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Islam

Samedi 18 juin 2011 6 18 /06 /Juin /2011 02:27

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"La restauration d'une véritable intellectualité*, ne fût-ce que dans une élite restreinte, au moins au début, nous apparaît comme le seul moyen de mettre fin à la confusion mentale qui règne en Occident; ce n'est que par là que peuvent être dissipées tant de vaines illusions qui encombrent l'esprit de nos contemporains, tant de superstitions autrement ridicules et dénuées de fondement que toutes celles dont se moquent à tort et à travers les gens qui veulent passer pour "éclairés"; et ce n'est que par là aussi que l'on pourra trouver un terrain d'entente avec les peuples orientaux. En effet, tout ce que nous avons dit représente fidèlement, non seulement notre propre pensée, qui n'importe guère en elle-même, mais aussi, ce qui est bien plus digne de considération, le jugement que l'Orient porte sur l'Occident, lorsqu'il consent à s'en occuper autrement que pour opposer à son action envahissante cette résistance passive que l'Occident ne peut comprendre, parce qu'elle suppose une puissance intérieure dont il n'a pas l'équivalent, et contre laquelle nulle force brutale ne saurait prévaloir. Cette puissance est au-delà de la vie, elle est supérieure à l'action et à tout ce qui se passe, elle est étrangère au temps et est comme une participation de l'immutabilité suprême, si l'Oriental peut subir patiemment la domination matérielle de l'Occident, c'est parce qu'il sait la relativité des choses transitoires, et c'est parce qu'il porte, au plus profond de son être, la conscience de l'éternité."

 

 

 

René Guénon,

extraits de l'ouvrage Orient et Occident, chap.III "La superstition de la vie"



*Cette notion centrale d'intellectualité signifie Spiritualité Pure.

Par René Guénon - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Dimanche 22 mai 2011 7 22 /05 /Mai /2011 03:41

"César et ce qui appartient à César appartiennent à Dieu."



 

HBOmK1j7_Pxgen_r_267x400.jpg Sur une même page d'un quotidien relatant la prise d'otages dont l'île de Jolo aux Philippines est le théâtre, nous pouvons lire les expressions suivantes: "ravisseurs islamistes", "rebelles musulmans", et "extrémistes d'Abu Sayyaf".

 

Or, ce qui choque, c'est ce terme "islamisme" qui comprend le mot "Islam", et auquel on ajoute savamment un -iste (comme dans "terroristes") censé expliquer bien des choses. Les musulmans qui vivent en Occident ne peuvent s'empêcher de se sentir agressés chaque fois que des groupes armés, agissant de façon inhumaine ou tout simplement pour de l'argent, sont identifiés en fonction de leur appartenance religieuse. Imaginez que lors de son procès, après avoir fait l'étalage de tous ces crimes, on relève et souligne les déficiences de la personnalité du "chrétien Dutroux". Chacun considérerait cette désignation du pédophile comme étant parfaitement déplacée.

 

Non seulement en effet, on ne trouve dans l'Islam aucun enseignement susceptible de légitimer la prise d'otages innocents et le chantage abject de leur vie contre un quelconque rançonnement, mais surtout, la loi islamique prévoit des peines d'une très grande fermeté contre les bandes et les kidnappeurs, les fauteurs de troubles et tous ceux qui menacent l'ordre social...

 

Le mot "islamiste", répété par tous comme une formule incantatoire destinée sinon à conjurer le mal, du moins à désigner "l'ennemi", et qui sert en principe à définir un islam engagé, mû par une idéologie politique dont l'objectif est le pouvoir, ce mot doit être définitivement banni de notre vocabulaire.

 

D'abord parce qu'il n'existe pas d'orientalistes ou d'"islamologues" sérieux qui ne considèrent que l'Islam comprend de façon intrinsèque une dimension politique. Le Coran contient dans ses énoncés des injonctions touchant à tous les domaines de la vie, allant des prescriptions de guerre aux exhortations morales en passant par les règles qui régissent la vie politique et économique de la communauté musulmane. En ce sens, l'Islam est une religion totale et globale, mais non pas totalitaire.

 

Ensuite, parce qu'historiquement, il est impossible de dissocier la vie religieuse et la vie politique en Islam. Le Prophète meurt à Médine en laissant un Livre révélé éloquent, et un culte grandiose. Mais aussi un Etat islamique armé.

 

Le mot "islamiste" n'a donc pas de raison d'être, car tout musulman, pour autant qu'il connaisse et pratique sa religion, sait qu'elle associe le spirituel et le temporel, la foi et la loi, et que César et ce qui appartient à César appartiennent à Dieu.

 

Ainsi, le mot "islamiste", que certains utilisent pour condamner un Islam dur et fermé, dogmatique et radical, violent et intégriste, par opposition à un Islam tolérant et ouvert, "laïcisé", respectueux des droits de l'homme, ne fait qu'entretenir une confusion qui conforte le seul point de vue "ethnocentriste" des Occidentaux. Même si on ne le dit pas ouvertement, l'Islam est perçu par beaucoup comme une religion qui engendre haine et violence. De sorte qu'insensiblement et petit à petit, les esprits s'accoutument à ce glissement qui ne nécessite aucun effort intellectuel et qui finit par paraître si naturel.

 

 

Par Hani Ramadan,

Tribune de Genève, l'invité, 24 mai 2000

Par Hani Ramadan - Publié dans : Islam - Communauté : La Cyber-résistance
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Lundi 11 avril 2011 1 11 /04 /Avr /2011 22:28

extrait de L’intégrité islamique, de Charles-André Gilis (Abd ar-Razzaq Yahya)

 

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L’affinité profonde de l’intégration et de l’intégrisme – deux noms jumeaux pour deux politiques jumelles – se marque dans leur acceptation commune de la division du monde en nations et en Etats. D’un côté, les musulmans au pouvoir se préoccupent d’avantage de l’intégrité des frontières que de celle de l’islâm ; de l’autre, les partisans de l’intégration considèrent comme un fait accompli le morcellement de la communauté islamique puisqu’ils acceptent les conditions et les statuts définis pour eux par chaque Etat. Dans l’attente de jours meilleurs, la préoccupation essentielle nous paraît devoir être de perpétuer les rites de l’islâm et du tasawwuf de la façon la plus complète et la plus traditionnelle possibles, et de s’efforcer d’échapper aux contraintes imposées par les puissants. S’agissant de l’islâm en général, l’intégrisme peut apparaître comme la meilleure alternative, en dépit des objections que nous avons formulées, mais il n’en va pas nécessairement ainsi pour la pratique du tasawwuf, souvent plus menacée par les musulmans au pouvoir que dans les Etats « laïques » ou « neutres » en matière de religion. Quant aux musulmans qui vivent dans les pays occidentaux, ils doivent nécessairement accepter des compromis. Le Prophète lui-même n’a-t-il pas dit qu’un temps viendrait où nul ne pourrait échapper à la « poussière de la riba », c’est-à-dire du prêt à intérêt, de manière au moins indirecte ? L’essentiel, pour les croyants, est qu’il n’y ait pas d’«intégration des coeurs » [1] et que ces compromis soient acceptés dans un esprit de patience et de sagesse, car il n’y a « ni puissance, ni force, si ce n’est par Allâh, l’Elevé, l’Immense. »

