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Islam

Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 20:23

« Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un Coran arabe, afin que tu avertisses Oum al-Qoura [la Mecque] et ses alentours ». - Coran 42 : 7

 

 

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Dans l’histoire de la civilisation arabo-islamique, le mouvement de la shu’ubiyya (1) fut une réaction anti-arabe qui se développa à partir du VIIIème siècle de l’ère chrétienne et qui atteint son apogée au IXème siècle en Irak. Réaction au développement de la culture arabo-islamique dans différents domaines, le mouvement de la shu’ubiyya fut portée par les kuttâb d’origine perse, araméenne ou copte qui vivaient en concurrence ethno-sociale avec leur environnement arabe. Selon al-Jahiz (776-869), les kuttâb (2) distillaient de « pompeuses maximes persanes » et dénigraient la tradition arabo-islamique alors que, socialement, ils étaient entièrement dépendants de leurs employeurs arabes. Cette contradiction entre leurs références culturelles et leur position sociale expliquait leur ressentiment anti-arabe. Les partisans de la shu’ubiyya faisaient la promotion de l’idée de suprématie des non-arabes en déniant aux Arabes toute importance dans le passé comme dans le présent. Les shu’ubites dénigraient les Arabes en les attaquant sur différents plans. Par exemple, ils affirmaient que les arts et les sciences étaient uniquement le produit des cultures grecques ou indiennes car les Arabes ne leur avaient strictement rien apportés. Les partisans de la shu’ubiyya critiquaient aussi les méthodes militaires « rudimentaires » des Arabes comparées à celles des Sassanides ou des Byzantins qu’ils avaient pourtant largement dominées sur le champ de bataille. Ils dénigraient également leurs origines bédouines dénuées de raffinement car, selon les shu’ubites, seuls les Perses ou les Byzantins étaient capables d’éloquence, de bonne conduite ou de délicatesse.

En raison de leurs arguments bien trop rudimentaires, les partisans de la shu’ubiyya n’ont pas constitué une réelle menace pour l’unité de l’Empire abbasside (750-1258). Toutefois, ils ont pesé sur les orientations futures du monde arabo-islamique en essayant d’en remodeler les institutions et les valeurs politiques et sociales existantes. Pour al-Jahiz, l’une des principales figures de l’opposition à la shu’ubiyya, le danger principal de ce mouvement résidait dans l’attaque de l’islam s’abritant derrière le masque mystifiant de la critique virulente des Arabes. En d’autres termes, en attaquant les Arabes les partisans de la shu’ubiyya visaient l’islam qui avait permis aux Arabes de bâtir une civilisation florissante. De ce fait, la réponse au mouvement de la shu’ubiyya fut à la fois arabe et islamique. A la suite de l’action d’al-Jahiz et d’autres, la shu’ubiyya fut finalement réduite à néant en Irak.

Une nouvelle shu’ubiyya apparut en Andalousie au XIème siècle. Cette nouvelle shu’ubiyya était essentiellement portée par des Berbères et des Européens – Galiciens, Francs, Basques ou Germains – qui réutilisaient les arguments polémiques anti-arabes développés en leur temps en Irak. Finalement, les partisans de la shu’ubiyya andalouse n’eurent guère plus de succès que leurs prédécesseurs mésopotamiens.

Au cours de l’histoire de la civilisation arabo-islamique, certains ont perçu différents mouvements comme des formes réactualisées du mouvement de la shu’ubiyya du VIIIème siècle. Pour Sami A. Hanna et George H. Gardner, des idées aussi diverses que l’ottomanisme ou l’occidentalisme au XIXème siècle ou l’internationalisme, le régionalisme ou le socialisme au XXème, peuvent être considérées, sous certains aspects, comme des formes renouvelées de la shu’ubiyya car ils ont eu essentiellement pour fonction commune d’essayer de saper la conscience communautaire arabe. Néanmoins, ces idéologies ont fini elles-mêmes par susciter automatiquement une réaffirmation de l’identité arabo-islamique (3).



Émergence d’une nouvelle shu’ubiyya dans l’hexagone

A l’instar d’expressions plus récentes de certaines formes de shu’ubiyya, au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, une réaction anti-arabe s’est exprimée selon des modalités particulières largement déterminées par le contexte social existant en France. La vieille idée selon laquelle les Arabes n’auraient rien apporté dans le domaine culturel ou scientifique, n’est plus soutenue que par une poignée d’« intellectuels » révisionnistes (4). De ce fait, au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, les idées de la shu’ubiyya se sont essentiellement exprimées contre l’« Arabe réel » c’est-à-dire contre le travailleur immigré maghrébin, le « blédard » et, par extension, contre le monde arabe contemporain et sa culture. Évidemment, cette nouvelle shu’ubiyya a été largement définie par l’idéologie dominante en Occident qui représente l’Arabe comme la figure même du « barbare » c’est-à-dire le représentant d’une culture autre pouvant être menaçante pour l’Occident.

Le discours néo-shu’ubite a eu essentiellement pour but de marquer et d’exprimer la distance existante entre les « citoyens français de confession musulmane » et les Arabes, en dénigrant ces derniers. Par exemple, redéployant le vieil argument shu’ubite selon lequel la culture arabe serait particulièrement frustre, les néo-shu’ubites se sont plu à dénoncer le « traditionalisme » de la culture maghrébine ou arabe qu’ils rejettent. Aiguisant leurs critiques, les néo-shu’ubites ont même remis en cause l’islamité réelle des Arabo-musulmans qui seraient incapables de distinguer religion et tradition. Contrairement à ces peuples « frustres », les néo-shu’ubites font nettement la différence entre la culture arabo-islamique, qu’ils rejettent, et la religion musulmane qu’ils prétendent souvent mieux comprendre en raison de leur culture occidentale « supérieure ».

Ce discours néo-shu’ubite n’est pas apparu ex nihilo du jour au lendemain. Il a été construit et transmis patiemment à un large public pendant des années avant de parvenir à se répandre massivement au sein du corps social de la communauté musulmane vivant en France. Actuellement, il se trouve dans une position quasiment hégémonique au sein de la « communauté musulmane organisée ».

A partir des années 1980, nombre d’associations musulmanes ont réduit l’Islam à une « simple » foi transcendante éludant par là son caractère de civilisation immanente. Cela marquait les débuts du développement du discours néo-shu’ubite. Réduisant l’Islam à une simple pratique cultuelle, les questions prioritaires de ces associations, et des intellectuels musulmans proches d’elles, portaient sur la compatibilité de la foi musulmane avec son environnement occidental : « Comment être musulman et français ? » ou bien « comment être musulman dans un environnement laïc et républicain ? ». Dans cette perspective, ces associations s’attachèrent à expliquer qu’il n’y avait pas de contradiction entre le fait d’être citoyen français, de respecter le cadre légal républicain et laïc et le fait d’être pleinement musulman. Pour exprimer leur identité française ou européenne, elles firent la promotion d’un « islam de France », d’un « islam gallican » ou encore d’un « islam européen » détaché de toute référence à la culture et à la civilisation arabo-islamique.

Malgré l’opposition à laquelle ces associations ont dû faire face de la part des autorités françaises et des médias, cet islam désincarné, « internationaliste » ou «shu’ubite», était naturellement compatible avec l’idéologie assimilationniste dominante en France bien que la préservation de pratiques cultuelles musulmanes restait problématique pour les assimilationnistes intransigeants qui souhaitaient une dilution complète de l’être musulman dans l’occidentalité. La profusion de « F », pour « français » ou « de France », dans les sigles de ces organisations musulmanes gravait jusque dans leur nom cette volonté de promouvoir un islam désincarné, détaché de ses racines civilisationnelles, compatible avec la logique de l’idéologie assimilationniste française. En raison de cette compatibilité, l’« islam de France » ou l’« islam européen » désincarné est un instrument efficace du pouvoir politique français pour instaurer un contrôle culturel, idéologique et organisationnel, de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. L’idée d’un « islam de France » permettait de couper les musulmans de leur identité civilisationnelle pour les enfermer dans une perspective uniquement hexagonale.

