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Les immigrés et leurs enfants en ont marre d’être stigmatisés à longueur de discours et d’être toujours présentés comme un « problème ». Un collectif a décidé d’organiser un jour sans les immigrés en France. Ces derniers sont invités à ne pas consommer ni travailler le 1er mars. L’historienne Peggy Derder lance un appel à la mobilisation.

 

 

-  Comment est né ce collectif et quels sont ses objectifs ?


Le collectif La journée sans immigrés, 24heures sans nous est un collectif de citoyens qui est né à la suite des propos prononcés, en septembre dernier, par Brice Hortefeux lors de la journée des jeunes UMP à Seignosse. Ces propos et la pathétique tentative de justification ont été le scandale de trop… pour nous ! parce que globalement, on ne peut pas dire qu’ils aient suscité une vague de réprobations à la hauteur du mépris et de la stigmatisation qu’ils véhiculaient. Ces propos qui n’ont été que la suite tristement logique de nombreux précédents ont été l’élément déclencheur. Mais plus largement, nous entendons démontrer que l’immigration est véritablement l’inverse d’un « problème », alors qu’elle est toujours présentée sous ce jour négatif. L’immigration est une richesse. Nous entendons donc dénoncer les discours et les représentations visant à stigmatiser ou criminaliser l’immigration et démontrer que celle-ci représente un enrichissement (économique, politique, social, culturel…) pour notre pays par ses apports passés, présents ou futurs. L’apogée de notre action est fixée à la date du 1er mars 2010 dont nous voulons faire une journée historique. Ce jour-là, nous appelons tous les Français et étrangers, qu’ils soient immigrés, descendants d’immigrés ou non, plus généralement citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration à la France, à ne pas travailler et à ne pas consommer !


-  La création de votre collectif coïncide avec le lancement par le ministre de l’Immigration du débat sur l’identité nationale. Quel est votre regard d’historienne sur ce débat ?


Coïncidence fortuite ! Tout d’abord, il convient de reposer les bases du débat qui sont malhonnêtes selon nous ! Celui-ci est posé et monopolisé par le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale. Or, la corrélation entre ces deux termes est toujours aussi insupportable. Il n’existe aucune définition de l’identité nationale qui ne fasse sens. Eric Besson, pas plus que Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale sur ce thème en 2007, ne peuvent en imposer une. Pour pouvoir appréhender « l’identité nationale », la majorité au pouvoir propose donc de la définir par ce qu’elle estime être son contraire : l’immigration, qui est toujours posée comme un problème. Définir ainsi « l’identité nationale » et l’imposer comme une évidence constitue un véritable danger. Il ne s’agit en rien d’un concept ou d’une réalité vécue par les Français. L’immigration est donc instrumentalisée et stigmatisée au service d’un slogan politique. Il est temps de dire que l’identité qu’elle soit individu elle ou collective — et non nationale — est mouvante et plurielle et n’est pas figée, personne ne peut en décréter la définition, n’en déplaise à Frédéric Lefebvre, apôtre de la « défense de notre modèle culturel et de la Douce France chantée par Charles Trenet. Il est temps de repenser avec honnêteté cette question.


-  Comment allez-vous faire pour que le 1er mars soit réellement une journée sans immigrés ?


Nous voulons que cette journée soit un succès à l’image de la journée organisée en 2006 par les migrants d’origine hispanique aux Etats-Unis contre un projet de loi très répressive. Ils ont obtenu gain de cause ! Nous avons choisi la date du 1er mars 2010 car elle verra l’entrée en vigueur de la loi Ceseda (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile). Ce « code des étrangers » officialise une conception utilitariste de l’immigration. L’immigré est avant tout un objet économique dans le sens de « l’immigration choisie » défendue par Nicolas Sarkozy. Nous ne pouvions trouver de meilleur jour pour agir sur « le nerf de la guerre » et démontrer que nous participons à la croissance et la vie économique de ce pays en tant que travailleurs et en tant que consommateurs. Par notre absence, nous voulons démontrer la nécessité de notre présence sur le plan économique comme sur tous les autres.


-  On assiste à une résurgence des nationalismes un peu partout en Europe. La crispation identitaire est-elle une réaction à la crise ou les causes sont-elles plus profondes ?


En France, la question de l’identité nationale est loin d’être nouvelle ou taboue contrairement à ce qu’affirme Nicolas Sarkozy. L’historien, Gérard Noiriel, l’a très bien démontré dans son ouvrage A quoi sert l’identité nationale paru aux éditions Agone en 2007. Elle réapparaît régulièrement dans le discours politique. Aujourd’hui, alors que la crise et les inégalités font des ravages, que la majorité présidentielle traverse une mauvaise passe et que se profilent les élections régionales (en mars 2010), la question resurgit comme par magie, alors qu’elle ne correspond pas à un besoin profond des Français. Le danger, en effet, est que cette question aboutisse à une crispation identitaire. Il faut donc nous en saisir pour souligner que l’identité est évolutive et que l’immigration en est une composante légitime et positive.


 

- Site internet : http://www.lajourneesansimmigres.org/fr/



Par Rémi Yacine

 

 

 

 

 

 

Source: http://www.elwatan.com

Tag(s) : #Politique française

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