 

 

 


 

[1] La notion d’intégration contient l’idée fausse que l’islâm est une religion étrangère. Seul Ordre révélé destiné à l’ensemble des hommes, l’islâm est chez lui partout. Affirmer le contraire revient à considérer les musulmans d’origines occidentale comme étant des étrangers dans leur propre pays. C’est plutôt l’essence de la religion traditionnelle qui a cessé d’avoir droit de citer en Occident. Ce que les Occidentaux veulent à tout prix « intégrer », c’est-à-dire domestiquer, ce n’est pas l’islâm, c’est la religion.

Par Abd ar-Razzaq Yahya - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 05:21

" L'homme, en raison de sa véritable nature, ne peut pas ne pas adorer; et si sa perspective est coupée du plan spirituel, il trouvera ainsi un "dieu" à adorer à un niveau inférieur, dotant ainsi quelque chose de relatif de ce qui seul appartient à l'Absolu. D'où l'existence aujourd'hui de tant de "mots tout-puissants" comme "liberté", "égalité", "instruction", "science", "civilisation", mots qu'il suffit de prononcer pour qu'une multitude d'âmes se prosterne en une adoration infra-rationnelle"

Martin Lings

 


 

26585_331649329546_651159546_3480693_381125_n.jpg Il y a des mots qui poussent le bras de l’homme aux actions les plus sublimes, d’autres qui endorment, annihilent l’énergie, entraînent l’être humain dans les sentiers où la logique n’éclaire plus.


Un proverbe chinois dit : « Montre-moi l’homme formé par une doctrine, je te dirai ensuite ce qu’elle vaut ! »

Ce Céleste, dans la sagesse de sa vieille culture, a raison. Si les hommes essayaient de vivre les principes, ils jugeraient plus sainement et discerneraient ceux qui sont pratiquement applicables à la nature humaine. Au lieu de se laisser griser par les mots, ils emploieraient la faculté de s’exprimer en vue d’inspirer des actes utiles à notre progrès culturel et moral.

« Aimez-vous les uns les autres. Pardonnez à vos ennemis ! ». Ces mots semblent ouvrir la porte à un monde de paix et de douceur ! Etudiez l’histoire des peuples qui adoptèrent cette foi ! Pauvre Jésus ! que de sang n’a-t-on pas fait couler au nom de cet amour pour lequel tu te sacrifias ! Car vois-tu, on n’a conservé que les mots, on ne les a pas transformés en actes. L’homme a besoin de lois et de disciplines basées sur l’immuable nature. Ensuite la poésie du verbe en fait un surhomme.

L’Eglise voulait dominer. Elle fit comme les gouvernements. Elle grisa les hommes avec des mots. Elle les soumit mais ne les éleva pas. Il en est de même dans la vie laïque. Les hommes souffrent d’un régime, on les grise avec des mots. Ils suffisent à faire les révolutions.

Liberté, Fraternité, Egalité ! Quelle trinité attirante ! cependant en y réfléchissant, on ne peut accorder ces trois mots ensemble. Car, si tu es vraiment libre, tu ne peux être fraternel. Il faut toujours abandonner de sa liberté pour respecter celle de son frère. Toute vie en commun, toute fraternité véritable est un sacrifice naturel à la liberté individuelle. Et quant à l’égalité, on retombe dans le même dilemme. En niant la supériorité de son frère, on porte atteinte à sa liberté et à celle des autres qui peuvent profiter de son talent. On déséquilibre les lois de la nature. Chez elle, il n’y a pas d’égalité. C’est pourquoi les hommes n’ont pu la réaliser, sauf dans le domaine des mots !

Montrez-moi un coin de la terre où l’on pratique légalement, effectivement, généralement, l’amour du prochain, poussé jusqu’au pardon des injures. Je me sentirais alors peut-être émue ! Dévoilez-moi un pays où l’on est libre, fraternel et égaux, je deviendrais démocrate ! Menez-moi dans une contrée où le prolétariat défend vraiment, lui-même, ses droits et ses intérêts. Dans l’amour des humbles, je l’adopterais.

Jusqu’à preuve du contraire, je reste convaincue que la formule de l’Islam de la grande époque est la meilleure. Rois ou chefs responsables sont nés de la loi naturelle qui donne à chaque groupe humain ou animal celui qui, par sa capacité et sa force, la conduit en la protégeant.

La liberté véritable s’obtient par la connaissance de soi-même. Ce principe est applicable aussi bien à l’individu qu’au peuple. Avant d’essayer de libérer les autres, il faut savoir se libérer soi-même. Il faut apprendre autant à s’estimer qu’à se critiquer. Nous ferions mieux d’employer le temps que nous passons à béer d’admiration devant ce qui nous est étranger, à saisir les causes de notre grandeur et celles de notre décadence. Cherchons la solution à cette dernière, en nous, et jamais au dehors.

De la rivalité des peuples, naît aussi leur puissance. Mais de l’imitation, on ne peut obtenir que l’amoindrissement de celui qui imite. Il perd ses qualités propres en abandonnant sa personnalité et il ne gagne jamais celles de son modèle. Une copie ne peut égaler l’original.

Il y a un monde entre la civilisation matérielle mécanique et la culture. Quand on emprunte la première, il n’y a pas d’imitation. On se sert d’un objet plus ou moins utile, il n’a aucune prise sur votre âme.

Au Moyen âge, nous possédions la culture et la civilisation. L’Occident en nous combattant profita de notre savoir. Aujourd’hui, reprenons avec les intérêts, ce que nous donnâmes jadis. Mais demeurons jaloux de notre culture et de notre langue.