La construction d’un « islam de France » ou d’un « islam européen » passait nécessairement par un rejet ou une minoration de l’identité arabe au sein de la civilisation islamique et au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. La construction de cet « islam » n’était, d’une certaine manière, qu’une façon de redéployer l’idéologie néo-shu’ubite au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone. Au fil des ans, le discours néo-shu’ubite s’est approfondi et développé pour devenir hégémonique au sein du monde associatif des « citoyens français de confession musulmane ».

 

 

Exemple d’une première expression du discours néo-shu’ubite

En 2003, Dounia Bouzar et Saïda Kada publiaient un livre, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises (5), qui fut l’une des expressions les plus abouties de l’idéologie néo-shu’ubite de ce moment historique fortement marqué par les débats sur la question du port du hijab. Cet ouvrage n’était nullement un ouvrage conceptuel traçant des perspectives théoriques et pratiques mais uniquement l’expression d’une idéologie construite en amont, notamment par Tariq Ramadan dont Saïda Kada se réclamait explicitement.

Selon Nadjib Achour, cet ouvrage est « une véritable profession de foi assimilationniste » reposant sur une mise en avant « de l’identité française » par un « rejet du passif familial ou historique » et par une « rupture avec la sphère civilisationnelle » arabo-islamique. En réalité, ces deux éléments n’en forment qu’un seul : celui de l’opposition radicale à l’identité arabo-islamique qu’elle soit portée par la famille, l’histoire ou, plus largement, par une civilisation. Cette opposition à l’identité arabo-islamique représente le cœur même de l’idéologie néo-shu’ubite des « citoyens français de confession musulmane » qui, en découplant l’islam comme religion transcendante et l’Islam comme civilisation immanente, cherchent à se départir de toute marque d’identité arabo-islamique.

Dans le cadre de cette idéologie néo-shu’ubite, en introduction, les auteures affirment que « le foulard est un phénomène français. Les jeunes filles qui le portent sont françaises, elles revendiquent et mettent en avant leur francité » (6). Saïd Kada explique que « l’idée de double culture est bien loin de nous. Nous nous sentons et nous nous revendiquons pleinement françaises » (7). Selon nos deux auteures, cette génération se revendique de l’identité de « Français musulmans » ou de « musulmans français ». De ce fait, il n’est nullement question ici d’une quelconque référence à la civilisation arabo-islamique car nos deux auteures se définissent uniquement comme françaises ayant pleinement « réussi » leur assimilation à la société française. Le fait de se réapproprier une terminologie – « Français musulmans » – ayant eu cours dans l’Algérie colonisée est une manifestation de la prégnance de l’idéologie coloniale assimilationniste au sein de la communauté musulmane malgré un héritage des combats anticolonialistes revendiqué par Saïda Kada. La réappropriation de cette terminologie permet aussi de déceler une partie des origines coloniales inavouées du discours néo-shu’ubite.

L’identité française hautement revendiquée passe, chez nos deux auteures, par le rejet de la culture arabo-islamique incarnée par la « génération des parents ». Selon Nadjib Achour, les deux auteures « ne sont pas avares en qualificatifs méprisants pour évoquer cette culture religieuse du Maghreb, réactivant par la même de vieux poncifs coloniaux ». Ainsi, « la génération des parents » se voit « exclue du champ de la religiosité islamique, car, pour Dounia Bouzar, la culture religieuse des parents "n’est pas l’Islam mais les traditions" » (7). Dans le même sens, contre une « tradition arabe » indéfinie, Saïda Kada affirme revendiquer « la modernité à partir de l’Islam » (9). Elle précise que Tariq Ramadan « nous a aidés à distinguer ce qui relève de la culture de ce qui relève de la religion » (10) en venant « rassurer toute une génération de jeunes qui avaient envie de vivre pleinement leur Islam dans leur pays sans savoir s’y prendre » (11). Pleinement compatible avec l’idéologie assimilationniste française, la distinction faite par les néo-shu’ubites entre religion et civilisation permettait de critiquer et de rejeter l’ensemble de l’héritage civilisationnel arabo-islamique tout en restant religieusement musulman.

Cette distinction permettait aussi de développer une autre orientation centrale dans le discours néo-shu’ubite : l’occidentalisation de l’islam ou, autrement dit, la production d’un islam « européen » ou « français ». La volonté d’occidentaliser l’islam est clairement énoncée par Dounia Bouzar et Saïda Kada dans leur ouvrage. Saïda Kada se réfère à une lecture « réformiste » de l’islam, qui consisterait à « réinterpréter nos sources à la lumière du contexte occidental du XXIème siècle » (12). Cette réinterprétation des sources islamiques revendique ostensiblement sa francité puisque Saïda Kada affirme que sa génération a commencé à penser « l’Islam en français » (13) en se dégageant des représentations étrangères, pour ne pas dire arabes, de l’islam. Développant l’idée de réinterprétation des sources islamiques, cette relecture permettrait, selon Dounia Bouzar, de « désethniciser l’Islam » (14) c’est-à-dire, selon la vieille obsession des partisans de la shu’ubiyya, de faire œuvre de « salubrité publique » en désarabisant la religion musulmane.

Dans sa critique, Nadjib Achour explique clairement que Dounia Bouzar et Saïda Kada se font, en fait, « les adeptes d’un vieux rêve du colonialisme français, celui d’une rupture définitive des Maghrébins avec le monde arabe par le biais de la déculturation et de l’assimilation » (15). Ce « rêve du colonialisme français » s’accordait pleinement avec la vieille ambition des shu’ubites de lutter contre toute forme d’identité arabe au sein de l’islam.

Emblématique d’un moment historique singulier, le discours développé dans l’ouvrage de Dounia Bouzar et Saïda Kada a été, par la suite, dépassé dans le sens d’un surcroit d’affirmation de « francité » de la part des « citoyens français de confession musulmane ». Ce surcroit d’affirmation de « francité » était intimement lié à un contexte de stigmatisation continuellement accrue de l’islam et des musulmans en France. Dos au mur, nombre de musulmans vivant dans l’hexagone ont accepté de faire le jeu des institutions étatiques en donnant toujours d’avantage de gages de loyauté envers la France et en renforçant continuellement l’orientation assimilationniste préalablement définie. Dans ce cadre, le discours néo-shu’ubite de rejet de l’héritage civilisationnel arabo-islamique a encore été accentué en se droitisant nettement.



Manipulations « soraliennes » du discours néo-shu’ubite

La droitisation du discours néo-shu’ubite a plusieurs origines parmi lesquelles l’islamophobie affichée par une partie des organisations – politiques, syndicales ou associatives – de gauche au nom d’une laïcité marquée par le legs colonial. Le rejet et la stigmatisation des musulmans souhaitant s’inscrire dans des perspectives alternatives par les organisations de gauche a largement bénéficié aux musulmans conservateurs (16). Ce contexte a permis à Tareq Oubrou de développer sa ligne idéologique portée sur la droite de l’échiquier politique français (17). Enfin, l’influence d’Alain Bonnet de Soral, alias Alain Soral, sur une partie significative de la sphère associative musulmane a favorisé la diffusion des idées nationalistes françaises avec les préjugés coloniaux anti-arabes qu’elles charrient.

