérien. En effet, l’aboutissement normal d’un combat juste – et uniquement défensif - est l’équilibre et la paix (es-salam) ; il ne peut avoir d’autres visées sous peine de n’être plus Jihad mais harb (guerre).


La personnalité de l’Emir séduisit ses propres adversaires. Le maréchal bugeaud, promoteur et réalisateur de la politique de la terre brûlée afin d’étouffer la lutte du peuple algérien dirigée par l’Emir Abd el-Kader, disait de lui : « C’est un homme de génie… », « C’est un espèce de prophète, l’espérance de tous les musulmans fervents » ; il fit de lui, cette description : « il est pâle et ressemble assez au portrait qu’on a donné de Jésus-Christ ». Un autre, Léon Roches, qui fit semblant d’entrer en Islam pour mieux l’espionner, relate : « admis quelques fois à l’honneur de coucher dans la tente de Abd el-Kader, je l’avais vu en prière et j’avais été frappé de ses élans mystiques, mais cette nuit il me présentait l’image la plus saisissante de la foi ; c’est ainsi que devait prier les grands saints du christianisme ». (2)


Combattre l’occupant n’a pas empêché l’Emir, exilé à Damas par le gouvernement français, de prendre sous sa protection et de sauver du massacre les 14 000 chrétiens de cette ville (lors des émeutes xénophobes de 1860). L’islam, gardien du sacré, en toute justice, se pose en défenseur et protecteur de la foi.


Pour une certaine idée de l’esprit originel du droit musulman en matière de combat, voilà ce que le premier successeur du Prophète (Abu Bakr), selon le modèle prophétique, disait :


« Souvenez-vous que vous êtes sous le regard de Dieu, et à la veille de votre mort que vous rendrez compte au Dernier Jour… Lorsque vous combattez pour la gloire de Dieu, conduisez-vous comme des hommes, sans tourner le dos, mais que le sang des femmes ou celui des enfants et des vieillards ne souille pas votre victoire.


Ne détruisez pas les palmiers, ne brûlez pas les habitations ni les champs de blé, ne coupez jamais les arbres fruitiers et ne tuez le bétail que lorsque vous serez contraints de le manger. Quand vous accordez un traité ayez soin d’en respecter les clauses.


Au fur et à mesure de votre avancée, vous rencontrerez des hommes de religion qui vivent dans des monastères et qui servent Dieu dans la prière ; laissez-les seuls, ne les tuez point et ne détruisez pas leurs monastères. »


De ce que disait Ali, dans sa missive A Ma'kal ibn Kaiss qu'il envoya en syrie a la tête de trois mille hommes : “Crains Dieu que tu finiras par rencontrer inévitablement car tout aboutit finalement à Lui […] Ne les combattez pas tant qu'ils n'ont pas commencé….si leur débâcle, par ordre de Dieu se produit, ne frappez pas au dos, ne blessez pas un combattant désarmé, n'achevez pas un blessé, n'offensez pas les femmes même si elles injurient votre honneur et qu'elles insultent vos chefs… nous les avons protégées quand elles étaient polythéistes....”


Pour ce qui est des prisonniers, n’est-il pas énoncé dans le Coran : « Ils donnaient la nourriture -pour l’amour du Seigneur- au pauvre, à l’orphelin, au captif » (3) ; ils se privaient pour donner. De même que l’effort n’exclut pas la patience, le combat n’exclut ni la mansuétude, ni le pardon.

 

 

 

Source: http://aminour.unblog.fr/

 


 

(1) p. 67 Lao Tseu de Max Kaltenmark, Editions du seuil, Maîtres spirituels.
(2)Voir Abd el-Kader Ecrits spirituels points sagesse, introduction.

(3) Coran LXXVI, 8
Tag(s) : #Islam

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