L’ère de la colonisation comme on la comprenait il y a quelques années est passée. Mais les conquérants comptent sur leur culture pour rester nos « protecteurs ». Laissons-leur l’illusion de l’infiltration intellectuelle, et répondons par la floraison de notre culture retrouvée et par son extension. Notre philosophie, notre doctrine, sont trop fortes et trop logiques pour craindre la comparaison. Dans le domaine culturel, malgré notre long sommeil, l’Occident nous craint plus que nous n’avons à le craindre. Lisez les livres sur nous. Les auteurs se donnent beaucoup de mal pour prouver la fausseté ou le danger des principes islamiques. Leur zèle est la preuve flagrante de notre puissance engourdie. Deux chemins s’ouvrent à nous. Ou déserter notre idéal en adoptant des principes qui ne sont pas nôtres, ou nous réveiller à la vie moderne en respectant la tradition. Avec la première formule, nous deviendrons supportables, avec la seconde nous retrouverons la grandeur qui ne nous aurait jamais quittés si nous avions suivi fidèlement le chemin que les premiers Khalifes nous avaient frayé.

Article paru le 27 janvier 1949 dans la revue « Légendes ».

 

 

Saïda Savitri,

intellectuelle musulmane d’origine indienne.

Par Saïda Savitri - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Mardi 1 février 2011 2 01 /02 /Fév /2011 22:28

Bismillah.


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Quelques temps avant sa mort en 1998, l'Imam Muhammad Mitwallî ash-Sha'râwî - rahimahu-Llâh - avait fait un discours dans lequel il a pu rappeler au Président Mubarak que le pouvoir temporel est aux mains d'Allâh (al-mulk bi-yadî-Llâh),même lorsque celui-ci est entre les mains d'un mécréant.

 

 

 

Traduction:

 

Me voilà, Monsieur le Président (Siyâdat ar-raîs), debout au seuil de mon existence terrestre pour accepter la volonté d’Allâh. Je ne terminerai pas ma vie dans l’hypocrisie, ni dans la traîtrise. 
 
Je veux dire une bonne parole à l’ensemble de la Oumma, gouvernement et parti, opposition, hommes et peuple (se tournant vers le Président Moubarak) que je suis au regret de qualifier de passif (salbî). 
 
Je voudrais qu’ils sachent que la Royauté est dans les mains d’Allâh (al-mulk bi-yadî-Llâh), Il la donne à qui Il veut (yu’tîhi man yashâ’) alors ne complotez pas pour le prendre et ne rusez pas pour y arriver. 
 
Lorsque al-Haqq (La Vérité) – Exalté soit-Il – décida qu’Ibrahim (le Prophète Abraham) entretienne le roi Nemrod, que lui a-t-Il dit, "à celui qui, parce qu'Allah l'avait fait roi, argumenta contre Abraham au sujet de son Seigneur", alors qu'il était un mécréant (kâfir)?*
 
Il (Allâh) donne la Royauté à qui Il veut, ne complotez-donc pas pour l’obtenir. Et ne rusez pas pour l’obtenir, parce que personne ne commandera selon la royauté d’Allah que par la volonté divine (lan yahkuma ahadan bi-mulki-Llâh illâ bi-murâdi-Llâh). 
 
S’il est juste (‘âdilan), alors il fera du bien avec sa justice; et s’il est injuste (dhâliman), alors il répandra cette injustice dans les âmes de tous les gens et ils détesteront tout injuste même s’il n’est pas le commandeur (hâkim) (…) 
 
Allah veut maintenir Sa « subsistance par Lui-même » sur Sa création (Allâhu yurîdu an yuthbitha qayyûmiyatahu ‘alâ khalqih). Je conseille donc à tous ceux qui veulent devenir des dirigeants, de ne pas demander le pouvoir (lâ tatlubah), mais d’être demandés (tutlaba lah) (pour assumer le commandement). L’Envoyé d’Allah avait dit en effet : man tuliba ilâ shay’in u’îna ‘alayhi wa man talaba shay’an wukila ilayh (celui qui est demandé pour quelque chose est nommé pour l’assumer, celui qui demande une chose est mandaté sur cette chose) (vous remarquez qu’il dit wukila ilyah en se tournant vers le Président). 
 

Monsieur le Président (Siyâdat ar-raîs), la dernière chose que j’aimerais vous dire et c’est peut-être ma dernière rencontre avec vous (Sha’arawi prend l’épaule droite du Président  avec la main gauche), si vous êtes notre destin (qadaranâ), que Dieu vous fasse réussir, et si nous sommes votre destin, que Dieu vous aide pour supporter (Son châtiment). 

 

 

 

*" an âtâhu-Llâhu-l-mulk (parce qu’Allah l’avait fait roi) (allusion à Cor.2.258 : alam tarâ ilâ lladhî hâjja ibrâhîma fî rabbihi an âtâhu-Llâhu-l-mulk - N’as-tu pas su [l’histoire de] celui qui, parce qu’Allah l’avait fait roi, argumenta contre Abraham au sujet de son Seigneur ?).

Par Réveil des Consciences - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Lundi 10 janvier 2011 1 10 /01 /Jan /2011 01:42

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A elles deux, les communautés musulmanes et chrétiennes représentent plus de 50% de la population mondiale. Si elles s’entendaient, nous serions à mi-chemin de la paix dans le monde. D’ailleurs, nous pouvons contribuer à plus d’harmonie entre musulmans et chrétiens en faisant un simple geste : toujours évoquer des récits positifs et s’abstenir de diaboliser l’autre.


Pour ma part, je voudrais rappeler aux musulmans et aux chrétiens une promesse que le prophète Muhammad avait faite à ces derniers. Prendre connaissance de cette promesse peut avoir un énorme impact sur la conduite des musulmans à l’égard des chrétiens. Les musulmans respectent généralement les précédents établis par leur prophète et s’efforcent de les mettre en pratique dans la vie de tous les jours.


En 628, une délégation de moines du monastère Sainte-Catherine se rendit auprès du prophète pour lui demander sa protection. Celui-ci leur octroya une charte leur garantissant des droits, que je vais reprendre ci-dessous dans son intégralité. Sainte-Catherine, le monastère le plus ancien au monde, est situé au pied du Mont Sinaï en Egypte. Doté d’une immense collection de manuscrits chrétiens, la plus grande après celle du Vatican, ce site figure sur la liste du Patrimoine mondial. Ses moines sont fiers d’y abriter également la plus ancienne collection d’icônes. Sainte-Catherine renferme les trésors de l’histoire chrétienne, ils y sont en sûreté depuis 1400 ans, grâce à la protection des musulmans.