Aspirant au titre de « directeur de conscience » des « citoyens français de confession musulmane », Alain Soral a largement repris et utilisé le discours néo-shu’ubite anti-arabe en le radicalisant et en lui adjoignant les idées de la « droite des valeurs » coloniales. Toutefois, si Alain Soral a pu manipuler les idées néo-shu’ubites au profit des intérêts de son camp politique, c’est parce qu’elles étaient manipulables. Dans un article publié en décembre 2009 (18), qu’Égalité et réconciliation considère comme un « texte essentiel », Alain Soral explique sa « vision » de l’« islam français » qu’il souhaite voir fleurir dans l’hexagone. En réalité, loin d’être un article théorique de haute volée, ce modeste papier se contente de formuler les injonctions faites à l’endroit des musulmans par une partie de la « droite nationale » française.

Dans cet article, Alain Soral explique que « le positionnement politicien de Marine Le Pen est excellent pour le FN » car la « critique de l’Islam radical, c’est la défense de la France ». Cette critique d’un « Islam radical », évidemment jamais clairement définie, passe par un dénigrement systématique de ceux qu’Alain Soral qualifie de « jeunes barbus de trois jours » et de « jeunes filles à foulard pour la frime et la drague ». De ce fait, Alain Soral se déclare favorable à ce que « les musulmanes enlèvent leur foulard dans l’espace public » comme devraient le faire, selon lui, les porteurs de kippas. En réalité derrière les « jeunes » hommes et les « jeunes » filles qu’il stigmatise, Alain Soral est apeuré par la « surenchère identitaire » de cette jeunesse qui menacerait l’identité française « éternelle ».

Selon le président d’Égalité et réconciliation, le fait qui « exaspèrerait » particulièrement les Français, c’est « l’arabisation de la France ». Cette « arabisation de la France » « est d’abord la conséquence de l’immigration, de cette immigration à marche forcée contre la volonté des peuples – de tous les peuples, Français comme Maghrébins – voulue par le mondialisme ». Contre cette « arabisation de la France » à défaut de pouvoir déislamiser les musulmans, Alain Soral propose de désarabiser l’islam en coupant les musulmans vivant dans l’hexagone de l’héritage civilisationnel arabo-islamique pour qu’ils ne demeurent plus que des « musulmans cultuels » sans identité spécifique. En cela, le discours d’Alain Soral rejoint celui des néo-shu’ubites qui, pendant des années, se sont employés à découpler l’Islam civilisationnel et l’islam cultuel. La résonance du discours d’Alain Soral au sein d’une partie significative de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone n’est pas étrangère à cette perspective commune de ces deux courants idéologiques – néo-shu’ubite et « soralien ».

Contre « l’arabisation de la France », Alain Soral s’empresse donc de rappeler « qu’Islam ne veut pas nécessairement dire arabe » et qu’il peut donc se développer en France un « islam national » non-arabe pour ne pas dire anti-arabe et anti-immigré. Ainsi, pour Alain Soral, « les nationalistes par patriotisme véritable » ont pour devoir de « donner la parole à cette nouvelle génération de Français musulmans patriotes, qui sont bien plus nombreux que les femmes en burqa ». Ces « Français musulmans patriotes », Alain Soral les somme de dire à leurs concitoyens « gaulois » qui « souffrent » de « l’arabisation de la France » : « que l’islam n’est pas une religion arabe, mais universelle » (19) « et que s’ils sont de confession musulmane, en tant que patriotes français, ils sont aussi résolument contre l’immigration, le mondialisme et l’arabisation du pays » ; « qu’ils sont plus encore […] pour l’indépendance de la France et pour la francisation de l’Islam » (20).

Poursuivant ses injonctions anti-arabes à l’endroit des « Français musulmans patriotes », Alain Soral leur ordonne de dire « aux citoyens français de souche » : « qu’une mosquée n’a pas en France à être un monument d’importation orientale » ; « que la foi authentique ne se réduit pas à ses signes temporels et contingents et qu’ils sont donc, eux aussi, contre les minarets inutiles et autres signes ethniques dans l’espace public » ; « qu’en résumé, ils sont eux aussi contre la colonisation » de la France par l’immigration arabo-musulmane. 

Énonçant des exigences s’apparentant aux cérémonies de réédition de l’époque coloniale, le président d’Égalité et réconciliation ne s’arrête pas à ses injonctions à l’endroit des musulmans. N’étant pas musulman et n’ayant reçu aucune formation islamique, Alain Soral s’autorise à définir la norme musulmane comme le faisait l’administration coloniale en son temps (21). Ainsi, il affirme que « rien dans les cinq piliers de l’islam, rien dans [la] théologie » n’interdit « la francisation de l’Islam », bien « au contraire ». Dans ce sens, il explique qu’« il n’y a donc aucune obligation que le musulman français se présente à nous en babouches, avec coupole et minaret » (22). Cette position hostile aux « coupoles » et aux « minarets », au nom d’une « francisation de l’Islam », permet à Alain Soral de justifier auprès de son public de « Français musulmans patriotes » le résultat du référendum Suisse sur l’interdiction des minarets, initié par la « droite nationale » suisse en novembre 2009.

Radicalement assimilationniste, le programme d’Alain Soral est un véritable appel à un « viol des consciences » des musulmans vivant dans l’hexagone dont il exige qu’ils renoncent à leur histoire et à leur identité arabo-islamique. Le seul avenir acceptable en France pour la communauté musulmane, selon le président d’Égalité et réconciliation, passe par une dépersonnalisation radicale et une francisation intégrale. Ce programme peu original n’est finalement que le redéploiement du vieux plan mis en œuvre par l’État français dans l’Algérie colonisée vis-à-vis de « ses populations indigènes ».



Le « Français musulman patriote » : aboutissement du discours néo-shu’ubite

Lentement préparé par le discours néo-shu’ubite, certains cadres communautaires musulmans nettement orientés à droite de l’échiquier politique français ont succombé au programme « soralien » de « viol des consciences » des musulmans vivant dans l’hexagone. Aujourd’hui, ils développent et diffusent les idées d’Alain Soral au sein de la communauté musulmane en leur donnant un pseudo-cachet islamique.

Pur produit de l’aile droite du milieu associatif musulman hexagonal et influencé par Alain Soral, Camel Bechikh pousse l’idéologie assimilationniste, néo-shu’ubite et déculturante du discours sur le « citoyen français de confession musulmane » jusqu’au bout de sa logique (23). Après plusieurs années d’engagement, le président de l’association de Fils de France souhaite être cohérent avec lui-même en défendant l’idée d’un « islam franchouille », dernier avatar du discours sur l’islam dans l’hexagone. Nullement en rupture avec les développements précédents, cet « islam franchouille » n’est que l’accouchement droitier de ce qui était en gestation depuis de nombreuses années. Pour Camel Bechikh, les musulmans vivant dans l’hexagone doivent dépasser le discours du « citoyen » français promu depuis près de trente ans pour défendre le « patriotisme français » s’enracinant dans un amour de la terre. Il est nécessaire que les musulmans développent un « rapport charnel » à un pays « vieux de 3 000 ans » comme l’avait défendu Charles Maurras en son temps puisque le fondateur de L’Action française est une référence revendiquée par Camel Bechikh (24).

Ce « patriotisme » des « Français musulmans » repose clairement, dans le discours de Camel Bechikh, sur une discrimination claire entre le cultuel et le culturel. N’ayant strictement rien d’original, cette distinction est la pierre angulaire du discours néo-shu’ubite depuis plusieurs années. Les musulmans seraient d’un coté adeptes de l’islam au niveau cultuel et de l’autre profondément attachés à la « culture française ». Pour ce faire, selon Camel Bechikh, l’association Fils de France « insiste sur une chose » essentielle à ses yeux de « Français musulman patriote » : la séparation entre la notion d’Islam avec un « I » majuscule représentant l’Islam civilisationnel et la notion d’islam avec un « i » minuscule incarnant la religion musulmane détachée de l’espace et du temps. En tant que « Français musulman », Camel Bechikh se revendique uniquement de la « civilisation européenne et française » en séparant nettement ce qui relève de l’Islam civilisationnel de ce qui relève de l’islam spirituel désincarné. Pour lui, les musulmans vivant dans l’hexagone doivent vivre l’islam en « i » minuscule, c’est-à-dire uniquement comme spiritualité transcendante et en aucun cas comme une civilisation immanente. Cette discrimination entre l’Islam civilisationnel et l’islam spirituel doit permettre, selon Camel Bechikh, un processus positif d’« acculturation des musulmans » (25).

