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Lorsqu’on évoque ou défend la non-violence, plaide-t-on pour cette idée parce qu’on croit qu’historiquement ce fut un moyen plus efficace de libération, ou est-ce uniquement parce qu’on croit que c’est un moyen de lutte plus respectueux de la dignité humaine ?


Dans l’histoire récente, beaucoup de défenseurs de la non-violence ont été glorifiés comme des icônes des temps modernes. De Gandhi à King, on écrit des chansons en leur honneur, leurs biographies emplissent les pages des livres d’histoire de nos enfants en tant que nobles exemples dont chacun doit s’inspirer. Des jours fériés sont instaurés en leur honneur et partout dans le monde, des rues et des boulevards portent leur patronyme.


Pourquoi « l’establishment »en fait-il autant pour élever ces individus ? Où sont les jours fériés commémorant la vie et les sacrifices de Malcolm X, où sont les histoires de Crazy Horse ou de Geronimo ? Est-il possible que ces personnages demeurent dans l’ombre des pacifistes parce que leurs idéaux ont un peu trop remué le statu quo ? Quand l’establishment honore des individus pour leur non-violence, serait-ce peut-être un autre moyen de reconnaître qu’ils ont suscité juste assez d’agitation, mais pas trop ?


Pendant des décennies, la lutte palestinienne pour la liberté a largement été un mouvement non-violent. Avec des poches occasionnelles de résistance armée, les Palestiniens des territoires occupés ont utilisé des méthodes de grèves générales, de manifestations avec le souhait d’exprimer leur exigence et leur désir de vivre enfin libres. Et ce furent pourtant les années où les Palestiniens ont vu la grande majorité de leur patrie engloutie dans ce qui est maintenant l’Etat d’Israël. La terre a été volée sans dédommagement à ses propriétaires, les prisons débordent de prisonniers qui n’ont jamais eu de procès, les maisons sont démolies par centaines, des oliveraies et des vergers entiers sont mis à sac et brûlés. Tout cela a été commis dans le cadre d’une société « sans intifada ». Dès lors, on peut suggérer que les Palestiniens ont donné à la résistance non-violente plus que son dû.


Il semble qu’il y ait chez beaucoup de membres de l’establishment une tendance à honorer ces réfugiés brisés et opprimés qui, malgré plus de soixante ans de servitude, en appellent à la résistance non-violente ou passive. Si l’intention en soi est honorable, il faut s’interroger sur le moment.


Récemment, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a publié un rapport intitulé : « ONU : 70% des jeunes palestiniens sont contre la violence pour résoudre le conflit avec Israël ». Le rapport évoque une enquête menée dans les territoires occupés auprès de 1.200 jeunes en Cisjordanie et à Gaza. Selon cette enquête, près de 70% de jeunes adultes dans les territoires occupés croient que l’usage de la violence n’est « pas utile » pour résoudre le conflit israélo-palestinien. D’après le rapport, seuls 8% des sondés trouvent que la violence est un outil nécessaire, et 80% des jeunes Palestiniens sont déprimés, 55% d’entre eux étant « extrêmement déprimés ».


Ces derniers mois, les Palestiniens ont subi l’un des chocs les plus pénibles depuis les premières années de la loi israélienne. Les récentes effusions de sang dans la Bande de Gaza ont pris la vie à plus de 1.400 d’entre eux, fait des milliers de blessés et privé des millions de tout sens de la sécurité, de la sûreté et de l’espoir d’un monde meilleur. Les groupes pour les droits humains dans le monde entier ont condamné le génocide israélien comme crimes de guerre, des dirigeants mondiaux se sont engagés à déposer plainte auprès de la Cour internationale de Justice et à faire juger des dirigeants israéliens pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La liquidation de Gaza est devenue une tribune centrale dans les élections israéliennes. Des bombes à fragmentation, des bombes au phosphore blanc et dieu sait quels autres types d’armes illégales ont été lâchés sur une population civile affamée et assiégée, où des travailleurs humanitaires s’efforçaient de déterminer quelle arme chimique au juste ne laisse après elle, pour toute preuve, qu’un squelette humain ?


Au milieu du chagrin et de la rage qui ont suivi, la Belgique a trouvé bon de nominer un Gazaoui accablé de chagrin, docteur et père de trois adorables filles, pour le Prix Nobel, en reconnaissance de ses efforts pour promouvoir la paix entre Palestiniens et Israéliens. Le docteur Ezzedine Abou al-Aish, 55 ans, a perdu ses trois enfants d’une manière particulièrement brutale, quand des obus israéliens touchèrent sa maison, écrasant et étouffant tous ses occupants. Le Dr Abou al-Aish était justement en train de parler à la télévision israélienne de la souffrance du peuple de Gaza lorsqu’il fut informé que son appartement avait été touché par un obus avec sa famille à l’intérieur. Il réprima sa détresse assez longtemps pour exprimer son espoir que ses filles seraient les dernières victimes de l’attaque israélienne.


Tout en ne pouvant nier qu’un tel homme mérite le plus grand respect pour son engagement envers la population de Gaza et pour le sacrifice personnel qu’il a enduré, l’ironie veut qu’il soit distingué à un tel moment, après le plus horrible des sièges, après l’horrible meurtre de ses enfants, plus encore, après que le père endeuillé eut répondu par un poignant message de « réconciliation »...


Au milieu de ce gâchis, où est l’appel à Israël pour qu’il adopte la non-violence ? Les médias et la presse mondiale presseraient-ils les Israéliens d’embrasser la non-violence s’ils avaient enduré des atrocités telles que celles qu’on a vues à Gaza ?


Et une fois encore, les intentions de l’establishment sont à mettre en doute. On peut se demander, si Abou al-Aish avait répondu avec la détermination de tant de parents endeuillés, qui juraient de « ne jamais partir », de « reconstruire », de « résister jusqu’à la victoire ou à la mort », serait-il encore reconnu pour ses efforts à défendre la paix entre Palestiniens et Israéliens ?


Et pourquoi le PNUD juge-t-il adéquat de mettre en lumière, à un tel moment, une enquête qui conclut que la plupart des jeunes Palestiniens trouvent la violence « pas utile » ? Et pourquoi le monde loue-t-il un homme qui appelle à la réconciliation, un terme qui suggère quelque part un conflit entre peuples de même niveau de vie, alors que ses filles viennent d’être inhumées ? Certains pourraient suggérer que la résistance non-violente, dans de telles situations, est l’incarnation de la lutte en toute dignité.

 

D’autres pourraient la qualifier de reddition.


Ramzy Baroud, mercredi 22 avril 2009 - 06h:43


 

 

Source: http://www.info-palestine.net

 

Autre article sur le même sujet:

http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=11779&type=analyse&lesujet=Non Violence

Tag(s) : #Réflexions

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