La Promesse à Ste Catherine :


« Ceci est un message de Muhammed ibn Abdoullah, constituant une alliance avec ceux dont la religion est le christianisme ; que nous soyons proches ou éloignés, nous sommes avec eux. Moi-même, les auxiliaires [de Médine] et mes fidèles, nous nous portons à leur défense, car les chrétiens sont mes citoyens. Et par Dieu, je résisterai contre quoi que ce soit qui les contrarie. Nulle contrainte sur eux, à aucun moment. Leurs juges ne seront point démis de leurs fonctions ni leurs moines expulsés de leurs monastères. Nul ne doit jamais détruire un édifice religieux leur appartenant ni l’endommager ni en voler quoi que ce soit pour ensuite l’apporter chez les musulmans. Quiconque en vole quoi que ce soit viole l’alliance de Dieu et désobéit à Son prophète. En vérité, les chrétiens sont mes alliés et sont assurés de mon soutien contre tout ce qui les indispose. Nul ne doit les forcer à voyager ou à se battre contre leur gré. Les musulmans doivent se battre pour eux si besoin est. Si une femme chrétienne est mariée à un musulman, ce mariage ne doit pas avoir lieu sans son approbation. Une fois mariée, nul ne doit l’empêcher d’aller prier à l’église. Leurs églises sont sous la protection des musulmans. Nul ne doit les empêcher de les réparer ou de les rénover, et le caractère sacré de leur alliance ne doit être violé en aucun cas. Nul musulman ne doit violer cette alliance jusqu’au Jour du Jugement Dernier (fin du monde). »


La première et la dernière phrase de cette charte sont très importantes. Elles font revêtir à la promesse une dimension éternelle et universelle. Muhammad précise que les musulmans sont avec les chrétiens, proches ou éloignés, rendant ainsi impossible toute tentative de limiter la promesse au monastère Sainte-Catherine. Par ailleurs, en ordonnant aux musulmans d’obéir à cette charte jusqu’au jour du jugement dernier, il sape toute tentative future de révoquer ces droits. De plus, ceux-ci sont inaliénables.


Muhammad déclara tous les chrétiens comme étant ses alliés et tout mauvais traitement à leur égard comme étant une violation de l’alliance avec Dieu.


Un des aspects remarquables de cette charte est qu’elle n’impose aucune condition aux chrétiens en échange de ces droits. Le fait d’être chrétien suffit. On n’exige pas d’eux qu’ils modifient leurs croyances, qu’ils paient une contrepartie ou qu’ils se soumettent à quelconque obligation. Cette charte est une déclaration des droits, sans obligations.


Il ne s’agit bien évidemment pas d’une charte des droits de l’homme au sens moderne, pourtant, bien qu’elle fût écrite en 628, les droits à la propriété, à la liberté de religion, au travail et à la sécurité de la personne y sont bien défendus.


Je sais que la plupart des lecteurs se diront : « Mais où voulez-vous en venir ? »


La réponse est simple : ceux qui cherchent à semer la discorde entre musulmans et chrétiens insistent toujours sur les questions qui divisent et parlent surtout de ce qui fâche. En revanche, ceux qui veulent favoriser l’établissement de liens évoquent et mettent en valeur des histoires comme celle de la promesse de Muhammad aux chrétiens.


Ainsi, on peut parvenir à inciter les musulmans à dépasser le problème de l’intolérance entre communautés et susciter de la bonne volonté chez les chrétiens, qui, au fond, craignent sans doute un peu l’islam ou certains musulmans.


Lorsque je parcours les documents islamiques, j’y trouve des exemples sans précédent de tolérance religieuse, qui vont dans le sens de l’inclusion de l’autre. Cela m’encourage à vouloir être une meilleure personne. Je pense que la capacité de rechercher le bien et de faire le bien est inhérente à tout être humain. Lorsque nous réfrénons cette prédisposition naturelle à faire le bien, nous renions en réalité notre humanité fondamentale.


Suite aux fêtes de fin d’année, j’espère pour nous tous que nous pourrons trouver le temps de chercher une histoire positive qui nous fera apprécier les valeurs, la culture et le passé d’autres peuples.


 

par Muqtadar Khan

 


 

Source: http://regardsdefemmesmusulmanes.blog.tdg.ch/archive/2010/05/20/la-promesse-du-prophete-muhammad-aux-chretiens.html

Par Muqtadar Khan - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Mardi 7 décembre 2010 2 07 /12 /Déc /2010 05:59

"L’Hégire comme destin et la Futuwwa comme chemin"

« L’envoyé de Dieu a dit : « Marchez ! Les esseulés arriveront les premiers ! »
On lui demanda : « O envoyé de Dieu ! qu’est-ce que les esseulés ? »
Il répondit : « Ce sont les « frémisseurs », qui frémissent à la pensée de Dieu ; la pensée de Dieu enlèvera leurs fardeaux, de sorte qu’ils viendront légers au Jour de la Résurrection. »
Hadith prophétique


« La futuwwa est l’émigration vers Dieu de tout son cœur et de tout son être, ainsi que nous le rapporte Dieu Lui-même - exalté soit-Il ! - Lot, donc, crut en Lui, et dit : « Oui, j’émigre vers mon seigneur ; c’est lui le Puissant, le Sage » (XXIX/26) »
Sulami


« Nous allons, tout un chacun, par les routes, par les chemins,
Pérégrinant au gré du vent, Dame Fortune nous guidant.
A son rythme va chacun, par les routes, par les chemins,
Au hasard des paysages en questionnant chaque image »
Chanson contemporaine de l’Ensemble médiéval Les Derniers trouvères



voyage dans le désert

 

L’Hégire (hijra) n’est pas uniquement un événement de l’histoire de la première communauté (oumma) musulmane. 


Elle n’est pas seulement un épisode de la vie du Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui), un élément de sa biographie ; et il est triste de constater que souvent l’Hégire n’est compris que sous l’angle d’une historiographie qui prétend circonscrire et expliquer par des « faits objectifs » l’impulsion originelle de l’Islam. 


Ce que nous proposons ici, ne relève pas d’une explication de texte, mais veut être plutôt une sorte de méditation poétique d’un fait à la fois objectif et subjectif, historique et transcendantal, existentiel et essentiel.