Dans la perspective assimilationniste de Camel Bechikh, l’immigration historique ou plus récente est profondément dépréciée. Historiquement, pour le président de Fils de France, les premiers travailleurs immigrés maghrébins étaient des sous-prolétaires non pas en raison de la structuration raciste de la société française mais parce qu'ils ne « maitrisaient » pas les codes culturels français. Cette perception dépréciative repose sur une omission de l’histoire de l’immigration maghrébine et de ses luttes politiques (26). Toutefois, s’il dévalorise l’immigration historique, Camel Bechikh se montre nettement hostile à l’immigration dans la France actuelle.

Par leurs références civilisationnelles non-occidentales, les immigrés récents originaires du monde arabo-musulman ont, selon Camel Bechikh, une influence négative sur la communauté musulmane vivant en France car ils contribuent à préserver son identité arabo-musulmane. Soutenant la politique étatique d’assimilation, rebaptisée « intégration » depuis Jacques Soustelle, le président de Fils de France s’oppose résolument à l’immigration notamment en raison du rôle nocif qu’elle a sur l’assimilation des « Français musulmans ». Selon Camel Bechikh, l’immigration empêche les musulmans d’intégrer pleinement la culture française. Afin de préserver la France de ces éléments allogènes intrus, il devient « vital », pour Camel Bechikh, « de stopper l’acquisition quasi systématique de la nationalité après seulement quelques années de présence sur le sol français ». Pour les enfants d’immigrés nés en France et ayant acquis la nationalité française par le « droit du sang », Camel Bechikh est ouvertement hostile à la « double nationalité » car elle constitue « un frein à l’acculturation » (27).

Cette hostilité à l’immigration a un caractère central dans le discours du « Français musulman patriote » Camel Bechikh car elle est, avec la mondialisation, l’un des deux grands dangers qui menacent la France « plurimillénaire » dans sa souveraineté et son identité éternelle. La mondialisation ne serait pas tant une menace du fait de ses conséquences sociales destructrices qu’en raison du remplacement des bistrots « franchouilles » par des « kebabs » importés. Au-delà de ce danger « terrifiant » de la mondialisation par le « kebab », les flux migratoires incessants mettent en « péril » l’« économie du pays », le « vivre ensemble » notamment parce que ces flux ne sont plus « assimilables ». De ce fait, pour Camel Bechikh, il est maintenant nécessaire de fermer les frontières afin de pourvoir « intégrer, assimiler, acculturer » les « nouveaux français » pour qu’ils deviennent de « vrais français » (28).

La même perception d’une immigration nuisible et menaçante se retrouve dans la prose d’un autre « Français musulman patriote », Abdelaali Baghezza. Celui qui se fait appeler Albert Ali est, à l’instar de Camel Bechikh, le produit d’une synthèse de l’aile droite du milieu associatif musulman et des idées développées par Alain Soral. Pour Abdelaali Baghezza, chaque société connaît un « "optimum de diversité", un seuil d’altérité à ne pas dépasser » au-delà duquel elle risque de sombrer dans le chaos. Selon Abdelaali Baghezza, la France d’aujourd’hui a largement dépassé ce seuil puisque nous serions face à une déplorable « colonisation à l’envers, une substitution de population et de cultures dans les quartiers populaires ». Dans le cadre de cette « substitution de population », la ville « cosmopolite » de Saint-Denis serait devenue le symbole d’une « oppressante Babélisation, destructrice de cohésion » (29).

En reprenant quasiment mot pour mot les propos d’Alain Soral, Abdelaali Baghezza ne se fait que le ventriloque du président d’Égalité et réconciliation. Comme aux plus belles heures de la colonisation, Alain Soral dispose du verbe et Abdelaali Baghezza l’emprunte. Cette attitude servile de colonisable correspond parfaitement à ce que Malek Bennabi appelait la « colonisabilité gesticulante » (30), c’est-à-dire l’incapacité à penser par soi-même d’individus qui se font « promener » au gré des aléas de la lutte idéologique.

Plaidant en faveur de positions hostiles à l’immigration, dans la même perspective que Camel Bechikh mais de manière plus « offensive », Abdelaali Baghezza défend l’idée que les immigrés ne seraient pas seulement une menace pour la France mais aussi une menace pour l’islam en France. Selon lui, l’immigration creusera à long terme « le cimetière de l’Islam en Europe et entravera définitivement toute éclosion d’un ijtihad musulman rénové ». Bien plus, l’immigration serait « le trou noir » de l’« appauvrissement » et de la « décomposition sectaire » (31) de l’islam dans l’hexagone. Toutes ces plaies devant s’abattre sur l’islam en France, selon l’oracle Abdelaali Baghezza, résultent essentiellement de la culture arabo-islamique des migrants que notre « Français musulman patriote » rejette viscéralement. La culture arabo-islamique et la dimension civilisationnelle de l’islam doivent être définitivement écartées pour pouvoir « acculturer » les musulmans vivant dans l’hexagone et créer un « islam de France ».

Dans leur désir de promouvoir le « patriotisme français » au sein de la communauté musulmane vivant dans l’hexagone, Camel Bechikh et Abdelaali Baghezza cherchent à réhabiliter le passé colonial de la France en adoptant les thèses classiques de l’histoire révisionniste des partisans de l’Empire colonial français. Ainsi, Camel Bechikh dénonce la perception d’une « France sans cesse coupable » notamment de son « aventure coloniale ». Peu importe que la France n’ait jamais reconnu ses crimes coloniaux, qu’elle ait voté des lois reconnaissant « le rôle positif de la présence française outre-mer » (32) ou encore que ses dirigeants défendent toujours son passé colonial (33), pour Camel Bechikh « toute une génération de nos compatriotes, de vieille souche ou nouvellement français, radote les litanies de la colonisation » (34).

Dans une perspective similaire, Abdelaali Baghezza appelle à « réviser notre propre histoire familiale et coloniale ». A l’instar de tous les révisionnistes en matière d’histoire coloniale, Abdelaali Baghezza renvoie dos à dos la violence oppressive des colonialistes (35) et la violence libératrice des colonisés en voulant « souligner les atrocités commises par les uns » et par les autres. Dans cette perspective, comme tous les héritiers de l’« Algérie française », Abdelaali Baghezza revient uniquement sur « le sort malheureux des Harkis » et « les tortures pratiquées par les "moudjahidines" du FLN » (36). Cette façon de mettre le terme moudjahidine entre guillemets est évidemment une manière de contester ce titre aux combattants de l’indépendance algérienne et de dévaloriser encore une fois leur lutte. Il est vrai que défendre l’Algérie et au-delà la civilisation arabo-islamique les armes à la main contre l’impérialisme français ne peut être que condamnable aux yeux du « Français musulman patriote » qu’est Abdelaali Baghezza.



Sortir de l’impasse du discours néo-shu’ubite

Ces appels à la dépersonnalisation et à l’assimilation, ces orientations anti-arabes et anti-immigrés, venant de cadres communautaires musulmans doivent être compris dans le cadre des rapports de domination communautaire existants en France. Communauté paria, pour reprendre un concept de Max Weber, la communauté musulmane vit au niveau le plus bas de l’échelle communautaire à l’œuvre en France. Cette position de dominé structurel produit, comme l’avait étudié Ibn Khaldoun en son temps, une volonté de s’assimiler aux dominants – les vainqueurs – de la part des dominés – les vaincus. Au XIVème siècle, l’auteur de la Mouqaddima écrivait : « On voit toujours la perfection (réunie) dans la personne d’un vainqueur. Celui-ci passe pour parfait, soit sous l’influence du respect qu’on lui porte, soit parce que ses inférieurs pensent, à tort, que leur défaite est due à la perfection du vainqueur. Cette erreur de jugement devient un article de foi. Le vaincu adopte alors les usages du vainqueur et s’assimile à lui : c’est de l’imitation pure et simple. […] on observe toujours que le vaincu s’assimile au vainqueur, dont il copie les vêtements, la monte et les armes » (37). Ibn Khaldoun ajoutait : « C’est au point qu’une nation, dominée par sa voisine, fera grand déploiement d’assimilation et d’imitation » (38).