Si nous prenons au sérieux les historiens de l’Islam, l’Hégire renvoie à la traversée du désert entre la Mecque et Yathrib (qui allait devenir al-Médina, la Ville !), dans la péninsule arabique, par le Prophète Mohammed (que la paix soit sur lui). 


On ne s’intéressera pas ici au contexte socio-politique de cet événement (la persécution par les marchands mecquois), mais à ceci : l’Hégire résonne dans notre propre conscience comme la métaphore vive de la nature profondément passagère de notre existence. 


L’Ame arabo-Musulmane, en se donnant comme destin le retour au Principe originel, à l’Un, se fait âme cheminante, âme pèlerinante. Notre intuition et que cette Ame est fidèle à son destin dans la mesure où elle se fait hégirienne.


Pèlerinage de l’Ame


Le voyage de l’Ame (qui devrait être celui de la Conscience de toute notre oumma et, au-delà, de toute communauté humaine) se déroule dans quatre directions : un espace et un temps objectifs, d’une part, et un espace et un temps subtils (au sens d’intérieur), d’autre part. L’Hégire désigne un mouvement dans un espace concret et, simultanément, un mouvement dans le temps concret. Est-ce un hasard, ou au contraire le signe d’une « Claire-conscience », d’une « Claire-voyance » de la oumma, si cet événement fût pris comme point de départ, espace d’envol, de la temporalité islamique : le calendrier musulman commence en 622 de l’ère chrétienne ! Mais, l’espace et le temps ne se réduisent pas à ces dimensions objectivables. 


L’espace-temps de la Création (khalq) est un cosmos vivant, véritable biodiversité d’images archétypales, de théophanies qui subtilement disent une profondeur et une légèreté, une altitude et amplitude. Ces images archétypales sont des signes qu’il nous faut lire. Nous sommes appelés, comme hégiriens, comme cheminants , comme pèlerins, à faire de nos vies des explorations de cet univers qualitatif qui, malheureusement, est souvent réduit à une collection de choses inanimées, séparées, fixes, désenchantées. La langue arabe dit merveilleusement, comme une Mère veilleuse, cette subtilité, cette profondeur qualitative de l’univers : ce que nous pourrions prendre, si notre conscience cessait d’être en quête, pour des choses qui sont en réalité des signes, des ayât. Or, ce terme désigne également les versets qui composent la parole divine telle qu’elle se révèle à travers le Coran. L’univers, comme espace-temps objectif et comme espace-temps transfiguré et signifiant, est un Coran cosmique.


Notre pèlerinage, dans nos existences, est une odyssée faite de lectures, d’interprétations, de psalmodies. L’humanité que nous habitons est une humanité littéraire et, dans la perception arabo-musulmane, une humanité poétique. Même si ce mot est du romantique allemand Holderlin, un Arabe et un Musulman se reconnaîtront pleinement dans cette vérité : il faut habiter le monde en poète  ! 


Là encore, la langue arabe dit une autre merveille : l’habitat, la maison, la demeure est dite bayt. Et ce mot désigne également le vers du poème.... Le pèlerin est un meddah, un maître du Conte. Mais, nous nous tromperions, si nous comprenions cette maison, ce bayt, comme lieu fixe. L’image qui nous vient à l’esprit est celle de la caravane. Le caravanier chaque nuit pose sa demeure dans un lieu différent et pourtant, à chaque fois, il y a au sein de la tente la même structure, le même ordre.

 

Si l’ordre n’était pas dynamique, il serait rigidité. Et si le cheminement n’était pas ordonné, si le pèlerinage de l’âme n’était pas polarisé par cette quête de l’Un, il serait éparpillement, dispersement.


Au contraire, la philosophie islamique hégirienne nous propose une voie de réalisation spirituelle qui est une véritable écologie, extérieure et intérieure, une écologie des mondes aux alentours et des mondes dont les lieux sont situés dans notre propre profondeur. Et toujours, l’esprit qui guide à cette transhumance spirituelle est d’exploration et non de conquête. C’est d’ailleurs en explorant les mondes en vue de l’Un que nous pouvons maîtriser les énergies de la terre. Le contre-esprit de conquête, lui, tuera ces énergies.

 

C’est d’ailleurs une discipline de la chevalerie spirituelle musulmane, la futuwwa, que de maîtriser les énergies du cimeterre et de la lance. La futuwwa se veut pratique du jihâd majeur, autrement dit d’un effort chevaleresque visant à stabiliser, d’une façon dynamique, notre âme.


De la filière de la futuwwa


Parmi toutes les institutions de la civilisation arabo-musulmane, celle de la futuwwa nous parle au cœur d’une façon toute particulière. Méconnue par la plupart des Arabes et Musulmans d’aujourd’hui, la futuwwa a pourtant, durant plus d’un millénaire, illuminée notre Moyen Age qui fut tout, sauf un âge moyen ! Ce terme renvoie à une racine de la langue arabe qui désigne la jeunesse : le fata est le jeune homme par excellence et cela bien avant la naissance de l’islam historique. Le Coran utilise le terme à propos d’Abraham, appelé également khalil Allah, l’Ami de Dieu.... (XXI/60). 


La futuwwa est le nom des grands mouvements de la jeunesse arabe et musulmane, notamment dans les grandes cités du Machreq, du Maghreb, de Perse, etc. Mais cette juvénilité est toute singulière car transcendantale, les qualités de cette jeunesse étant celles d’une chevalerie célestielle. La futuwwa est ainsi traduite par chevalerie.... L’idéal chevaleresque en islam n’est pas une pratique mortifère ou sombre. Le fata-chevalier  est un chevalier joyeux, car ses cheminements, ses pérégrinations, qui sont son existence même, le mènent à chaque fois à des aspects différenciés de l’unique Réalité, al-Haqiqa. 


Le spirituel Abû abd al-Rahmân ibn al-Husayn al-Sulami, qui vivait au Xème siècle, est l’auteur d’un traité mystique sur la futuwwa. On peut y lire ceci :


« La Futuwwah c’est avoir un sens de la convivialité et de savoir goûter à des relations joyeuses et amicales. Il nous a été rapporté d’après Husayn Ibn Zayd que celui-ci demanda à Ja’far Ibn Muhammed :

-  Puis-je donner une vie pour toi ! le Prophète avait-il l’habitude de plaisanter amicalement avec les autres ?

Il répondit :

-  Dieu l’a pourvu d’un caractère d’une extrême noblesse dans la façon même qu’il avait de plaisanter amicalement avec les autres. Dieu a envoyé Ses Prophètes et il y avait en chacun d’eux une certaine contrition. Puis il a envoyé Muhammad dont l’état était celui de la compassion et de la miséricorde. Un signe de compassion pour ceux de sa communauté consistait précisément dans le fait qu’il leur parlait d’une manière aimable et plaisante. » (Futuwwah. Traité de chevalerie soufie, Paris, éd. Albin Michel, 1989, traduit par Faouzi Skali, p. 58)


Il y a une relation d’intimité entre jeunesse, chevalerie, joie, noblesse de l’âme et les spirituels de l’islam citent souvent ce dit prophétique (hadith)  : 
« J’ai été envoyé pour parfaire la noblesse du comportement ». 


Et parmi les qualités les plus importantes que la fata-chevalier doit pratiquer, est la générosité. Si la vie est un passage qui va de l’Origine vers le Vivant par excellence, alors le cheminement ne peut être que gratuit, sans compte, sans marchandage. Le don est ici lien social, fondement de l’amitié, élan vers la transcendance. Il faudrait lire, sur cette question, et sur la futuwwa en général, le très beau livre de Laila Khalifa, Ibn Arabi. L’initiation à la futuwwa (Paris-Beyrouth, éd. Albouraq, 2001).


La filière de la futuwwa fut incontestablement une filière de justice sociale : le don et la générosité se pratiquaient entre les frères, les amis de cette chevalerie, mais également dans l’espace public. C’est ainsi que la futuwwa renvoie également à l’institution des corporations de Métier, des guildes, dit autrement dit du compagnonnage et selon certains historiens, il est probable que nous avons là, l’une des sources du compagnonnage médiéval européen. 


Il existait des futuwwa d’artisans, d’arbalétriers, des archers, des courriers, de bâtisseurs de mosquées. Jeunesse, chevalerie célestielle, compagnonnage, la futuwwa est un trésor de la civilisation arabo-musulmane et, dans la mesure, où la quête spirituelle qu’elle dynamise, qu’elle fertilise, est intimement liée à notre humanité, elle est éternelle et donc susceptible d’être encore vécue aujourd’hui. 


En fait, notre idée est plus radicale encore : la futuwwa ne doit pas être considérée comme une possibilité héritée d’un passé, certes glorieux, mais comme un impératif, une exigence, à la fois pour des raisons sociales et historiques et pour des raisons liées à la fitra de l’ »humain, sa nature première.


Futuwwa et réenchantement du Monde


 Nous disions en commençant ce texte que les pérégrinations auxquelles nous sommes conviées se déployaient dans toutes les directions de notre univers. L’Hégire est un processus holistique, global, multidimensionnel. Nous l’avons vu avec la futuwwa  : l’idéal chevaleresque se vit entre transcendance et immanence, verticalité et engagement social, mystique et politique.


Aujourd’hui, lorsque nous regardons, même d’une façon distraite, le présent de notre monde arabe et musulman, nous ne pouvons échapper à un doute et certains, même, sombrent dans une sorte de désespérance qui se nourrit d’une actualité de crise, de conflits, d’occupation, de mal-développement social et économique, de dépendance à l’égard du monde occidental, de fondamentalisme étroit : la Palestine et l’Iraq sont les visages de cette tragédie arabe et musulmane d’aujourd’hui. De nombreux poètes arabes ont même associé la nakba, la Catastrophe de 1948 qui a vu la disparition de la Palestine, à la chute de la Grenade arabo-andalouse en 1492 !


La futuwwa peut être un recours à la désespérance en ce sens qu’elle réconcilie, face à l’islam occidentalisé, libéral et exogène d’un côté et le fondamentalisme étroit et bigot de l’autre, les univers de la vie intérieure et de la vie dans la cité, les quêtes spirituelles, intérieures, subjectives et les quêtes de justice sociale et de dignité. La futuwwa, comme jeunesse, chevalerie célestielle et compagnonnage, articule d’une certaine manière trois principes : un principe de responsabilité, un principe d’espérance et un principe de plaisir. Dit autrement, si la résistance à la désespérance ne se fait pas réenchantement du monde, c’est paradoxalement le contre-esprit mortifère de cette désespérance qui triomphe. 


La posture victimaire n’est pas chevaleresque et si un verset du Coran rappelle la posture du fata-chevalier, c’est bien cet impératif : 
«  Je vous exhorte seulement à une seule chose : Dressez-vous dresser vers Dieu... » (XXXIV/46).


 La futuwwa à laquelle nous appelons doit être comprise à la fois dans la fidélité à la tradition médiévale - qui n’a pas dit son dernier mot malgré des siècles de décadence et une fascination contemporaine pour ce que le sociologue allemand Max Weber a nommé la « modernité capitaliste » - et dans l’imagination active de notre conscience. Il ne s’agit nullement d’un retour au passé, mais d’un retour au Principe, en opérant un détour par le legs médiéval, ses richesses et ses valeurs. Une futuwwa actuelle qui assumerait le meilleur du patrimoine arabo-musulman, du théologique au mystique, du légendaire au philosophique, du scientifique à l’artistique, de la grammaire sacrée au poétique, de l’érotique au juridique, etc., serait une futuwwa du IIIème Millénaire.

Une futuwwa pour la jeunesse musulmane d’Europe ? !


Métaphysiquement, notre jeunesse musulmane d’Europe se trouve dans une situation qui rappelle les Jeunes de la Caverne évoqués par le Coran (XV III/10,13). Est-il étonnant que ces jeunes soient désignés par le pluriel de fata : fityan  ! Ces jeunes, qui sont endormis dans la Caverne en attendant la sortie d’un sommeil qui dure depuis des lustres, sont des chevaliers du Ciel.


La futuwwa, comme mouvement d’éveil vers la transcendance, éveil qui nous fait traverser le cosmos vivant dans lequel nous sommes, correspond à cette sortie du sommeil. Dans cette optique, l’entrée dans la filière spirituelle/sociale de la futuwwa est un processus de conscientisation. Prendre conscience, s’éveiller, c’est se dresser vers Dieu ! Mais cette attitude aristocratique (au sens noble du terme), car récusant la posture victimaire dont nous parlions précédemment, est exigence et effort. L’entrée dans la futuwwa, en vue de la réalisation spirituelle, de la justice sociale, de l’anoblissement des qualités de l’âme, entrée dans l’Hégire...