Ces rapports sociaux entre les vaincus et les vainqueurs poussent certains musulmans à « surjouer » leur rôle de « bon français », de « patriotes », afin de donner des gages de loyauté aux dominants qu’ils souhaitent imiter dans l’espoir d’une assimilation improbable. Ces gages de loyauté les poussent à rejeter toujours davantage l’héritage civilisationnel arabo-islamique, à se distancier du monde arabe et à prendre des positions hostiles envers les immigrés et les Arabes. Au-delà des conséquences politiques immédiates de ces orientations politiques et intellectuelles plus que contestables, elles auront in fine des conséquences irréversibles sur le rapport des musulmans à la spiritualité islamique que les « Français musulmans patriotes » affirment vouloir préserver. L’attaque systématique de l’héritage civilisationnel arabo-islamique, du monde arabe et des Arabes débouchera inexorablement sur une attaque de l’islam en tant que spiritualité transcendante. La critique systématique des Arabes est depuis longtemps un moyen détourné pour saper les fondements de l’islam.

Al-Jahiz nous a déjà enseigné cela au IXème siècle. A propos du lien entre les positions hostiles aux Arabes et le rejet de l’islam au temps de la première shu’ubiyya, l’auteur du Livre des animaux écrivait : « En fin de compte, la masse de ceux qui sont sceptiques à l’égard de l’islam ont été inspirés par les idées de la shu’ubiyya. Une polémique qui dure tourne au conflit. Si un homme déteste une chose, il déteste celui qui la possède, ou lui est associé. S’il déteste la langue arabe, il déteste la péninsule arabe, et s’il déteste la péninsule, il aime quiconque la déteste. Les choses ne font donc qu’empirer pour lui, jusqu’à ce qu’il renie l’islam du fait que ce sont les Arabes qui l’ont véhiculé » (39).

Dans l’histoire de la civilisation arabo-islamique les différents mouvements shu’ubites ont systématiquement suscité des réaffirmations de l’identité arabo-islamique un temps menacée. Face à la position hégémonique du discours néo-shu’ubite quels anticorps la communauté musulmane vivant dans l’hexagone va-t-elle être capable de produire pour préserver son identité arabo-islamique ? Cette capacité à répondre à ce défi est déterminante car il en va de l’avenir même de cette communauté qui pourrait bien disparaître définitivement par un processus de dépersonnalisation et d’assimilation.

Ces anticorps seront nécessairement produits par ce que Malek Bennabi appelait « le capital historique essentiel » (40) qui permit aux peuples du Maghreb de résister au colonialisme français. Ce « capital historique », constitué par le legs civilisationnel de la culture arabo-islamique, représente l’âme sans laquelle la communauté musulmane vivant dans l’hexagone ne pourra pas écrire sa propre histoire et se retrouvera définitivement balayée par le temps. Une communauté est constituée par « la foi, la culture, la fierté du passé » et tant qu’elle « ne les a pas perdues », elle « est libre » même si elle est enchaînée (41). Cette leçon fondamentale que nous enseigne l’histoire du Maghreb contemporain, devrait retenir notre attention car la communauté musulmane ne pourra pas résister aux tempêtes qui la menacent, sans s’enraciner profondément dans son patrimoine spirituel, historique et civilisationnel.

 

 

Par Youssef Girard.

 

 

source: www.ism-france.org/analyses/De-la-shu-ubiyya-au-sein-de-la-communaute-musulmane-vivant-dans-l-hexagone-article-16982 


Notes de lecture :

(1) Cf. « Shu’ubiyya » in. Encyclopédie de l’Islam, Tome IX, Leyde, E.J Brill et Paris, Maisonneuve et Larose, 1998, pages 533-536
(2) Pluriel du mot kâtib qui désignait les écrivains, les secrétaires et les différents fonctionnaires des bureaux de l’administration sous toutes ses formes.
(3) Cf. Hanna Sami A., Gadner George H., « Shu’ubiyya up-dated », in. Middle East Journal, N° 20, 1966, URL : http://books.google.fr/books?id=zsoUAAAAIAAJ&pg=PA80&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false
(4) Cf. par exemple, Gouguenheim Sylvain, Aristote au mont Saint-Michel : les racines grecques de l’Europe chrétienne, Paris, Ed. Seuil, 2008.
(5) Cf. Bouzar Dounia Kada Saïda, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises, Paris, Albin Michel, 2003. Sur la critique de cet ouvrage, nous renvoyons à l’article de Nadjib Achour, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », 24/09/2011, URL : http://www.hoggar.org/index.php?option=com_content&view=article&id=1203:voile-et-assimilation--colonisabilite-dans-le-discours-des-francais-musulmans&catid=193:achour-nadjib&Itemid=36
(6) Ibid., page 15
(7) Ibid., page 93
(8) Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.
(9) Bouzar Dounia, Kada Saïda, L’une voilée, l’autre pas, Le témoignage de deux musulmanes françaises, op. cit., page 97
(10) Ibid., page 98
(11) Ibid., page 133
(12) Ibid., page 40 – Dans son article, Nadjib Achour souligne la relative faiblesse théorique de cette « réinterprétation » qu’il qualifie de « tourisme scripturaire ». Cf. Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.
(13) Ibid., page 133
(14) Ibid., page 92
(15) Achour Nadjib, « Voile et assimilation : colonisabilité dans le discours des Français musulmans », art. cit.
(16) La polémique autour de la participation de Tariq Ramadan au Forum Social Européen tenu en France en 2003 fut l’une des expressions de ce rejet d’une partie de ces organisations de gauche.
(17) Sur les différences théologiques et politiques entre Tariq Ramadan et Tareq Oubrou, Cf. Ternisien Xavier, « L’islam de France entre gauche et conservatisme », Le Monde, 01/03/2003, URL : http://fiqh.joueb.com/news/l-islam-de-france-entre-gauche-et-conservatisme
(18) Cf. Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », 31/12/2009, URL : http://www.egaliteetreconciliation.fr/A-l-ombre-du-minaret-en-flammes-2978.html
(19) Pour nous, il ne s’agit pas de débattre du caractère universel de l’islam mais de mettre en évidence qu’Alain Soral se permet de définir l’islam à la place des musulmans et sans maitriser le corpus des sources islamiques. De plus, il leur ordonne impérativement d’adopter la vision de l’islam qu’il a définie.
(20) Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », art. cit.
(21) Cf. Gafsia Nawel, Invention du mariage musulman : le cas tunisien, Paris, LGDJ, 2008.
(22) Soral Alain, « A l’ombre du minaret en flammes », art. cit.
(23) Nous nous appuyons essentiellement sur la présentation faite par Camel Bechikh du projet de Fils de France à l’occasion de la 29ème Rencontre annuelle des musulmans de France organisée par l’UOIF, 12/04/2012, URL: http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=XRuUJs5FPic#!
(24) Cf. Notamment son interview au journal L’Action française, 19/04/2012, URL : http://www.filsdefrance.fr/articles/redecouvrir-la-france-entretien-avec-laction-francaise/
(25) Présentation faite par Camel Bechikh du projet de Fils de France à l’occasion de la 29ème Rencontre annuelle des musulmans de France organisée par l’UOIF.
(26) Sur cette question Cf. Boubaker Ahmed, Hajjat Abdellali (dir.), Histoire politique des immigrations (post)coloniales : France, 1920-2008, Paris, Ed. Amsterdam, 2008
(27) Interview au journal L’Action française, art. cit.
(28) Propos tenus par Camel Bechikh sur France-Info, 06/04/2012, URL : http://www.youtube.com/watch?v=W8-YlMQ1Cq0&feature=share
(29) Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », 12/03/2012, URL : http://oumma.com/11656/jose-marine-malgre-son-islamophobie
(30) Bennabi Malek, Le problème des idées dans le monde musulman, Alger, Ed. El Bay’yinate, 1990, page 125
(31) Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », art. cit.
(32) Cf. La loi française n° 2005-158 du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés. Autre exemple, le 28 novembre 2011,  l’ancien officier putschiste pro-« Algérie française », Hélie Denoix de Saint Marc, a été fait grand croix de la Légion d’honneur par le Président de la République, Nicolas Sarkozy. Cette décoration officielle est une manière de réhabiliter l’action des partisans de l’« Algérie française ».
(33) Par exemple lors d’un discours prononcé à Caen le 9 mars 2007, Nicolas Sarkozy affirmait : « La France n'a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n'a jamais exterminé un peuple. Elle n'a pas inventé la solution finale, elle n'a pas commis de crime contre l'humanité, ni de génocide. Elle a commis des fautes qui doivent être réparées, et je pense d'abord aux harkis et à tous ceux qui se sont battus pour la France et vis-à-vis desquels la France a une dette d'honneur qu'elle n'a pas réglée, je pense aux rapatriés qui n'ont eu le choix au moment de la décolonisation qu'entre la valise et le cercueil, je pense aux victimes innocentes de toutes les persécutions dont elle doit honorer la mémoire. Mais la mode de la repentance est une mode exécrable ». URL : http://www.francophonie-avenir.com/Index_MD_Sarkozy,_discours_de_Caen.htm
(34) Interview au journal L’Action française, art. cit.
(35) Rappelons seulement que la violence coloniale en Algérie fut de nature génocidaire et qu’elle ne peut en aucune manière être mise sur le même plan par sa nature, son ampleur et ses destructions que les violences révolutionnaires du FLN. Sur la violence génocidaire de la France, nous renvoyons à notre article, « Le passé génocidaire de la France en Algérie », URL : http://www.ism-france.org/analyses/Le-passe-genocidaire-de-la-France-en-Algerie-article-16433
(36) Albert Ali, « J’ose Marine malgré son islamophobie », art. cit.
(37) Ibn Khaldoun, Discours sur l’Histoire universelle, al-Muqaddima, Paris, Sindbab, 1997, page 227
(38) Ibid., page 228
(39) Cf. « Shu’ubiyya » in. Encyclopédie de l’Islam, art. cit.
(40) Bennabi Malek, Mémoires d’un témoin du siècle, Alger, Ed. Samar, 2006, page 42
(41) Bennabi Malek, « Ben Badis le mystique » Révolution Africaine n°219 du 30 avril 1967 in. Mondialisme, Alger, Dar el-Hadhara, 2004, page 123