Entrer dans la futuwwa c’est donc faire la hijra, l’expatriement vers l’Un, non pas de soi à Dieu, mais soi à Dieu par le Monde. La futuwwa n’est pas une voie a-sociale, ni une fuite de la réalité. Bien au contraire, elle est la plus haute conscience de cette réalité et la plus haute possibilité de la vivre dans ce qu’elle nous offre de créativité, de liberté, de joie, et de la dépasser dans ses injustices et ses adhérences inessentielles. Ecoutons encore Sulami :


« La Futuwwah consiste à prendre conscience de la valeur de la situation où l’on se trouve à chaque moment. On nous a rapporté que Junayd a dit : « Les meilleurs œuvres consistent à agir selon les convenances de la situation où l’on se trouve ; que l’on ait en vue ses propres limites, les exigences de l’instant où l’on se trouve et la pleine conformité à son Seigneur.


Muhammed Ibn’Ali al Tirmidhi a dit : « Il n’est personne qui ait su agir selon les convenances de la situation où il se trouve à chaque instant et dans tous les états, que al Mustafa disant en ce monde : « Je T’ai soumis mon âme, je T’ai remis tout ce qui me concerne entre tes mains et je me suis abandonné à Toi. » Et il a dit aussi : « Je m’en remets à Toi de Toi-même »


Et lorsqu’il se trouve dans la présence divine, Dieu - exalté soit-Il ! - a rapporté à son propos ce verset où il fait son éloge et qui fut pour lui la meilleure des parures : « Tu es vraiment d’une grande noblesse de caractère » (LXVIII/4) » (idem, p. 108)


La futuwwa est donc conscience vive de l’instant, afin d’en actualiser ses potentialités créatrices. Cette actualisation n’est possible que si nous entrons dans la Présence divine. Or, celle-ci n’est pas autre chose que le Monde dans sa profondeur qualitative. Lorsque nous contemplons le Monde dans ses images archétypales, ses beautés, nous contemplons l’Un qui se donne à nous à travers ses Noms et Attributs qui irradient l’Univers, qui font qu’il est cosmos et non chaos. 


Nous parlions d’une écologie spirituelle à propos de l’élan hégirien et c’est justement à travers elle, grâce à elle, que la Présence divine se manifeste. Notre jeunesse musulmane est appelée à cette écologie spirituelle. C’est l’un des signes de la futuwwa du IIIème  Millénaire.
La futuwwa d’aujourd’hui prendra son essor selon des formes inédites, et dans des contextes improbables. Nous ne croyons pas que la vie associative actuelle de notre communauté musulmane soit de nature à générer une telle dynamique chevaleresque. Ses mouvements de jeunesse ne sont encore que des mouvements de résistance et insuffisamment des espaces de réenchantement du monde et de liberté créatrice.  


Certes, la résistance est d’une importance cruciale en cette période et les coups que cette communauté reçoit, par exemple en France, de la part d’une société post-coloniale qui prolonge la logique coloniale d’antan, méritent une réponse ferme et non un repli ou une fuite ou, pire, un renoncement.
Le fata-chevalier assume ses responsabilités : maintenir et déployer dans la oumma et dans la vie en général les qualités chevaleresques dont il est dépositaire. Mais il est des résistances, légitimes, qui peuvent conduire à des impasses quand elles apparaissent comme résistances victimaires.


Avant d’être des victimes du racisme, des discriminations, des politiques coloniales/néocoloniales/postcoloniales, les Arabes et les Musulmans d’Europe sont les héritiers de l’une des plus grandes et des plus belles aventure historique qui, pendant au moins un bon millénaire, a irrigué l’humanité elle-même, y compris l’Europe. 

 

On se souvient du livre de cette historienne allemande, Sigrid Hunk, Le soleil d’Allah brille sur l’Occident. La futuwwa du IIIème  Millénaire devrait même assumer les nombreux héritages civilisationnels - avant même l’islam historique -, ne serait que pour contrer leurs captations/déformation occidentale (illustrées par les phénomènes du berbérisme latin en Algérie et au Maroc, du phénicianisme maronite au Liban). 


Le regretté Edward Saïd, figure illustre de l’intellectualité palestinienne, arabe et universelle, a écrit une belle œuvre sur cette question avec L’Orientalisme. L’Orient crée par l’Occident. Là, la futuwwa rencontre et intègre la fantastique transcendantale (pour reprendre la belle expression du romantique Novalis) de toute une histoire : des poèmes des Mou’alaqat à ceux d’al-Moutannabi, de la hikma (sagesse) de ce fou de Louqman à la falsafa d’al-Kindi, de l’apophase des ces transcendantalistes qu’étaient les Néopythagoriciens et Néoplatoniciens de Syrie (de Jamblique à Syrianus, en passant par Damascius) et du harân à la fameuse école des Frères de la Pureté, ikhwan as-Safa. Bayt al-Hikma (Maison de la Sagesse) fut l’un des symboles de cette grandiose aventure humaine et spirituelle. Bagdad, en enfantant et en abritant cette institution transdisciplinaire, offrait au monde arabe, au dâr al-islam (Maison de l’Islam) et à l’humanité, une précieuse contribution. Des dizaines de traducteurs, de scribes, de philosophes, de scientifiques sauvegardaient et valorisaient les patrimoines antiques. 


Les jeunes Arabes et Musulmans sont les enfants de bayt al-hikma. D’ailleurs, c’est à Bagdad que le Calife Al Nasir li-Din Allah institua la futuwwa comme structure même de l’Empire arabo-musulman, en recevant, dans la grande tradition chevaleresque, l’investiture des mains du cheikh ‘abd al-Jabbar, représentant de l’Ordre de chevalerie dans la capitale abbasside.


Il nous semble, et cela est une intuition, que la futuwwa re-naîtra de la rencontre entre des personnalités libres, jeunes hommes et jeunes femmes, personnalités non pas au sens social du terme, mais comme individualités qualitatives. Les critères, ici, ne sont pas les marques de la reconnaissance sociale, mais les qualités de l’âme, du dévouement dans l’Invisible, de la Claire-conscience. Sans nul doute, et avec l’aide de Dieu, ils se reconnaîtront, sur les chemins parcourus. Cela ne signifie pas que cette futuwwa ne soit liée qu’à une histoire d’individus. 


Cela serait remettre en cause sa dimension holistique et globale. En fait, le mouvement social, les actes de résistances, l’effervescence associative sont des conditions nécessaires, des conditions objectives. C’est souvent en situation de crise que des tempéraments chevaleresques se révèlent. A nous tous d’être attentifs.