Par Youssef Girard - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 01:05

 

 

" La plupart des Européens n’ont pas exactement évalué l’importance de l’apport qu’ils ont reçu de la civilisation islamique, ni compris la nature de leurs emprunts à cette civilisation dans le passé et certains vont jusqu’à totalement méconnaître tout ce qui s’y rapporte. Cela vient de ce que l’histoire telle qu’elle leur est enseignée travestit les faits et paraît avoir été altérée volontairement sur beaucoup de points. C’est avec outrance que cet enseignement affiche le peu de considération que lui inspire la civilisation islamique, et il a l’habitude d’en rabaisser le mérite chaque fois que l’occasion s’en présente. Il importe de remarquer que l’enseignement historique des Universités d’Europe ne montre pas l’influence dont il s’agit. Au contraire, les vérités qui devraient être dites à ce sujet, qu’il s’agisse de professer ou d’écrire, sont systématiquement écartées, surtout pour les événements les plus importants.

Par exemple, s’il est généralement connu que l’Espagne est restée sous la loi islamique pendant plusieurs siècles, on ne dit jamais qu’il en fut de même d’autres pays, tels que la Sicile ou la partie méridionale de la France actuelle. Certains veulent attribuer ce silence des historiens à quelque préjugés religieux. Mais que dire des historiens actuels dont la plupart sont sans religion, sinon adversaires de toute religion, quand ils viennent confirmer ce que leurs devanciers ont dit de contraire à la vérité ?

Il faut donc voir là une conséquence de l’orgueil et de la présomption des Occidentaux, travers qui les empêchent de reconnaître la vérité et l’importance de leurs dettes envers l’Orient..."

 


René Guénon,

Apercus sur l’ésotérisme islamique et le taoisme,

publié originellement dans la revue El Marifah, et traduit de l’arabe pour être publié dans la revue Etudes Traditionnelles, en 1950).

 

 

Lecture: esprit-universel.over-blog.com/article-influence-de-l-islam-sur-l-occident-1-3-45686210.html

Par René Guénon - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 00:50

Pour-articles-6620.jpgIl serait à souhaiter que les Occidentaux, se résignant enfin à voir la cause des plus dangereux malentendus là où elle est, c’est-à-dire en eux-mêmes, se débarrassent de ces terreurs ridicules dont le trop fameux « péril jaune » est assurément le plus bel exemple. On a coutume aussi d’agiter à tort et à travers le spectre du « panislamisme » ; ici, la crainte est sans doute moins absolument dénuée de fondement, car les peuples musulmans, occupant une situation intermédiaire entre l’Orient et l’Occident, ont à la fois certains traits de l’un et de l’autre, et ils ont notamment un esprit beaucoup plus combatif que celui des pures Orientaux ; mais enfin il ne faut rien exagérer. Le vrai panislamisme est avant tout une affirmation de principe, d’un caractère essentiellement doctrinal ; pour qu’il prenne la forme d’une revendication politique, il faut que les Européens aient commis bien des maladresses ; en tout cas, il n’a rien de commun avec un « nationalisme » quelconque, qui est tout à fait incompatible avec les conceptions fondamentales de l’Islam. En somme, dans bien des cas (et nous pensons ici à l’Afrique du Nord), une politique d’ « association » bien comprise, respectant intégralement la législation islamique, et impliquant une renonciation définitive à toute tentative d’ « assimilation », suffirait probablement à écarter le danger, si danger il y a ; quand on songe que les conditions imposées pour obtenir la naturalisation française équivalent tout simplement à une abjuration (et il y aurait bien d’autres faits à citer dans le même ordre), on ne peut s’étonner qu’il y ait fréquemment des heurts et des difficultés qu’une plus juste compréhension des choses pourrait éviter très aisément ; mais, encore une fois, c’est précisément cette compréhension qui manque tout à fait aux Européens.

 

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que la civilisation islamique, dans tous ses éléments essentiels, est rigoureusement traditionnelle, comme le sont toutes les civilisations orientales ; cette raison est pleinement suffisante pour que le panislamisme, quelque forme qu’il revête, ne puisse jamais s’identifier avec un mouvement tel que le bolchevisme, comme semblent le redouter des gens mal informés. Nous ne voudrions aucunement formuler ici une appréciation quelconque sur le bolchevisme russe, car il est bien difficile de savoir à quoi s’en tenir là-dessus : il est probable que la réalité est assez différente de ce qu’on en dit couramment, et plus complexe qu’adversaires et partisans ne le pensent ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce mouvement est nettement antitraditionnel, donc d’esprit entièrement moderne et occidental. Il est profondément ridicule de prétendre opposer à l’esprit occidental la mentalité allemande ou même russe, et nous ne savons quel sens les mots peuvent avoir pour ceux qui soutiennent une telle forme d’opinion, non plus que pour ceux qui qualifient le bolchevisme d’ « asiatique » ; en fait, l’Allemagne est au contraire un des pays où l’esprit occidental est porté à son degré le plus extrême ; et, quant aux Russes, même s’ils ont quelques traits extérieurs des Orientaux, ils en sont aussi éloignés intellectuellement qu’il est possible.

 


René Guénon,  

Orient et occident, 1924, Ed. Vega 1976-2006, chap.IV : Terreurs chimériques et dangers réels

Par René Guénon - Publié dans : Islam - Communauté : La Cyber-résistance
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Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 21:14

 

Par Réveil des Consciences - Publié dans : Islam - Communauté : La Cyber-résistance
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Vendredi 3 février 2012 5 03 /02 /Fév /2012 06:21
Par Association Baraka - Publié dans : Islam - Communauté : La Cyber-résistance
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 08:05

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La température du monde musulman d’après son salon francilien du 17 au 19 décembre 2011.

 

"Seigneur, Ô Créateur des Cieux et de la Terre ! Ô Connaisseur de ce qui est voilé et de ce  qui est manifeste ! Dans cette vie, je T’assure que j’atteste : Qu’il n’y a de divinité hormis Toi, Que Tu n’as nul associé, Que Muhammad est Ton serviteur et Messager. Ne me livre pas à moi-même, si Tu me livres à moi-même, je m’éloignerai du Bien et m’approcherai du Mal. Je ne fais confiance qu’à Ta Miséricorde."


Le lundi 19 décembre s’est clôturé le salon international du monde musulman qui a animé le parc d’exposition du Bourget ces trois derniers jours et où ont défilé près de 50 000 personnes dont 80% de confession musulmane, d’après les déclarations des organisateurs. Ce fût la première fois que ce salon international se tenait en France comme nous l’ont souvent rappelé avec fierté les cadres de l’Union des Musulmans de France à l’initiative de cet événement. Mon propos ne sera pas ici de mener une enquête sur l’identité des instigateurs ou l’histoire de cette association qui a par ailleurs donné lieu à maintes rumeurs.


Je me tiendrai à une analyse de fond sur la forme et le contenu de ce salon, et qui pourrait d’ailleurs très certainement s’étendre à d’autres salons de ce type. Le but étant de faire un état des lieux du rapport des musulmans avec leur foi aujourd’hui.


Pour une critique constructive


Je commencerai par appliquer le conseil que le Cheikh Yusuf Ibram, Imam de la mosquée de Genève, a tiré de l’exemple du sceau des prophètes Mohammed - Paix et Bénédiction de Dieu sur Lui - sur la façon de mener une critique constructive. En effet, c’est autour de l’exemple de ce noble Prophète - Paix et Bénédiction de Dieu sur Lui - qu’a été construite la thématique de cette rencontre.


Il convient donc tout d’abord, d’après sa Sunnah, de souligner les aspects positifs. A ce titre il faut féliciter l’organisation pour l’effort déployé afin de permettre à la communauté de l’Islam de se réunir autour d’objectifs tous aussi louables les uns que les autres, à savoir :

 

· Améliorer l’entre-connaissance des pays et cultures du monde musulman et travailler à la cohésion. 20 pays étaient ainsi représentés dans ce salon et l’Indonésie était le pays d’honneur.


· Montrer l’apport de la civilisation musulmane au monde et à la civilisation occidentale notamment.


· Faire connaitre et aimer le prophète de l’Islam - Paix et Bénédiction sur Lui.


· Toucher les coeurs à travers le Rappel de notre foi.


Les moyens humains et matériels investis ont été considérables, les cheikhs parmi les plus éminents ont été mobilisés et défrayés depuis différents pays. Au programme, conférences, débats, mais aussi défilés de mode islamique, soirée culturelle avec théâtre et anasheed, mais surtout un grand souk avec artisanat, beaucoup de mode, déco, quelques librairies et quelques associations qui tentaient de présenter précairement leurs différents projets. Au centre de ce grand souk aux différents exposants, le stand d’honneur semblait être attribué au thème de la finance islamique même si ce n’était pas ainsi qu’il était présenté dans le plan du salon.


Il réunissait la Chaabi Bank et son partenaire l’agence 570 easi pour son lancement officiel, « frais de courtage offerts » dans le cadre du salon ! Au dessus de ce complexe de stands dédiés à la finance islamique, un énorme ballon en forme de maison et le slogan "Enfin je peux réaliser mes projets en conformité avec mes valeurs"... Un slogan qui me perturba profondément et m’inspira toute une série de questions : Est-ce tout ce dont on est en droit d’attendre de la communauté de l’Unicité ? Première communauté religieuse au monde, nous dit-on, depuis quelques jours. Qu’est-ce qui guide et inspire nos projets ?


Ces valeurs ne sont-elles qu’un accessoire ? L’état des lieux s’impose alors à moi de cette manière : la communauté de l’Unicité semble réduite à tenter d’islamiser les idoles du paganisme moderne : l’homme et son confort, la technique, le pouvoir...


Islamiser les idoles du paganisme moderne


Mon propos n’est pas de faire le procès de la finance islamique, simplement ce slogan incarne plus largement tout l’esprit de ce salon. On ne parle pas de réaliser nos valeurs, de vivre selon nos valeurs, mais en conformité avec elles, la nuance peut sembler subtile mais la différence est capitale.


Il ne s’agit pas de s’interroger d’un point de vue spirituel sur ces valeurs en les confrontant à nos vies concrètes, au modèle social, politique, économique dans lequel nous vivons, mais simplement d’utiliser nos valeurs pour tenter de ne pas sacrifier le salut éternel au confort terrestre et essayer de ménager "la chèvre et le chou". Entre vivre et mourir pour Dieu, et vivre et mourir en conformité avec les principes de l’Islam la différence est de taille quand on y réfléchit bien. On me répondra certainement que les deux ne sont pas antithétiques, au contraire, vivre pour Dieu signifie vivre en conformité avec les principes de l’islam, et qui prétend vivre en conformité avec les principes de l’islam ne devrait que vivre pour Dieu.


En théorie, certes, mais en fonction de la partie de la proposition sur laquelle on met l’accent, la matrice change et les priorités ne sont pas les mêmes. En effet soit on nous dit, le modèle de vie du musulman c’est de vivre et mourir pour Dieu selon ses talents, compétences, dispositions, ses projets sont en Dieu et pour Dieu qu’il s’agisse de ses études, son travail, sa famille, et donc son objectif est en soi de réaliser les valeurs de l’islam ; soit on nous dit le musulman doit vivre, donc survivre, donc s’adapter au système dominant mais sans oublier Dieu, sans quoi toutes ses oeuvres seraient vaines et risquent de le mener au feu. En fait toute la dialectique est là, il s’agit de trouver le bon niveau de curseur entre l’oubli et le rappel tout en restant passif, spectateur, visiteur pour ce qui concerne le salon.


Le Rappel pour l’oubli


C’est pourquoi ce salon n’était pas autre chose qu’un grand divertissement et aucunement un espace d’entre-connaissance et de cohésion. En effet, pour cela il aurait fallu que les participants soient acteurs, responsables de cette rencontre mais en fait ils ont surtout été convoqués à titre de consommateurs et ils ont fait ce qu’on attendait d’eux, ils ont consommé de l’islam, consommé l’islam...


Blaise Pascal aurait certainement été très surpris de cette forme de divertissement que les musulmans ont inventé, un divertissement charia "compliant" dont le principe cependant est toujours le même, celui qu’il avait lui-même très bien thématisé : l’oubli. On évoque Dieu pour mieux l’oublier… Ainsi nous avons eu droit à de très émouvants prêches/spectacles, un peu comme des shows à l’américaine vibrant au rythme des Takbir. Toucher les coeurs signifie-t-il donc simplement susciter une émotion ? Une réaction, quelque chose qui reste donc dans le registre de la passivité… ?