Sous le signe de l’Araignée


Dans cette aventure que fut la traversée du désert entre La Mecque et Yathrib - traversée qui était comme la trace matérielle de l’Hégire, son déclencheur dans le temps de l’islam historique -, il y a un épisode qui nous a particulièrement parlé. 


A un moment, les marchands mecquois qui pourchassent le Prophète Mohammed et son compagnon Abû Bakr (que la paix soi sur eux) sont près de les saisir. Ceux-ci ont la vie sauve car, non seulement ils se cachent dans une grotte, mais aussi parce qu’une araignée, d’une façon toute miraculeuse, tisse une toile devant son entrée. Les mecquois font dès lors demi-tour : jamais le prophète n’aurait pu entrer dans cette grotte sans déchirer la toile ! Intervention divine, certes ! Mais O combien porteuse de significations singulières. 


La grotte est, dans de nombreuses cultures humaines, un lieu de concentration de grandes énergies, lieu tellurique par excellence ; elle est l’un des espaces de la puissance, de la générosité de la Terre. Dans l’imagerie des peuples du monde, on parle à son propos de la Vouivre, de Tarasque, du dragon. L’imaginaire arabo-musulman porte les traces de cette conception subtile de la Nature vivante. D’ailleurs, n’est-il pas significatif que ce soit dans une autre grotte, près de La Mecque, que ce même Prophète reçu de la part de l’Ange la première révélation, douze ans auparavant ? 


L’araignée, ici, dans le contexte, figure cette énergie de la Terre qui protège, sur ordre céleste, le Messager. De la grotte de la révélation à celle de l’araignée, nous avons une itinérance à la fois intérieure et extérieure sur les chemins de la Vouivre. La tradition arabo-musulmane possède la conscience de cette véritable géobiologie, de cette science spirituelle des lieux, aussi bien des centres de passage que des points reculés.


On se souvient, toujours dans notre contexte hégirien, qu’à son arrivée à Yathrib, voulant ériger une mosquée, il se posa la question de son site. Le Prophète demande à un..... animal, une chamelle de trouver le lieu adéquat ! Comme si les humains, pour diverses raisons, n’étaient plus en lien subtil avec les lieux subtils. Quoiqu’il en soit, la chamelle trouva ce point d’énergie, lieu de reliance entre terre et ciel. Devenant Médine, la ville du Prophète, point d’arrivée de l’Hégire, se donnait à l’humanité comme lieu saint, lieu de pèlerinage.


Grotte, géobiologie, lieu saint, araignée... Nous pourrions également évoquer une autre itinérance, une autre traversée des lieux, mais cette fois elle n’est plus tellurique mais cosmique, le Voyage nocture, le mir’aj, au cours duquel le Prophète reçut des enseignement divins. Significatif est le fait que le Prophète monta de ciel en ciel sur le dos d’une créature éminemment cosmique et magique, une jument ailée avec une tête de femme du nom d’al-bouraq. 


Reprenons le mot de Novalis : nous sommes en présence d’une véritable fantastique transcendantale qui nous ouvre la porte de cette écologie spirituelle à laquelle nous sommes conviés.


Le cheminement du fata-chevalier se fait dans une Nature vivante qui invite à la transcendance divine. En fait, cette Nature est l’immanence divine elle-même, la Présence, hadra, de Dieu nous parlions, une présence composée d’une infinité d’images, de couleurs, de visages, de sons, de parfums, qui sont autant d’éclats matérialisés de l’Un. Le grand spirituel Dhû l-Nûn al-Misrî s’exclame ainsi :

« O Dieu, je n’ai jamais  prêté l’oreille au cri des bêtes sauvages ni au bruissement des arbres, au clapotement des eaux ni aux chants des oiseaux, au sifflement du vent ni au roulement du tonnerre sans percevoir en eux en témoignage de Ton unité - wahdânîya - et une preuve de Ton caractère incomparable » (cité dans Anthologie du soufisme, Paris, éd. Albin Michel, 1995, p. 198)


La futuwwa est un chemin initiatique à travers le Monde, ses lieux, ses points d’énergie, et le jeune chevalier est un itinérant. Cela ne signifie nullement qu’il doive quitter ses points de repères. Au contraire, dans le désert, le chamelier est en quête de ces points, qui, souvent, sont dans le Ciel, à travers les étoiles. 


Le Ciel est aussi lieu de la Présence divine. Le Coran ne dit-il pas que Dieu est le Seigneur de Sirius ? En fait, être un itinérant de l’âme, avoir l’âme hégirienne, c’est ne pas se satisfaire des acquis, c’est se défaire des habitudes, des imitations (taqlid), des idées fixes, des idées toutes faites, et même de cette pseudo-pensée spirituelle - constituée d’une suite d’idée-fixes se donnant l’apparence d’une pensée fluide, vivante, mouvante -  qui pollue notre jeunesse (nous faisons allusion aussi bien à cet « islam » à la française, « libéral », « moderne », « républicain », assimilé qu’à cet « islam » juridico-moraliste, castrateur, apocalyptique, culpabilisant et bigot).


Dans la littérature traditionnelle arabe, al-adab, il est coutumier de célébrer les hautes figures de la civilisation. A propos de la futuwwa, Laila Khalifa souligne que trois noms se dégagent et qui se situent dans une période antérieure à la naissance de l’islam historique, trois figures archétypiques : Imru’ al-Qays, ‘Urwa Ibn al-Ward et Hatim al-Ta’i. Elle nous dit que le premier est le prince héros, le deuxième, le héros vagabond et, enfin, le troisième, le maître généreux. Plus tard, c’est ‘Ali qui se verra désigner comme le fata par excellence, et cela par le Prophète lui-même : « La fatâ illâ ‘Ali wa lâ sayf illâ dhû al-fiqâr  » (Il n’y a pas d’autre fata-chevalier que ‘Ali et il n’y pas d’autre chevalerie que dhû al-fiqâr  (nom de l’épée de du Prophète) (pp. 128-145).


Nous avons là des figures exemplaires, des paradigmes, des archétypes.


Notre jeunesse musulmane en Europe, comme toutes les jeunesses du monde, dispose de toutes les qualités pour se dresser vers le Ciel, pour explorer la Terre, pour incarner ces vertus précieuses que sont la générosité, la vaillance et la joie. Comme nous le disions, c’est à nous tous et toutes d’être attentifs à ces nouvelles figures de la futuwwa d’aujourd’hui. Elles sont notre espérance. 

 

Par Mohammed Taleb.

Par Par Mohammed Taleb - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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