Houcine Oummali, responsable de l’antenne Rhône-Alpes de Participation et Spiritualité Musulmane (PSM), a pourtant parlé dans son intervention intitulée "Quelles recommandations nous ferait le Prophète - Paix et Bénédiction de Dieu sur Lui- aujourd’hui s’il (PBDL) était parmi nous ?" d’un autre type de rapport à sa foi, un rapport vivant, actif. Il a introduit son propos très précautionneusement en indiquant qu’il ne saurait se mettre à la place du Prophète - Paix et Bénédiction de Dieu sur lui - mais que celui-ci (PBDL) ne pourrait que constater la « nullité du résultat » face à « l’ampleur des moyens déployés » pour reprendre ses termes.


Il a appelé à une actualisation vivante de la conscience de Dieu, comme seule façon véridique de vivre sa foi et il a dans ce sens rappelé un hadith de Abd’Allah Ibn Omar s’adressant à un tabbi3i (génération d’après les Compagnons) en lui disant "vous avez appris le Coran avant d’apprendre la foi" alors que les Compagnons avaient fait le chemin inverse. Comment apprendre la foi, en l’absence du Prophète – Paix et Bénédiction de Dieu sur lui ? Voilà une question qui aurait mérité d’être débattue à l’occasion de cette rencontre internationale.


Les grands sages de l’Islam nous ont donné des clés précieuses qui reposent toutes sur le niveau individuel incompatible avec celui de la consommation de masse qui prédomine les rapports des musulmans entre eux et entre eux et les valeurs de leur religion aujourd’hui. Aussi tout se passe comme si les musulmans n’avaient pas quitté Médine, comme si nous étions tous encore à Médine et qu’il s’agissait simplement d’établir des règles pour régir nos comportements extérieurs. Pourtant les idoles sont partout et la priorité est bien de refaire le travail de la Mecque, de travailler sur la foi, l’Unicité qui seule doit inspirer le mode de vie des musulmans, quand ce salon nous montre bien que la préoccupation majeure aujourd’hui semble surtout de rentre les passions compatibles avec l’Unicité, ce qui n’est pas du tout la même chose…


"Rendre l’homme à Dieu et Dieu à l’homme"


Quelles idoles ? Quelles passions me direz-vous ? Vaste sujet. Il faudrait reprendre une analyse profonde de la civilisation dans laquelle nous vivons et qui ne se limite pas à l’occident et s’interroger sur ses fondements. On arriverait alors assez rapidement au concept de rationalité qui n’est pas propre à cette civilisation en particulier mais caractéristique de toute civilisation en tant que telle et qui n’a d’autre vocation que celle de nous rendre libre par la connaissance.


Or la vérité dépasse de beaucoup le champ de connaissance que la raison permet d’embrasser d’où le recours à l’adoration. Celle-ci n’est en aucun cas une abdication de l’homme devant l’inconnaissable mais une autre façon de connaitre, d’accéder à la vérité. La connaissance par l’adoration est une connaissance intérieure de la créature qui émane de la vérité qui commande à ce monde et à tout l’univers, c’est-à-dire de Dieu.


La prière en tant que méditation est alors le moyen par excellence d’embrasser cette connaissance infinie, il s’agit de sortir de la finitude terrestre et de renouer le lien entre l’âme et son royaume, son origine, l’infini. Mais pour revenir à la civilisation dans laquelle nous vivons, il faut redescendre sur terre où le centre du monde a été déplacé de Dieu à l’homme en tant que connaissant, en tant que capable de connaissance, et la Raison est devenue son Dieu, unique pour les universalistes se réclamant des Lumières etc. ou à côté d’autres dieus comme la culture ou le langage pour les pluralistes paiens tenants de la diversité.


"Rendre l’homme à Dieu et Dieu à l’homme" c’est ce qu’a accompli notre bien-aimé Prophète -Paix et Bénédiction de Dieu sur Lui - d’après la puissante citation de Lamartine, et c’est encore l’enjeu majeur de la voie de l’Islam et le plus grand défi des musulmans de nos jours. Pourtant, au salon du monde musulman, une grande partie de la matinée consacrée au leadership du Prophète - Paix et Bénédiction de Dieu sur Lui - a consisté dans une suite interminable de citations de Grands Hommes civilisés, entendre par là occidentaux, à la gloire du Prophète de l’islam - Paix et Bénédiction de Dieu sur Lui. Notre rapport à cette civilisation est donc un rapport de justification et non de remise en question constructive pour "Rendre l’homme à Dieu et Dieu à l’homme".


Cependant on a entendu maintes fois dans ce plaidoyer de justification auquel se sont adonnés presque tous les intervenants d’une façon ou d’une autre, l’argument défensif consistant à dire : "nous ne pouvons pas être des monstres car l’islam nous enjoint de condamner l’injustice et de commande l’équité".


Mais alors allons-y, trêve de justifications, concrètement condamnons l’injustice, elle est partout ! Et pire souvent, elle prend les musulmans pour cible, coupables de système de valeurs jugé incompatible. Nos soeurs, nos femmes, nos filles se font soit exclure ou déshabiller, nos enfants sont enjoints de manger du porc ou de la viande tuée sous peine d’être exclus des cantines, nos frères fraîchement libérés de l’autoritarisme sont tenus de se soumettre au diktat du FMI et du riba, mais le monde musulman est occupé à se divertir dans son salon francilien. La stratégie de la patte blanche n’a pas marché et ne marchera pas, il est temps de passer à celle de la gifle verte.


Il ne s’agit pas d’une gifle punitive mais d’une gifle constructive car on est en droit d’attendre de la communauté de l’Unicité plus que de simplement sauver sa peau, passer entre les mailles du filet. Elle se doit plutôt de proposer des voies de réformes radicales pour éradiquer l’injustice et faire régner l’équité. Pour cela la condition préalable est de ne pas répéter bêtement les mêmes schémas d’organisation sociale et de comportements et de ne pas calquer le même modèle de vie en y injectant un peu d’islam. Pour un salon islamique du monde musulman. Ce qui nous ramène à notre analyse du Salon international du monde musulman.


Notre critique qui se veut constructive est donc amenée à tenter de répondre à la question : Que pourrait-on attendre d’un salon digne de la communauté de l’Unicité ? Tout simplement, un salon d’un nouveau genre qui se donne véritablement les moyens de l’entreconnaissance et qui soit un espace de promotion d’une communauté consciente et responsable : consciente de Dieu et responsable du monde qui l’entoure. Il ne s’agit pas d’adresser des recommandations comme celles qu’on adresse à des enfants : faut être comme ceci et ne pas faire cela, mais de réfléchir à des formes participatives, réhabiliter la place de la personne.


Concrètement cela peut se traduire par des choses assez simples comme des prières collectives, moments de communion où chacun est acteur, mais aussi donner la parole aux associations et plus de place au débat (la salle minuscule, non équipée qui n’a abrité qu’un seul débat très péniblement animé, relevait plus de la mauvaise blague que d’une démarche sérieuse). Sur le fond, on attendrait également plus d’analyses de société pour ne pas faire le travail de Médine sans négliger celui de la Mecque et donc identifier et décapiter les idôles qui nous entourent afin de pouvoir réellement et sans contradiction recommander concrètement l’équitable et condamner le blâmable. Le salon islamique se doit donc avant tout d’être le Salon du Tawhid… Prochaine édition les 2, 3 et 4 novembre 2012, à bon entendeur !

 

 

Par Laïla Souid.

 

 

 

Source: oumma.com/Rendre-l-homme-a-Dieu-et-Dieu-a-l

Par Laïla Souid - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 21:11

Bonne et heureuse année 1433 hidjri à tous les musulmans.

Par Réveil des Consciences - Publié dans : Islam - Communauté : Islam
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